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« La Maluch a conquis une place de premier plan dans la pop culture. On l’a vue au cinéma. Elle n’avait pas besoin de passer de casting. Il était évident que ce serait cette voiture que conduirait le héros du film » déclarait en 2014 Przemyslaw Semczuk, auteur du livre « Maluch. Biografia ».

La Fiat 126 était apparue sur le marché italien en 1972. Elle était en grande partie une évolution de la Fiat 500, qui régnait sur les routes de l’Europe du Sud dans les années 1960. Seule la carrosserie était entièrement nouvelle. La production en Pologne s’est achevée avec la série limitée Happy End, disponible en jaune et en rouge. Ainsi s’achevait une production de 27 ans de l’une des voitures polonaises les plus cultes. Entre 1973 et 2000, plus de 3,3 millions de Maluch ont été produites. 

La préhistoire de ce véhicule remonte pourtant bien plus loin. L’histoire de la Polski-Fiat remonte aux années 1920. C’est alors qu’il fut décidé d’acheter une licence à Fiat pour une « petite voiture populaire ». Le succès des Polonais fut d’obtenir des Italiens l’autorisation d’utiliser un nom national. Aucun autre pays produisant sous licence une Fiat ne bénéficiait d’un tel droit. Seule la Pologne pouvait faire rouler une « Polski-Fiat ».

Cette coopération d’avant-guerre eut une influence décisive sur le renouvellement des contacts à l’époque de la République populaire de Pologne (PRL). Juste après la guerre, elle fut cependant bloquée par l’Union Soviétique. On commença alors à produire la Warszawa. Plus tard, les Russes eux-mêmes achetèrent aux Italiens la licence pour la Lada, ce qui leva les derniers obstacles à la reprise des contacts avec les anciens partenaires commerciaux. Il y eut d’abord la Polski-Fiat 125p, appelée « Duzy Fiat - la grande Fiat », puis peu après la Polski-Fiat 126p - surnommée par ses conducteurs : « Maly Fiat - la petite Fiat », « Maluch », « Toczydelko - « la petite voiture », voire « Kaszlak - la tousseuse » (en raison du bruit du moteur).

En vertu du contrat de « coopération industrielle et de licence pour la voiture de petite cylindrée 126 » signé entre la PRL et Fiat, le 6 juin 1973, le premier Polski-Fiat 126p fut assemblée à partir de pièces d’origine italienne à la Fabryka Samochodow Malolitrazowych de Bielsko-Biala. La production en série démarra le 22 juillet 1973. Peu après, les Maluch envahirent les routes polonaises.

C’était l’époque de Gierek. La voiture produite en masse devait être un cadeau pour les Polonais de la part du camarade Premier secrétaire, tout comme la possibilité de voyager à l’Ouest. En théorie, le Polski-Fiat 126p devait être une voiture pour chaque « Kowalski » (le Dupond ou Martin français). En pratique, l’obtenir n’était pas si simple. Les premières Maluch coûtaient 69,000 zlotys, soit l’équivalent de 20 salaires moyens. Et même si Kowalski parvenait à réunir cette somme, il lui fallait encore un bon d’attribution ou verser un acompte. C’était la raison de son prix presque deux fois plus élevé sur le marché parallèle. Certaines personnes qui recevaient un bon d’attribution par leur employeur, sans avoir besoin de voiture, revendaient le document lui-même.

Malgré ces absurdités, la Polski-Fiat 126p ne manquait pas de clients. Elle était tout simplement nécessaire pour se déplacer. Bien que petite et peu confortable, elle a permis de motoriser la Pologne. Peu coûteux à l’usage et à réparer, elle ne posait pas de problèmes particuliers aux mécaniciens. Très vite, elle devint extrêmement populaire, et pas seulement auprès des conducteurs. Sa renommée fut renforcée par les films et séries polonaises. Rien ne faisait meilleure publicité à la Polski-Fiat 126p que ces héros de l’écran se tassant dans un Maluch pour partir à l’action (ou simplement en vacances).

La Polski-Fiat 126p s’est imposée avec fracas dans la culture populaire de la PRL. « Quand on regarde les productions des années 1970, il est difficile d’en trouver une où la Maluch n’apparaît pas au moins en arrière-plan » remarquait Przemyslaw Semczuk lors d’un entretien avec Dawid Dziedziczak en 2014. Dans le film « Nie ma mocnych » (1974), Pawlak (Waclaw Kowalski) conduisait une petite Fiat ; dans la série « Czterdziestolatek » (1975), c’était l’ingénieur Karwowski (Andrzej Kopiczynski). Une Polski- Fiat 126p rouge apparaissait dans le générique et dans chaque épisode. Le héros et sa voiture se sont tellement confondus dans l’imaginaire collectif que les propriétaires de Maluch rouges disaient qu’ils roulaient en « karwowski ».

Même Bolek et Lolek conduisaient une petite Fiat (cette fois dessinée), bien que dans la réalité ils auraient été un peu trop jeunes. Le réalisateur Marek Koterski présenta la voiture de manière moins sympathique dans la comédie « Nic smiesznego ». Adas Miauczynski (Cezary Pazura), accablé par divers malheurs, doit aussi y affronter les pannes incessantes de sa Polski-Fiat 126p.

La Maluch apparaissait dans des chansons, des graphismes, sur les couvertures de magazines en couleur, mais aussi dans des blagues se moquant de ses nombreux défauts : taille réduite, qualité de fabrication, pannes fréquentes. Mais même ces plaisanteries contribuèrent à sa popularité, d’autant plus que la direction de l’usine décida de désarmer les critiques en organisant un concours de la meilleure blague sur la Maluch. Le résultat fut un petit livre publié en 1978, contenant 126 blagues intitulé « 126 × 126p ». L’ouvrage fut aussi populaire que son héroine. On y trouvait notamment ces plaisanteries :

« Sais-tu que Malinowski a transformé sa Fiat 126p en version sportive ?
- Comment ça ?
- Il s’est acheté des baskets et les transporte en permanence dans le coffre ».

« Depuis les juvénales de Cracovie, où 13 étudiants ont réussi à entrer dans une Maluch de série, on envisagerait l’introduction, dans la Fiat 126p, de compartiments séparés pour les fumeurs et les non-fumeurs ».

Les médias n’ont pas été les seuls à participer à la « propagande de la Maluch ». En janvier 1975, Sobieslaw Zasada prit le départ du Rallye de Monte-Carlo au volant d’une Polski-Fiat 126p. En 1976-1977, trois audacieux venus de Cracovie firent le tour du globe à bord d’une Maluch. Et ce n’était pourtant que le début de la grande aventure pop-culturelle de cette voiture. Une aventure qui ne s’est absolument pas achevée le 22 septembre 2000.

Une quinzaine d’années après la production de la dernière Polski-Fiat 126p, sa popularité s’était quelque peu estompée. Il restait les souvenirs et la nostalgie des conducteurs, ainsi que la passion d’une poignée d’amateurs qui restauraient des « Toczydelko » délabrées et se retrouvaient lors de rassemblements. Et c’est alors qu’il se produisit quelque chose qui fit briller à nouveau l’étoile du Maluch.

En 2016, le célèbre acteur Tom Hanks, double lauréat d’un Oscar, publia sur Twitter des photos prises lors d’un séjour à Budapest. L’artiste a pour habitude de se photographier avec des voitures rencontrées au hasard en plaisantant : « J’ai une nouvelle voiture ! ». À Budapest, ce sont précisément les Maluch qui attirèrent son attention.

Les photos de Tom Hanks avec des Maluch firent le tour des médias polonais et inspirèrent une initiative lancée par Monika Jaskolska, originaire de Bielsko-Biala. En 2017, une somme suffisante fut réunie, une voiture achetée spécialement pour la star hollywoodienne, puis entièrement restaurée et envoyée à Los Angeles à bord d’un Boeing 787 Dreamliner.

Conformément aux intentions des organisateurs, l’action avait également une dimension caritative. L’argent restant après la collecte et l’achat de la Maluch devait être reversé à l’hôpital pédiatrique de Bielsko-Biala. Le projet prit cependant une telle ampleur que l’hôpital reçut finalement l’intégralité de la somme, tandis que la petite Fiat destinée à Tom Hanks fut achetée par l’homme d’affaires et pilote de rallye Rafał Sonik. De plus, l’acteur mit aux enchères un exemplaire dédicacé de son livre, et les fonds récoltés furent eux aussi versés à l’hôpital de Bielsko-Biala.

Tom Hanks reçut son  exemplaire de « petite Fiat » à la résidence du consul de Pologne à Los Angeles.
« Cette couleur blanche est magnifique. Je me suis déjà assis dedans. Dommage que le siège ne puisse pas reculer davantage, car c’est un peu étroit. Je sais déjà comment le démarrer, comment allumer les phares et comment ouvrir le coffre », déclara-t-il. Il ajouta qu’il connaissait l’histoire de la  Maluch et savait à quel point cette voiture avait été un bien précieux pour les habitants de la Pologne communiste.

L’année 2016 fut exceptionnellement heureuse pour le Maluch. Tandis que Tom Hanks se photographiait avec ce véhicule à Budapest, à Varsovie un autre Américain ajoutait sa pierre à la légende de la Polski-Fiat 126p. L’ambassade des États-Unis publia sur les réseaux sociaux un court documentaire racontant la passion automobile de l’un de ses employés. « Je m’appelle Daniel, je suis diplomate américain et je conduis unz Maluch » explique-t-il devant la caméra.

Sa fascination pour la Polski-Fiat 126p a commencé lors de ses cours de polonais. « C’était il y a environ dix ans. Je regardais « Uczmy sie polskiego ». J’ai demandé à mon professeur : qu’est-ce que c’est que cette petite voiture si mignonne ? Et il m’a répondu que c’était la célèbre Polski-Fiat » se souvient le diplomate. À la fin du documentaire, il ajoute : « J’aime énormément ma Maluch. J’ai une voiture exceptionnelle ! ».

Lu sur : https://polskieradio24.pl/artykul/2583740,fiat-126p-czyli-maluch-samochod-nie-tylko-dla-bohaterow
Adaptation VG

Tag(s) : #Histoire, #Polski-Fiat, #126p, #Maluch, #Personnalités, #Blagues