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En 1989, alors qu’il était clair que les capacités internes ne suffiraient plus au développement postérieur de la Tatra 613, une décision déjà éprouvée par le passé fut de nouveau adoptée : faire appel à une société de design étrangère. Cette fois encore, elle venait du pays considéré comme le berceau du design automobile du XXᵉ siècle : l’Italie.

On ne commentera pas ici les raisons pour lesquelles la direction de l’usine de Koprivnice choisit précisément cette entreprise (le célèbre atelier Bertone, entre autres, était également une option), mais ce choix ne peut être considéré comme particulièrement heureux.

Après des négociations préalables entre des représentants de Tatra et le propriétaire de la société Scioneri, l’entreprise Tatra envoya en janvier 1989, par leurs propres moyens, deux Tatra T613-3 dans les ateliers de la société italienne Scioneri S.p.A., située à Savigliano, afin d’améliorer la qualité de l’habitacle et de rendre la T613 plus attractive sur les marchés occidentaux.

L’un des conducteurs du département de développement qui conduisirent les voitures jusqu’à Savigliano était le légendaire « Messier Dakar » (« Monsieur Dakar »), Karel Loprais. La presse de l’époque informa largement le public de cette opération dans un article que l’on reprendra ci-dessous.

Dès la production, une attention extrême fut portée à la qualité des véhicules, afin que l’automobile destinée à la plus haute élite gouvernementale de la Tchécoslovaquie socialiste ne fasse pas mauvaise figure en Italie.

Le studio Scioneri fut fondé en 1943 en tant qu’atelier de service spécialisé dans la réparation de carrosseries automobiles endommagées. Dans les années d’après-guerre, avec l’essor croissant de l’automobile, il profita de la demande pour des véhicules atypiques et commença à se consacrer à des modifications tant esthétiques que fonctionnelles de voitures de grands constructeurs.

La renommée du studio Scioneri provint de son idée de peinture bicolore de la carrosserie, de l’utilisation du bois dans les intérieurs et surtout de sa collaboration avec le constructeur Fiat. On peut citer notamment les modifications des modèles Fiat 500, 600, 850, 1100, 1300, 1500 et Multipla, puis plus tard des modèles 124, 125 et 127. Une coopération importante fut également développée avec Alfa Romeo.

À l’époque où la commande de Tatra fut passée, Scioneri travaillait sur la modification des Fiat Uno, Panda et Lancia. Sur les photographies d’époque de la Fiat Uno, on reconnaît clairement la signature stylistique que Scioneri suivait à la charnière des années 1990. De nombreux éléments se retrouvèrent également sur les deux T613 modifiées par ce studio.

Les changements les plus importants concernaient principalement l’esthétique des véhicules. A l’intérieur, les sièges, le ciel de toit, les garnitures de portes et la plage arrière furent entièrement recouverts d’un tissu suédé de couleur ocre. Des poches fermées furent cousues à l’arrière des sièges avant. Les sièges avant reçurent des appuie-tête réglables non seulement en hauteur, mais aussi d’avant en arrière.

La seule modification visible de la carrosserie fut l’installation d’un toit ouvrant basculant, un équipement très à la mode et recherché à la fin des années 1980 et au début des années 1990. Les deux voitures étaient  équipées d’enjoliveurs en aluminium moulé, issus de la production propre de la société italienne.

Elles étaient peintes en or métallisé. Pour l’une d’elles, une rumeur prétend qu’elle était rose, mais il ne s’agissait en réalité que d’une nuance particulière de doré. Un double liseré noir fut appliqué sur tout le pourtour du véhicule. Les ailes avant reçurent une plaque portant l’inscription Scioneri, le capot moteur un emblème avec ses armoiries, et le couvercle du coffre un autocollant rond de 8 cm de diamètre représentant également l’écusson.

Les rétroviseurs extérieurs à réglage électrique provenaient de la Lancia Thema, peints dans la couleur de la carrosserie. Les deux véhicules reçurent des vitres électriques sur toutes les fenêtres ainsi qu’un verrouillage central électrique.

Selon des employés de l’usine Tatra, un volant portant le logo Scioneri aurait également été monté (ce point est toutefois sujet à confusion : il s’agissait en réalité d’un volant en bois de la société D.B.A.). Des modifications du moteur et de la boîte de vitesses visant à améliorer les performances auraient aussi été effectuées. Cependant, ces modifications ne sont plus présentes sur les véhicules conservés aujourd’hui, et il reste à déterminer si elles ont réellement été réalisées.

Sort ultérieur des véhicules : après leur retour d’Italie, les deux voitures furent affectées au département de développement, où elles subirent plusieurs essais fonctionnels, puis furent attribuées à d’autres services de l’usine Tatra.

Le véhicule immatriculé NJD 94-81 fut vendu en 1993 à l’Université technique des mines (VSB) d’Ostrava. Aujourd’hui, il constitue une pièce de collection précieuse appartenant à un collectionneur de Havířov. Ce véhicule est très fidèle à l’original en termes d’authenticité et de conservation des pièces d’origine.

Le véhicule immatriculé NJD 97-47 fut gravement accidenté en 1994 par un employé de l’usine Tatra. Malgré l’état spectaculaire de l’épave, aucun des trois occupants ne subit de blessures graves. Après l’accident, la carrosserie fut remplacée et la peinture changée en bleu clair. La voiture reçut une carrosserie de la série 4 et fut donc équipée du tableau de bord correspondant. Elle fut ensuite vendue à un particulier. Malgré ces modifications importantes, un grand nombre de pièces d’origine attestant de la transformation italienne ont été conservées. Le véhicule se trouve aujourd’hui en Slovaquie.

Pour conclure, il convient de souligner que ces modifications ne constituaient qu’un léger restylage. Même pour la période de la fin du socialisme et de pénurie matérielle, elles n’apportèrent pratiquement aucune innovation révolutionnaire pour Tatra. Elles ne satisfirent pas non plus la direction de l’entreprise, qui décida donc de ne pas poursuivre la collaboration. La société Scioneri elle-même ne connut pas un meilleur sort : elle cessa ses activités en 1994.

Traduction de l’article d’époque repris ci-dessous pour archivage :

La perspective d’une collaboration entre Tatra et Scioneri.

La conjoncture mondiale actuelle dans le développement et la production de voitures de luxe et de représentation se reflète depuis plusieurs années dans l’intérêt croissant porté à la Tatra 613. Il n’est pas sans intérêt de noter qu’après le dernier salon international de Brno, nous avons enregistré une augmentation de la demande en provenance des pays occidentaux. Il n’est pas étonnant que la marque Tatra, grâce à ses succès au Rallye Paris-Dakar et à sa tradition, jouisse d’une grande réputation dans le monde automobile. Le désir de satisfaire les acheteurs à l’étranger et la possibilité d’obtenir des devises ont intensifié l’activité commerciale.

En coopération avec la succursale d’Ostrava de la société anonyme Phoenix Praha, une première réunion a eu lieu avec l’entreprise italienne Scioneri s. p. a. Les négociations se sont poursuivies en novembre chez Tatra. Les représentants de Scioneri ont alors convenu que durant le mois de janvier 1989, l’entreprise recevrait 2 voitures T 613-3 pour être modifiées afin de pouvoir les commercialisées sur les marchés d’Europe occidentale, et éventuellement d’Amérique du Sud. Ces voitures seraient à l’avenir préparées en coopération entre la Tatra Pribor et Scioneri.

La direction de l’usine de Pribor a compris l’opportunité unique et, en l’espace d’à peine deux mois, les équipes de Pribor ont préparé 2 voitures (en métal doré et rose) avec une qualité exemplaire pour l’expédition en Italie. 

Le 16 janvier 1989, à Savigliano en Italie, les deux T-613-3 ont été remises au président de Scioneri, M. Renato Scioneri, et un accord a été signé selon lequel les voitures seraient modifiées et équipées selon les exigences des clients locaux entre janvier et avril.

Début mai, une des voitures devrait revenir à Tatra. La seconde sera utilisée par Scioneri comme véhicule d’exposition pour les salons automobiles et ensuite également retournée.

On s’attend à ce qu’un contrat de coopération pour la production et la fourniture des T 613 modifiées soit signé en mai. La société Scioneri possède une tradition de 40 ans et collabore avec la société Fiat. Elle travaille sur la modification de tous les modèles Fiat - de la Panda à l’Uno et à la Tipo, réalisant des retouches spéciales de peinture (principalement métallisée), l’ajout d’équipements de luxe (vitres électriques, sièges spéciaux, etc.). Elle emploie 450 personnes et possède 150 filiales en Italie et à l’étranger. Elle a d’excellents contacts avec l’industrie automobile italienne ainsi qu’avec les marchés d’Amérique du Sud.

Selon Renato Scioneri lui-même, Tatra est un partenaire très sérieux avec un grand potentiel de production et un solide support technique. Il considère la T 613 comme une voiture très intéressante sur le plan conceptuel et du design, qui, avec les équipements supplémentaires attendus par une clientèle haut de gamme, pourrait rencontrer un grand succès commercial. Il apprécie également l’engagement responsable de Tatra dans cette coopération.

Lu sur :
https://www.tatra700.cz/clanky/tatra-613/tatra-613-3-scioneri/
https://www.autosuv.sk/ostatne/tatra-613-scioneri-pribeh-roku-1989
https://www.aircooled.cz/613Scioneri.html 
Adaptation VG

Tatra 613-3 Scioneri : les Tchèques s’adressaient une dernière fois à l’Italie.
Tag(s) : #Histoire, #Tatra, #T613, #Scioneri, #Prototype, #Italie, #Vidéo