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Au début des années 1980, Nicolae Ceausescu ordonna que toutes les institutions, y compris le parc automobile du Comité central, n'utilisent plus que des Dacia 1300, considérées comme des voitures de petite cylindrée. Mais, à l'occasion d'un déplacement à Scornicesti, les Dacia 1300 se révélèrent incapables de suivre la vitesse du cortège officiel. Ceausescu abandonna alors cette idée.
Il fut décidé d'équiper le parc automobile du Comité central de Dacia 2000, qui n'était en réalité qu'une Renault 20 TS assemblée en Roumanie. La voiture était équipée d'un moteur de 2,200 cm3 développant 116 chevaux. Elle pouvait atteindre une vitesse maximale de 175 km/h. Elle disposait également d'une boîte automatique à trois rapports, de vitres électriques et de la climatisation. Pour toutes ces raisons, Ceaușescu considérait la Dacia 2000 comme une voiture puissante et élégante. Peinte en noir ou en bleu, elle était exclusivement destinée à l'élite communiste.
Pour les responsables qui accompagnaient Nicolae Ceausescu, il était difficile de rester au sein du cortège officiel lorsque celui-ci roulait à vive allure. Les Dacia 1300 ne suivaient pas le rythme et tombaient souvent en panne en cours de route. C'est notamment ce qui arriva au professeur Stefan Birlea, qui fut chef de la section Chancellerie du Comité central du Parti communiste roumain de 1972 à 1979 puis de 1981 à 1982.
« Le Comité central disposait de Dacia 1300. On leur avait monté des moteurs plus puissants, mais elles ne pouvaient malgré tout pas dépasser 100 à 120 km/h, et certainement pas sur de longues distances.
Un automne, Ceausescu décida d'effectuer une visite à Scornicesti, où il souhaitait remettre des décorations en récompense des résultats obtenus. Je partis avec Silviu Curticeanu dans le cortège, à bord d'une voiture du Conseil d'État. Au Cabinet, nous aussi, nous n'avions que des Dacia. En cours de route, le convoi roula très vite et, à mi-chemin de Pitesti, notre moteur cala. Nous nous sommes arrêtés sur le bas-côté. Je devais absolument être à Scornicesti pour organiser la prise en compte des instructions de Ceausescu. Curticeanu avait avec lui le décret qui devait être lu. Nous sommes donc restés là à essayer d'arrêter une voiture...
Au bout d'une quinzaine de minutes, nous avons vu arriver la voiture verte de Nicu : une Audi. Je lui ai fait signe de la main ; il me connaissait très bien. Il s'est arrêté dans un grand crissement de pneus.
- « Que faites-vous ici ? »
- « Notre voiture est tombée en panne ! »
- « Je l'avais bien dit à mon père que cela finirait par arriver ! »
- « C'est justement pour ça que nous t'avons arrêté. Emmène-nous avec toi ! »
Il nous a pris à bord, puis Nicu a commencé à accélérer pour rattraper le cortège. Il avait une radio dans sa voiture et nous avons entendu Ceausescu demander un hélicoptère. Comme nous avions pris du retard sur la route et qu'il voulait absolument arriver à Scornicesti à l'heure prévue, Nicu accéléra encore : 180... 200... 230 km/h... Le compteur affichait trois repères d'alerte. C'était une voiture de sport.
Avec Curticeanu, nous étions assis à l'arrière. La voiture commença à vibrer. Je lui dis :
- « Nicu, ralentis un peu... Mon Dieu ! Ce n'est pas parce que c'est une voiture allemande qu'elle peut tout encaisser ! Tu ne vois pas qu'elle t'avertit ? »
- « Aucun problème ! »
Il continua et dépassa les 250 km/h. Nous avons rapidement rattrapé le convoi. Les voitures se sont écartées pour nous laisser reprendre notre place, et nous nous sommes retrouvés juste derrière la voiture de Ceausescu.
Lui était assis à l'avant, elle à l'arrière, et il faisait des gestes : « Allez ! Allez ! Plus vite ! »
Mais les autres ne pouvaient pas faire mieux : ils roulaient déjà à 120 km/h, leur vitesse maximale. À cette époque, Ceausescu utilisait une Dacia 1310, fabriquée à Pitesti.
Après avoir dépassé Pitesti, nous nous sommes arrêtés dans un champ. Les hélicoptères sont arrivés, nous ont embarqués et nous ont transportés jusqu'à Scornicesti. Nous ne sommes plus rentrés à Bucarest avec les Dacia.
C'est alors que Ceausescu comprit qu'il fallait disposer de voitures plus puissantes et plus rapides. Les officiers de la Securitate soutinrent également cette idée, car eux aussi n'utilisaient désormais plus que des Dacia. Auparavant, Ceausescu roulait en Mercedes et les agents de la Securitate en BMW.
Ceausescu décida alors que la principale voiture de protocole devait être de fabrication roumaine. Elle fut réalisée à Campulung à partir d'un ARO modifié. C'était un ARO gris. Nous avons également été dotés de Dacia 2000 pour compléter le parc automobile ».
Lu sur : https://www.rador.ro/2018/05/29/dacia-2000-o-masina-destinata-doar-elitei-comuniste/
Adaptation VG