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On la surnommait BMV, pour Bakelitové Motorové Vozidlo (que l’on peut traduire par « Véhicule automobile en bakélite ». Rien n’a changé de ce côté-là, mais dans un dernier sursaut pour séduire le public, le Trabant a subi d’importantes modifications techniques et esthétiques. Aujourd’hui, c’est une rareté exposée chez un concessionnaire qui vous vend aussi des Ferrari à plusieurs centaines de milliers d’euros.
Le Trabant est la preuve vivante qu’une chose mauvaise peut devenir une icône à sa manière. La plus primitive des voitures primitives, qu’une personne ignorante des réalités de l’économie socialiste planifiée ne comprendrait absolument pas encore aujourd’hui, n’aurait, dans des conditions normales, aucune chance de réussir sur un marché fonctionnant tant soit peu normalement. Mais si l’on pousse ces propos jusqu’à la caricature et que, dans les pays d’Europe centrale et orientale, on ne laisse fonctionner que quelques constructeurs automobiles que l’on empêche de fait d’innover de manière significative, même le Trabant peut devenir un produit assez prospère, vendu à des millions d’exemplaires.
Née de la nécessité en République Démocratique Allemande, cette voiture s’est gravée dans l’esprit de la plupart d’entre nous comme un engin à carrosserie en plastique abritant un moteur bicylindre deux-temps de 0,6 litre. Elle offrait au maximum 26 chevaux, mais avec un poids d’environ 600 kilos, elle ne roulait pas si mal qu’on pourrait le croire. Les accélérations de 0 à 100 km/h en environ 20 secondes n’impressionnent pas, mais il faut se rappeler que c’était aussi sa vitesse maximale. Montrez-nous une autre voiture capable d’accélérer de l’arrêt à sa vitesse de pointe en si peu de temps…
Mais trêve de plaisanteries : le Trabant n’a pas besoin d’être ridiculisée, elle est elle-même une plaisanterie sur roues, ce qui lui a justement valu un statut culte dans certains cercles. Elle est devenue le symbole d’une époque et reste bien connue même de ceux qui ne l’ont jamais vécue. Cependant, tout le monde ne sait pas que son histoire ne s’est pas arrêtée avec la version la plus vendue et la plus célèbre, la 601. Aussi bizarre que cela puisse paraître, la Sachsenring a décidé, après la révolution, de donner une nouvelle vie à cette machine. Et l’on ne peut pas dire que ce fut un succès.
La fin de la Trabant n’a pas été écrite par la 601 mais par la Trabant 1.1, ainsi nommée d’après le moteur qu’elle abritait. En 1990 et 1991, on installa dans la BMV un moteur quatre-temps quatre-cylindres en ligne provenant de la Volkswagen Polo, offrant jusqu’à 41 chevaux. Sa cylindrée n’atteignait pas tout à fait 1,1 litre, mais l’essentiel est que l’adoption de ce nouveau moteur entraîna une refonte véritablement profonde du véhicule.
Le réservoir de carburant fut déplacé du compartiment moteur vers l’arrière de la voiture, le levier de vitesses passa au plancher et l’essieu avant reçut des freins à disque. La calandre, les pare-chocs furent modifiés et, bien sûr, disparurent le célèbre grondement ainsi que la fumée bleue à l’échappement. Ce ne fut évidemment pas un succès commercial - il ne pouvait en être autrement - comme en témoigne sa courte période de production. Mais cela la rend d’autant plus précieuse pour certains.
Sur les photos qui accompagnent l’article, vous verrez l’un des modèles de la dite Edition 444 (*), c’est-à-dire l’une des 444 dernières voitures produites avec ce moteur quatre-temps, fabriquées par la Sachsenring (l’entreprise existe toujours aujourd’hui sous un autre nom comme fournisseur de composants automobiles) en 1991. Il s’agit d’un break, version Universal, et quelqu’un l’a manifestement acquis comme une relique. C’est pourquoi il n’affiche à ce jour que 6,817 km au compteur.
C’est pratiquement une voiture neuve, même si le vendeur admet que les années d’immobilisation ont laissé quelques traces, notamment sous forme de corrosion superficielle naissante sur certaines pièces métalliques. Le vendeur lui-même est d’ailleurs remarquable, car il illustre parfaitement l’évolution du statut de la Trabant en quelques décennies : jadis sommet de la débrouillardise par nécessité, elle est aujourd’hui vendue par une entreprise néerlandaise spécialisée dans les modèles exclusifs historiques et modernes, qui propose sur 6,000 m2 des voitures à plusieurs centaines de milliers d’euros. Les clients fortunés peuvent même venir les chercher en hélicoptère - alors, qui viendra chercher sa Trabant ?
Mais, plaisanteries mises à part, il s’agit d’un break Trabant quasiment inutilisé, faisant partie des 444 tout derniers exemplaires produits - c’est tout simplement une rareté. Êtes-vous tenté d’ouvrir votre portefeuille ? La voiture est à vendre, mais elle n’est vraiment pas donnée : elle coûte 14,950 euros. Il faudra un collectionneur de « Trabi » particulièrement enthousiaste. Quoi qu’il en soit, c’est un message clair pour ceux qui se moquaient autrefois de cette voiture en la considérant comme une ferraille sans valeur (une ferraille en plastique ?). Aujourd’hui, ce n’est définitivement plus le cas.
Lu sur : https://www.autoforum.cz/zajimavosti/jeden-z-poslednich-444-vyrobenych-trabantu-se-da-koupit-dodnes-nejety-budete-koukat-co-to-ma-pod-kapotou/
Voir l’annonce ici : https://hoogselections.nl/product/trabant-1-1-last-edition-444/
Adaptation VG
(*) Pour l’histoire de cette série, relire :
https://www.sovietauto.fr/2013/08/la-«-444-»-de-turquie.html
https://www.sovietauto.fr/2020/07/pour-les-25-ans-de-la-chute-du-mur-il-a-tenu-sa-promesse.html