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Ce minibus s’appelait RAF-22038-02. Mais il serait plus juste de la surnommer « moins deux ».

Au milieu des années 1960, la direction de l’usine RAF se lança dans la recherche de nouvelles formes. Cette petite entreprise de Riga, mal équipée, ne produisait alors qu’environ trois mille minibus par an. Pourtant, ses dirigeants rêvaient d’une grande usine moderne, tout en comprenant parfaitement que, pour obtenir sa construction, il fallait proposer au ministère un véhicule entièrement nouveau et original.

Deux équipes de designers indépendantes furent créées, chacune développant son propre véhicule. Le groupe d’Arturs Eizerts proposa un minibus totalement inhabituel, audacieux et même avant-gardiste pour l’époque. Le projet impressionna également les responsables de l’industrie. C’est sur cette base qu’a été créé le RAF-2203, dont la production débuta en 1975 dans l’usine baptisée du « XXVe Congrès du Parti communiste de l’Union Soviétique » à Jelgava. C’était le nom officiel du nouveau site industriel.

Dans les années 1980, le minibus fut modernisé. La carrosserie resta, dans l’ensemble, inchangée. Le véhicule conservait les mêmes phares fabriqués en RDA que ceux des Moskvitch-412 et 2140 ainsi que de l’allemande Wartburg, mais recevait de nouveaux pare-chocs, une nouvelle calandre, des veilleuses et des rétroviseurs différents. Les déflecteurs de portes furent supprimés.

À Riga, on fabriquait essentiellement les carrosseries. L’habitacle de ce RAF-22038 fut modifié : afin qu’il puisse être conduit avec un permis de catégorie B, une partie des sièges a été retirée. Car, à l’origine, le RAF est un véhicule à 12 places. Pour de nombreux citoyens soviétiques, ce minibus était surtout connu comme taxi collectif. Pourtant, l’usine elle-même ne produisait pas de versions « marchroutka ». Les aménagements intérieurs étaient modifiés directement par les compagnies de taxis.

Mais le véhicule n’avait absolument pas été conçu pour cet usage. Il n’était pas prévu pour supporter les contraintes imposées aux taxis. Sous la carrosserie se trouvaient en effet les organes mécaniques de la Volga GAZ-24. Certes, la suspension arrière avait été modifiée : les ressorts à lames comportaient huit lames, chacune étant plus épaisse d’un millimètre que sur la Volga et plus longue de 50 mm.

Le RAF utilisait des pneus de 15 pouces au lieu des 14 pouces de la Volga. Mais la suspension avant restait celle de la Volga. Or, le poids total du RAF dépassait 2,700 kg, contre 1,750 kg pour la Volga. Soit presque une tonne d’écart !

La boîte de vitesses provenait également de la Volga, mais avec un carter différent. D’ailleurs, ces carters spécifiques étaient coulés en Lettonie. Le RAF recevait aussi les moteurs de la Volga. D’abord un moteur de 95 ch, puis un de 100 ch doté du carburateur K-151 à la place du K-126G.

Les freins furent modernisés par rapport au premier modèle 2203. Les deux servofreins hydrovacuum furent remplacés par un unique servofrein à dépression plus moderne, similaire à celui des UAZ.

Le RAF était encore moins enclin que la Volga aux manœuvres brusques. En revanche, il offrait un confort de suspension assez doux et une excellente visibilité. Le levier de vitesses, placé légèrement en retrait du siège conducteur, ne posait d’ailleurs aucun problème : on s’y habituait facilement.

Sur route, on n’avait guère envie de dépasser les 100 à 110 km/h. Et ce n’était pas seulement parce qu’il fallait constamment corriger la trajectoire. À haute vitesse, le RAF devenait extrêmement bruyant. Le moteur se trouvait juste à côté des occupants. Les pilotes-essayeurs de Riga racontaient qu’ils installaient eux-mêmes une insonorisation artisanale autour du capot moteur. Seuls les freins étaient jugés acceptables.

Bien entendu, l’usine de Riga connaissait parfaitement tous les défauts du minibus. C’est pourquoi le RAF-22038 fut conçu avec une nouvelle suspension développée par l’Institut NAMI et avec des freins à disque avant équipés de deux étriers de Lada Niva sur chaque roue…

Mais, comme cela arrivait souvent, le projet de modernisation fut temporairement repoussé. C’est ainsi que le RAF prit l’appellation 22038-02, ou « moins deux ». Et le « temporaire » devint finalement « définitif ». Dans les années 1990, l’usine de Riga, comme beaucoup d’autres, n’avait plus les moyens d’entreprendre une modernisation sérieuse.

Aujourd’hui, il ne reste plus beaucoup de minibus de Riga en bon état. L’exemplaire présenté dans notre vidéo a eu particulièrement de la chance : il est tombé entre des mains soigneuses et a été restauré. Ceux qui ont connu le RAF dans sa jeunesse peuvent ainsi raviver leurs souvenirs, tandis que ceux qui ne l’ont jamais connu peuvent tenter de découvrir et ressentir ce qu’était cette époque.

Légendes des photos :

  • L’habitacle du RAF-22038-02 a été sensiblement modifié. Un nouveau volant et une nouvelle planche de bord ont, en particulier, été installés. Un « plateau » destiné aux petits objets a également fait son apparition sur le capot moteur.
  • Le véhicule est équipé d’un moteur ZMZ identique à celui de la Volga, développant 100 ch.
  • Sous le capot avant, l’accès au radiateur ainsi qu’aux différents réservoirs est possible.

Lu sur : https://auto.mail.ru/article/92878-nedodelannyij-avtomobil-sssr-o-kotorom-ne-lyubyat/
Adaptation VG

Tag(s) : #Histoire, #RAF, #Latvia, #22308-02