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À Cuba, il circule encore bien plus de Polski-Fiat 126p qu’on pourrait le penser. Dans un pays plongé dans une profonde crise économique, les voitures polonaises sont devenues un symbole de débrouillardise et de transport à bas coût. Pour cette raison, Endy Gesina-Torres, ancien journaliste ayant des liens avec la Pologne et Cuba, a ouvert à La Havane « Polsky », le premier magasin privé de pièces détachées pour « Maluch ».

Depuis des décennies, la Polski-Fiat 126p est l’un des symboles les plus emblématiques de l’automobile de l’époque de la République Populaire de Pologne (PRL). Bien que plus de deux décennies se soient écoulées depuis l’arrêt de sa production, cette voiture est toujours présente sur les routes de nombreux pays. Peu de gens savent toutefois que la « Maluch » a trouvé une véritable seconde vie à Cuba.

C’est précisément là que des milliers d’exemplaires continuent chaque jour de parcourir des kilomètres. Dans un pays confronté depuis des années à la crise économique, à la pénurie de pièces détachées et à un accès limité aux voitures neuves, cette voiture simple et peu coûteuse à réparer s’est particulièrement bien adaptée à ces conditions. « En raison de la crise économique qui sévit à Cuba depuis des décennies, les Maluch polonaises ont survécu. Ce sont les voitures les moins chères du marché, elles sont faciles à réparer et consomment très peu », explique Endy Gesina-Torres.

L’idée de son commerce est née par hasard. En 2017, une connaissance cubaine lui a demandé de lui envoyer un faisceau électrique pour une Polski-Fiat 126p. Le colis est arrivé quelques mois plus tard, mais le futur entrepreneur a surtout pris conscience qu’il existait sur l’île une demande énorme pour les pièces détachées de ce modèle polonais.

Des études de marché ont commencé, ainsi que des discussions avec des partenaires et la recherche de possibilités permettant d’exercer légalement une activité à Cuba. Le résultat a été l’ouverture du premier magasin privé spécialisé dans les pièces détachées pour Polski-Fiat 126p. « Il y a quelques mois, nous avons ouvert à La Havane le premier magasin privé de pièces détachées pour Maluch de toute l’histoire de Cuba. Oui, vous avez bien entendu : pour la Polski-Fiat 126p », souligne Gesina-Torres.

Pour l’entrepreneur, ce projet ne revêt toutefois pas seulement une dimension commerciale. Il a lui-même grandi en partie à Cuba et y a passé une partie de son enfance. Comme il le reconnaît, cette voiture a toujours représenté pour lui un symbole reliant deux mondes. « La Maluch a toujours été pour moi un objet qui reliait mes deux patries, la Pologne et Cuba. C’était une sorte de pont entre la Pologne et Cuba », raconte-t-il.

Mais où trouver des pièces pour une voiture dont la production s’est arrêtée en 2000 ? Il s’avère que le problème n’est pas aussi important qu’on pourrait le penser. En Europe, de nombreux fabricants et distributeurs proposent encore des pièces destinées aux modèles classiques de Fiat. Certains composants sont toujours produits, tandis que d’autres sont reconditionnés par des entreprises spécialisées.

Selon les estimations de l’entrepreneur, environ 14,000 Polski-Fiat 126p sont immatriculées à Cuba. À titre de comparaison, la Pologne en compterait environ 10,000. L’île des Caraïbes est ainsi devenue l’un des principaux pays au monde pour les amateurs de ce modèle.

Faire des affaires à Cuba comporte toutefois de nombreux défis. L’entrepreneuriat privé n’y est autorisé à plus grande échelle que depuis quelques années. L’importation des marchandises est soumise à un contrôle strict de l’État et les entrepreneurs doivent se soumettre à des procédures administratives complexes.

« Ce n’est pas facile de faire des affaires à Cuba, parce que c’est une autre planète. Toutes les marchandises doivent passer par l’organisme central du commerce extérieur, qui décide si le conteneur peut ou non entrer dans le pays », explique-t-il.

Comme il le précise, il a fallu environ un an pour obtenir l’autorisation d’expédier le premier conteneur de pièces détachées. L’organisation de l’ensemble du projet a, quant à elle, pris près de deux ans et demi.

Les problèmes ne s’arrêtent cependant pas à la bureaucratie. Cuba traverse actuellement l’une de ses plus graves crises économiques depuis l’effondrement de l’Union Soviétique. Le carburant, l’électricité et les produits de première nécessité manquent. Les coupures de courant de plusieurs heures font partie du quotidien et le prix de nombreux produits reste hors de portée d’une grande partie de la population.

Dans ces conditions, la vente de pièces automobiles devient elle aussi plus difficile. De nombreux propriétaires de véhicules réduisent leurs dépenses, car leurs voitures restent immobilisées faute d’essence. « Les gens ont cessé d’investir dans les pièces détachées. Nous avons des clients et nous réalisons des ventes, mais elles ne sont plus ce qu’elles étaient. Aujourd’hui, le principal problème est le manque de carburant », reconnaît l’entrepreneur.

La situation des personnes âgées est particulièrement difficile. Selon Endy Gesina-Torres, ce sont précisément les retraités qui sont devenus les victimes les plus visibles de la crise. Le faible niveau des pensions et la hausse des prix font que beaucoup d’entre eux ne sont plus en mesure de subvenir seuls à leurs besoins.

D’après ses observations, la population est de plus en plus épuisée et a de moins en moins d’espoir de voir la situation s’améliorer. Bien que le mécontentement soit généralisé, ce qui s’est passé lors des manifestations de ces dernières années incite la majorité de la population à éviter toute opposition ouverte aux autorités. « Ce qui me frappe le plus, c’est l’absence de confiance dans l’avenir. Autrefois, les Cubains étaient plus joyeux. Aujourd’hui, je vois surtout de la frustration et un sentiment d’impuissance », déclare-t-il.

Malgré toutes ces difficultés, Endy Gesina-Torres n’a pas l’intention d’abandonner son projet. Il retourne régulièrement à Cuba, où sa famille participe également à la gestion quotidienne du magasin. Il est convaincu que son commerce, comme les Polski-Fiat 126p, continuera encore longtemps à faire partie du paysage cubain.

En Pologne, ces voitures sont devenues le symbole d’une époque révolue. À Cuba, elles continuent de permettre aux habitants de se déplacer entre leur domicile et leur lieu de travail. Pour de nombreux habitants de l’île, elles sont bien plus qu’un simple moyen de transport : elles restent la preuve que, même dans les conditions les plus difficiles, certaines choses peuvent survivre bien plus longtemps que quiconque aurait pu l’imaginer.

Lu sur : https://www.polskieradio.pl/399/9815/Artykul/3701258,Maluch-wciaz-zyje-na-Kubie-Endy-GesinaTorres-otworzyl-wyjatkowy-biznes-w-Hawanie
Adaptation VG

Tag(s) : #Polski-Fiat, #126p, #Maluch, #Cuba, #Rencontre, #Anecdote