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La Skoda Octavia moderne a été, il y a trois décennies, à l’origine de la transformation définitive du constructeur de Mlada Boleslav, qui est passé du statut de constructeur un peu raillé à celui d’acteur reconnu du monde automobile. Sous la houlette du groupe Volkswagen et en utilisant sa base technique, les ingénieurs tchèques sont parvenus à concevoir une voiture qui offrait aux clients, à un prix raisonnable, davantage d’espace que la concurrence, sans pour autant sacrifier la qualité.
L’Octavia a été officiellement présentée le 1er septembre 1996 sur la place de la Vieille-Ville à Prague. Deux jours plus tard, sa production débutait à Mlada Boleslav.
Le groupe automobile allemand Volkswagen, alors bien plus petit qu’aujourd’hui, est entré au capital de Skoda en 1991, lorsqu’il a acheté 31 % de ses actions au gouvernement tchèque. Moins de deux ans plus tard, le premier résultat de la coopération tchéco-allemande était présenté : la Skoda Favorit modernisée. Parallèlement, les travaux sur deux nouveaux modèles étaient déjà en cours. L’un d’eux était une évolution de la Favorit, baptisée Skoda Felicia. Elle reposait toutefois encore sur une base technique nationale, certes modernisée. Il en allait autrement pour le futur modèle du segment inférieur de la catégorie moyenne.
Dès 1992, les ingénieurs de Mlada Boleslav étudiaient la possibilité de construire une nouvelle voiture sur la base technique de la Volkswagen Golf de troisième génération, apparue sur le marché peu auparavant. Le groupe allemand avait d’ailleurs adopté une démarche similaire avec la marque espagnole Seat, dont il avait pris le contrôle en 1986 et pour laquelle il avait conçu, en utilisant des éléments de la Golf de deuxième génération, la Toledo, commercialisée jusqu’en 1991. Pour développer cette voiture, qui était à l’époque populaire également auprès des clients tchèques, les Espagnols avaient suivi une démarche similaire à celle qui serait ensuite adoptée en République tchèque : une voiture disposant d’un grand coffre et d’une technique éprouvée, proposée à un prix attractif.
Le constructeur de Mlada Boleslav allait toutefois finalement sauter une génération de « châssis de Golf ». Comme la Seat Toledo, le nouveau modèle adopta une carrosserie de type liftback, c’est-à-dire une carrosserie dotée d’un grand hayon arrière et d’une silhouette évoquant celle d’une berline, mais il bénéficia d’une toute nouvelle base technique : la plateforme désignée en interne sous le code PQ34. À l’époque, cette même base technique fut également utilisée par l’Audi A3, présentée elle aussi à l’automne 1996, ainsi que par la quatrième génération de Volkswagen Golf. Cette référence du segment inférieur de la catégorie moyenne ne fut toutefois dévoilée qu’un an après l’Octavia, et cette Skoda avait d’ailleurs reçu son nom d’un modèle produit entre 1959 et 1971. Les clients durent eux aussi attendre l’automne 1997 avant de pouvoir acheter la nouvelle Golf.
La Skoda Octavia fut commercialisée à la mi-novembre 1997 et la demande, en République tchèque comme à l’étranger, dépassa les attentes. « C’était un véritable coup de maître. En Europe centrale, la plus grande partie de la demande s’était déplacée vers le segment intermédiaire et, de plus, nous avions réussi notre Octavia. C’est une voiture spacieuse, au design intemporel et élégant, qui faisait appel aux technologies les plus modernes de l’époque. Nous avons atteint une excellente qualité de fabrication et le prix était également attractif », déclarait il y a quelques années au magazine Ekonom Lubomir Antos, responsable du projet chez le constructeur de Mlada Boleslav, qui occuperait par la suite de hautes fonctions de direction au sein de l’ensemble du groupe Volkswagen.
Le design réussi joua également un rôle important. La partie avant, notamment, avec sa calandre très marquée, allait pendant longtemps devenir une véritable signature des Skoda. Le premier projet avait été réalisé par le studio de design italien Italdesign, de Giorgetto Giugiaro, qui avait déjà conçu pour Skoda, à la fin des années 1960 et au début des années 1970, les modèles Skoda 720 et 760, qui ne furent jamais produits en série. Comme l’écrivit dans ses mémoires Ferdinand Piëch, longtemps à la tête de Volkswagen, le design de Giugiaro ne plaisait pas au Premier ministre tchèque de l’époque, Vaclav Klaus. « Selon lui, la voiture avait une apparence trop italienne pour une marque tchèque », se souvenait le petit-fils du légendaire ingénieur Ferdinand Porsche.
La parole du Premier ministre avait alors son importance : le gouvernement détenait encore la majorité des actions du constructeur. Le design fut donc modifié. La forme définitive de la voiture fut dessinée par le Belge Dirk van Braeckel et le Brésilien Raul Pires, qui avaient rejoint le département de style de Skoda au début de 1993, en provenance d’Audi.
Lubomir Antos se souvenait toutefois des raisons du rejet du projet de Giugiaro d’une manière quelque peu différente. « Ce qu’Italdesign avait préparé était séduisant et moderne, mais nous sommes arrivés à la conclusion que cela pourrait également vieillir rapidement », expliquait-il dans une interview. Le projet initial ne fut pourtant pas complètement abandonné : quelques années plus tard, après de légères modifications, il apparut sur le marché sous la forme de la Seat Toledo de deuxième génération.
La nouvelle Skoda, qui reçut notamment sous son capot le populaire turbodiesel, gagna rapidement ses lettres de noblesse à l’étranger. Les médias occidentaux présentèrent souvent la Skoda Octavia comme l’arme du groupe Volkswagen destinée à combattre la concurrence asiatique, aussi bien japonaise que coréenne, alors en pleine ascension. Les journalistes remarquèrent également le soin apporté au travail des ouvriers, y compris en comparaison avec les modèles de la marque mère.
« La qualité de fabrication de l’Octavia doit faire perler des gouttes de sueur sur le front des collègues de Skoda à Wolfsburg », écrivait par exemple au printemps 1997 le quotidien autrichien Kurier. Le journal allemand Die Welt affirmait quant à lui que « si l’on considère le rapport entre le prix et les performances, la nouvelle Skoda Octavia représente l’offre la plus attractive de l’ensemble du groupe ».
Il fallut toutefois un certain temps avant que les Octavia ne commencent réellement à apparaître sur les routes. Skoda prévoyait de produire 5,000 voitures avant la fin de l’année 1996, mais, en raison de difficultés liées au démarrage de la production, le constructeur ne parvint finalement à en assembler qu’environ un tiers. Un an plus tard, près de 50,000 Octavia avaient déjà trouvé preneur et, en 1998, année du lancement de la version break - qui n’était initialement pas prévue, le nombre de voitures produites dépassa les 100,000 unités.
La deuxième génération fut présentée en 2004, mais la version originale continua d’être produite sous le nom de Tour jusqu’en novembre 2010. La production de la première génération d’Octavia finit par dépasser 1,4 million d’exemplaires. Aujourd’hui, la quatrième génération est déjà produite et la production totale du modèle approche les huit millions d’unités.
Lu sur : https://www.garaz.cz/clanek/auta-historie-zlom-pro-automobilku-skoda-nastal-pred-30-lety-predstavil-se-model-ktery-zmenil-vsechno-21017703
Adaptation VG