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Par définition, les coupés deux portes étant des voitures destinées aux égoïstes, ils n’avaient guère droit de cité en Union Soviétique. Les grands constructeurs automobiles ne considéraient pas ces voitures comme des modèles destinés à une production de masse ou au grand public, tandis que les amateurs de voitures artisanales préféraient généralement créer quelque chose de plus spacieux et pratique. Cela ne signifie toutefois pas que les coupés soviétiques, qu’ils soient produits en usine ou réalisés à l’unité, n’ont jamais existé. Revenons sur quelques projets étonnants basés sur des Moskvitch, des Zaporojets et des GAZ.
Le coupé KD Sport-900 sur base de ZAZ : Cette création d’un groupe de passionnés, réalisée au milieu des années 1960, ne doit absolument rien à l’usine automobile de Zaporojié. Elle est en réalité l’œuvre de six talentueux spécialistes de l’Institut NAMI de Moscou, parmi lesquels figuraient des stylistes, des concepteurs, des ingénieurs et un chimiste.
L’un des exemples les plus réussis de coupé artisanal reçut une élégante carrosserie en fibre de verre fixée sur une armature en acier et reposait sur les organes mécaniques de ZAZ-965. A la Zaporojets, il empruntait son quatre-cylindres en V de 23 ch, sa boîte de vitesses mécanique à quatre rapports et ses suspensions à ressorts et à barres de torsion.
Cette deux-portes de 3,7 mètres, dotée d’une configuration 2+2, reçut le nom de KD Sport-900 (sans l’acronyme ZAZ, mais avec les initiales de Kouzma Dournov, le protecteur du projet) et offrait un niveau d’équipement et de sécurité passive inédit pour une Zaporojets. L’habitacle comportait d’agréables sièges baquets et une planche de bord fonctionnelle, à la manière des coupés sportifs, tandis que l’ossature en acier de la carrosserie était équipée de solides arceaux de protection sur tout son pourtour, ainsi que de zones de déformation programmée en cas d’accident.
Malgré sa production en très petite série, ce coupé léger ne fut fabriqué qu’à six exemplaires, chacun présentant quelques différences et étant destiné à l’un de ses créateurs.
Moskvitch-403-424 Coupé : Si l’on remonte encore dix ans en arrière dans l’histoire, jusqu’à l’année 1951, aujourd’hui presque inimaginablement lointaine, on découvre un coupé portant l’emblème de l’Usine moscovite des voitures de petite cylindrée (MZMA) : si vous ne le saviez pas, c’est ainsi que l’AZLK s’est appelée jusqu’à la fin des années 1960.
Ce modèle, basé sur la série expérimentale 401-424, possédait une carrosserie très intéressante : derrière un capot allongé et relativement haut se trouvait un habitacle strictement biplace, coiffé d’un pavillon bombé et plongeant, derrière lequel avait été aménagé le coffre. Cette carrosserie à trois volumes paraissait ainsi à la fois élégante et sympathique.
La « mignonnerie » ne faisait toutefois pas partie de la terminologie de l’époque. Le nouveau coupé avait été conçu pour la compétition automobile, avec l’ambition de réaliser des performances de niveau national. Et les résultats ne tardèrent pas à arriver. Dès sa première année, les exemplaires expérimentaux de 33 ch de cette Moskvitch se distinguèrent dans le championnat d’URSS, où ils prirent la deuxième place. Un peu plus tard, une série de records en course vint s’y ajouter. Le modèle ne connut malheureusement jamais la production en série, mais en 1962, l’usine MZMA présenta son héritier : un coupé basé sur le modèle 407, plus moderne, destiné aux courses sur circuit.
Moskvitch-408 Tourist : Cette Moskvitch, vous la connaissez presque à coup sûr. Dès que l’on évoque les rares coupés soviétiques, les rêveurs au patriotisme affirmé se souviennent du projet « Tourist » des années 1960, un véritable transformable réunissant un cabriolet et une deux-portes à toit rigide. Cette « 408 » modifiée possédait un toit amovible particulièrement intéressant et, contrairement à l’immense majorité des coupés-cabriolets, y compris modernes, la voiture était aussi réussie avec le toit que sans celui-ci.
Malgré son style et ses possibilités de transformation, le coupé-cabriolet « Tourist » ne fut produit qu’à un nombre extrêmement réduit d’exemplaires : deux (certaines sources parlent de cinq) ! Le projet initial prévoyait pourtant une production de 150 voitures par an. Outre les acheteurs ordinaires soviétiques, ces Moskvitch deux-portes auraient pu séduire la clientèle étrangère, en constituant une alternative aux modèles sportifs Triumph, Opel et Renault. Quant à la compétition proprement dite, l’usine moscovite MZMA entrevoyait sérieusement un avenir prometteur sur circuit pour ce modèle léger et dynamique. Mais, malheureusement, le projet n’aboutit ni dans le sport automobile, ni même en production de série.
La « Feuille d’or » : Des deux-portes spectaculaires dotées d’une mécanique intéressante n’étaient pas seulement créées dans les usines ou par des groupes d’initiative travaillant au sein de bureaux d’études. Dans les années 1970, le mouvement automobile « Samavto » se développa en URSS, réunissant de nombreux inventeurs et autodidactes talentueux venus des quatre coins du pays. Désireux de construire leur propre automobile au style unique, ces bricoleurs transformaient métal, fibre de verre et éléments provenant des Jigouli et Zaporojets produites en grande série en véritables œuvres d’art à quatre roues. Ces voitures uniques pouvaient non seulement arborer une carrosserie aérodynamique à la mode, inspirée de modèles étrangers, mais aussi bénéficier d’une aérodynamique poussée, d’une conception soigneusement étudiée et d’une qualité de réalisation très éloignée de ce que l’on pourrait qualifier de « bricolage ».
C’est ainsi qu’apparut la « Feuille d’or », ou « Sport-1100 », une voiture de sport deux portes unique réalisée par Alexeï Melnik sur base de Zaporojets. Cette samodelka possédait une silhouette assez mémorable, qui rappelait une dizaine de voitures étrangères. Certains détails étaient également étonnants : des phares escamotables comme sur la Lotus Esprit, des prises d’air dans les montants arrière comme sur les modèles italiens à moteur central, un coffre profilé sur le toit, l’utilisation de mousse plastique pour l’isolation de la carrosserie et un habitacle trois places avec un siège arrière disposé transversalement. Sous toute cette beauté se cachait la mécanique du ZAZ-968 : son moteur compact de 40 ch, sa transmission et son châssis.
Comme beaucoup d’autres réalisations artisanales soviétiques des années 1970-1980, la « Feuille d’or » n’a survécu jusqu’à nos jours que sous la forme de quelques photos de qualité médiocre et a largement été éclipsée en matière de notoriété par des créations telles que la Pangolina, la Iouna ou la Laura. Mais tel était le destin de ce type de voitures : elles connaissaient une existence brillante mais éphémère, pour le plus grand plaisir de leurs créateurs.
ZiS-112 : Et cette gigantesque voiture peut prétendre au titre de coupé le plus impressionnant de son époque. Nous sommes au début des années 1950, lorsque l’usine Likhatchev de Moscou se pencha sur la création d’une nouvelle voiture de sport de grande classe, capable aussi bien de participer à des épreuves en ligne qu’à des compétitions sur circuit. En 1951, cette voiture vit le jour. Avec, pour commencer, un seul « œil » installé au centre de sa face avant.
Outre son phare unique, l’image incomparable du « Cyclope » de six mètres de long - le surnom donné à la ZiS-112 - était façonnée par d’imposants éléments de carrosserie, qui rappelaient par endroits la Buick Le Sabre américaine. Curieusement, cette carrosserie à l’apparence massive était effectivement terriblement lourde : la voiture pesait deux tonnes et demie. Pourtant, ce coupé sportif allait entrer dans l’histoire comme l’une des premières automobiles soviétiques dotées d’une carrosserie en fibre de verre. Cela se produisit plus tard, lorsque le 112 reçut une version profondément remaniée portant le chiffre « 2 » dans son appellation et équipée d’un moteur plus puissant.
L’habitacle était ouvert, mais pouvait recevoir un toit rigide amovible aérodynamique, naturellement en métal. Sous le capot de la première version de la ZiS-112 se trouvait un huit-cylindres en ligne de 140 ch provenant de la limousine de la série 110. Avec ce moteur, la vitesse maximale de la deux-portes approchait les 200 km/h. En 1956, la voiture de sport moscovite, allégée d’une demi-tonne et équipée d’une carrosserie en fibre de verre - y compris le toit rigide - pouvait déjà atteindre 230 km/h. Un an plus tard, les ZiS modernisés, au design différent et équipés des moteurs en V de ZiL-111, affichaient même 250 km/h !
« Leningrad » : Malgré ses dimensions et son allure majestueuse, cette deux-portes n’avait de lien ni avec ZiL ni avec GAZ, même si elle utilisait des éléments mécaniques de cette dernière. En 1953, l’enthousiaste Arkadi Babitch entreprit de construire ce roadster et créa rapidement une automobile unique et incomparable. Pourtant, malgré le passage d’un demi-siècle, cette réalisation artisanale ne disparut pas. En 2014, l’épave de la « Leningrad » fut découverte par hasard en Lettonie et un projet de restauration à partir de la photographie d’époque fut rapidement annoncé. Sur ce cliché en couleur datant de 1958, réalisé par le photographe américain John Schultz, la deux-portes pose dans la rue Herzen, à Leningrad. La voiture arborait une carrosserie très basse sans toit, une peinture bicolore et une profusion de chrome.
Il est étonnant qu’une photographie ait suffi pour restituer sans déformation cette voiture historique à son état d’origine. Les travaux de restauration furent achevés en 2022 et la « Leningrad » fut présentée au public, avec sa carrosserie rouge et jaune, ses éléments de finition brillants et sa banquette moelleuse dans l’habitacle. Sous l’immense capot se cache un V6 de 3,5 litres provenant de la GAZ-12-ZIM, développant 90 chevaux. Avec ce moteur, le roadster soviétique atteignait 180 km/h et pouvait parcourir la distance entre Simferopol et la capitale du Nord en seulement 20 heures.
Lu sur : https://auto.ru/mag/article/sovietcoupecars/
Adaptation VG