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Plus on plonge dans l’histoire de l’industrie automobile soviétique ou russe, plus on comprend que les ingénieurs savaient créer de très bonnes voitures. Mais bien souvent, c’est la direction des usines automobiles qui mettait des bâtons dans les roues de leurs propres concepteurs. Généralement, la direction justifiait ces décisions par la non-rentabilité supposée de ces projets. On investissait d’énormes sommes d’argent et beaucoup de travail d’ingénierie dans le développement d’un nouveau véhicule, mais au final tout était tout simplement jeté à la poubelle.
Un exemple est ce véhicule très grand et très intéressant qui aurait sans aucun doute trouvé son public. Il n'était pas destiné à être produit en très grande série mais dans certaines régions de la Russie, il aurait certainement rencontré beaucoup de succès.
Le GAZ-3121, créé en 2006 par les Usine automobiles de Gorki (GAZ) visait à créer une alternative russe au « Hummer » américain. Le GAZ-3121 n’a pas été conçu à partir de zéro : c’est une version civile bien retravaillée du célèbre tout-terrain militaire GAZ-2975 Tigr.
Le premier Tigr fut présenté au public lors du Salon automobile de Moscou - le MIMS-2002. En plus du GAZ-2975, on y montra aussi le pick-up quatre portes GAZ-233001 Tigr et le break trois portes GAZ-233003. Ces véhicules étaient alors présentés sous le nom provisoire de GAZ-29752 avant leur homologation définitive.
Ces véhicules suscitèrent un immense intérêt auprès des visiteurs. Leur production fut lancée non pas à l’usine GAZ de Nijni-Novgorod, mais à l’Usine de construction mécanique d’Arzamas (AMZ), dans la ville d’Arzamas. Une ligne de production d’une capacité de 150 véhicules par an y fut spécialement mise en place. La production commença en 2005 et continue encore aujourd’hui.
En 2005, les ingénieurs de GAZ, voyant le succès du Hummer H2 américain, décidèrent de créer un équivalent civil du Tigr. C’est ainsi qu’est né le GAZ-3121 Tigr-2. Le véhicule fini fut présenté en 2006 lors d’un salon. Ce gigantesque SUV noir et brutal suscita autant d’intérêt que le premier Tigr en 2002.
Mais lors de sa création, les ingénieurs rencontrèrent de nombreux problèmes techniques. Le véhicule reposait toujours sur un châssis en tubes profilés fermés soudés. Ils installèrent des bras de suspension avant forgés et une suspension avant indépendante à double triangulation. Ils durent aussi alléger le véhicule, car la version militaire du Tigre pèse environ 6 tonnes.
Quand la carrosserie et la suspension furent quasiment prêtes, un problème crucial concernant les roues est apparu. Aucune roue de taille adaptée n’existait puisque celles du GAZ-66 ne rentraient pas dans les passages de roues et que chez UAZ on ne trouvait rien d’adapté non plus. Les ingénieurs conçurent donc des jantes spéciales et commandèrent des pneus à l’étranger. La garde au sol atteignait 360 mm, un chiffre impressionnant.
Sous le capot, ils installèrent un moteur diesel autrichien Steyr WD10C190-15 (190 ch) produit sous licence chez GAZ. Un moteur diesel américain Cummins de 202 ch avait aussi été envisagé, mais le projet n’alla pas plus loin. Le moteur Steyr était associé à une boîte manuelle à 5 rapports dérivée d’une boîte GAZ modifiée pour l’occasion. Certaines pièces de transmission provenaient de véhicules GAZ de série, mais les ingénieurs durent concevoir en partant de zéro la boîte de transfert avec différentiel central verrouillable, les ponts moteurs et les réducteurs de roues.
Pour faciliter l’accès à l’habitacle, des marchepieds spéciaux furent ajoutés : sans eux, grimper à bord aurait été presque impossible, car le plancher se trouvait à 730 mm du sol. Lors de la présentation du Tigr-2, on nota que les portes étaient petites, surtout à l’arrière, ce qui pouvait gêner des passagers vêtus de vêtements d’hiver.
Pour l’immense coffre, ils optèrent pour des portières à double battant : une grande porte massive à droite et une plus petite à gauche. La roue de secours, très volumineuse, était fixée sur un support, mais grâce à la petite porte, on pouvait accéder au coffre sans devoir retirer la roue.
L’habitacle semblait très spacieux. À l’avant, on pouvait remarquer un tableau de bord gigantesque où les boutons et l’écran multimédia semblaient perdus, deux leviers au centre et un grand accoudoir. Il aurait sans doute été possible d’installer trois sièges avant, comme sur certains modèles américains. Le volant et le combiné d’instruments venaient d’une Volga. Les sièges étaient recouverts de cuir et dans le coffre, deux strapontins supplémentaires étaient montés transversalement, mais sans ceintures de sécurité.
Le GAZ-3121 Tigr-2 réussit brillamment tous les tests et reçut de bonnes critiques des journalistes. La production en série aurait pu être lancée, mais la direction de GAZ opposa un refus catégorique.
Selon elle, le projet n’aurait pas été rentable, et tous les financements furent stoppés. Peut-être avaient-ils raison : le prix estimé du véhicule en 2006 était de 120,000 dollars, soit environ 4,200,000 roubles de l’époque.
L’équivalent russe du « Hummer » est donc resté un exemplaire unique. Heureusement, il n’a pas été perdu ni détruit : il se trouve aujourd’hui dans le musée GAZ aux côtés d’autres véhicules de série et de prototypes.
Lu sur : https://dzen.ru/a/aMxCZRi0w1fIHBgr
Adaptation VG