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À l’époque de la République populaire de Pologne, de nombreuses constructions conçues par des créateurs privés virent le jour dans le pays. L’une d’elles, malheureusement peu connue, était une voiture artisanale fabriquée en bois.
La période communiste en Pologne est évoquée avec nostalgie par certains. Pour le justifier, on avance souvent l’argument selon lequel nous avions alors notre propre industrie automobile, alors qu’aujourd’hui nous n’avons plus rien (même si le mot « rien » est souvent remplacé par un autre terme qu’il vaut mieux ne pas citer). On peut aussi rappeler les véhicules fabriqués artisanalement par les Polonais durant cette époque révolue. Aviez-vous par exemple entendu parler de la « voiture des Buchta » ?
L’histoire se déroule dans la région d’Opole Un technicien en aménagement agricole du village de Jelowa, Pawel Buchta, construisit lui-même une automobile avec son fils - également prénommé Pawel. Il s’agissait d’un véhicule parfaitement fonctionnel, présenté dans les colonnes du journal Trybuna Opolska en 1971. Selon l’article, le véhicule reposait sur des éléments mécaniques (châssis et moteur) de la tchécoslovaque Skoda 1101 Tudor, que les constructeurs avaient habillée d’une carrosserie fabriquée artisanalement à partir de panneaux de fibres de bois.
Le véhicule fit tellement sensation qu’il attira même l’attention des Studios des films documentaires et de fiction : il devint le sujet d’un reportage de Polska Kronika Filmowa (n° 10A/71) au début de l’année 1971, sous le titre « Une voix dans le débat ».
Le narrateur du reportage qualifia ironiquement leur atelier de « consortium », lançant au passage une pique à l’industrie polonaise, car la « voiture des Buchta » - contrairement aux productions des usines d’État - avait été construite entièrement de manière autonome et ne reposait sur aucune licence étrangère. Cette remarque était d’ailleurs particulièrement pertinente : sur les routes polonaises régnaient alors les Warszawa produites sous licence du soviétique GAZ, les Polski-Fiat 125p sous licence Fiat, les autobus Jelcz sous licence Skoda, tandis que se profilaient déjà de nouvelles licences pour les autobus Jelcz-Berliet PR100 ou encore pour la Polski-Fiat 126p.
Malheureusement, ni l’article de Trybuna Opolska, ni le reportage filmé, ne mentionnaient de nom précis pour ce véhicule ; il est donc impossible de le désigner autrement que « voiture des Buchta ». Comme mentionné plus haut, elle reposait techniquement sur une Skoda 1101 - une voiture largement exportée hors de Tchécoslovaquie, notamment en Pologne. Cela signifie qu’on retrouvait sous le capot un moteur de 1,1 litre développant 32 ch ; sur la « Skodovka », il permettait d’atteindre 90 à 100 km/h. Aucune donnée technique supplémentaire n’a été fournie, mais avec une carrosserie aussi légère, le véhicule pouvait probablement se montrer assez vif.
La carrosserie avait été réalisée entièrement en panneaux de fibres de bois tout en conservant une allure originale - parfaitement conforme aux tendances stylistiques de la fin des années 1960 et du début des années 1970, avec notamment une ligne de caisse simple, des formes anguleuses et des phares intégrés dans un même bandeau avec la calandre. Beaucoup d’automobiles de l’époque adoptaient ce type de design ; personnellement, les modèles qui semblent les plus proches de la « voiture des Buchta » sont l’Opel Commodore de 1967 et la Ford Cortina de 1966. La planche de bord paraissait elle aussi tout à fait moderne, même si certains de ses éléments semblaient provenir d’autres modèles.
Une carrosserie en bois n’avait évidemment rien d’inédit, même si elle convenait plutôt aux automobiles d’avant-guerre. Elle présentait à la fois des avantages et des inconvénients : aucune protection anticorrosion n’était nécessaire (même si un traitement contre les insectes xylophages aurait été utile), et l’ensemble de la structure devait être particulièrement léger. En revanche, il est difficile d’imaginer ce qu’il serait advenu des passagers en cas de collision - mais à cette époque, qui se souciait de tels détails ? Les Suédois, peut-être.
Le destin de cette voiture après 1971 n’est pas connu avec précision. On sait qu’elle était officiellement homologuée pour circuler sur route ouverte, et des habitants de la région affirment que les Buchta parcouraient de longues distances avec leur automobile - jusqu’à faire des excursions à Zakopane. J’ai également trouvé le témoignage d’une personne vivant près des Buchta selon lequel la voiture aurait été utilisée relativement longtemps, jusqu’aux environs de 1993.
Ce qu’il advint ensuite de cette automobile, personne ne le sait. Peut-être fut-elle complètement détruite - volontairement ou bien rongée par les insectes, voire pourrie après avoir été abandonnée aux intempéries. Quoi qu’il en soit, on ne peut nier à ses constructeurs ni leur imagination ni la qualité remarquable de leur travail - même si l’époque et le régime les y avaient contraints.
Lu sur : https://autoblog.spidersweb.pl/samochod-z-plyt-pilsniowych-prl-pawel-buchta
Adaptation VG