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Après avoir débuté dans le sport automobile par des compétitions officielles de rallye-sprint, de jeep-sprint et de rallye de troisième catégorie, le héros de notre histoire, Alexandre Ponomarenko, a voulu diversifier les terrains et s’essayer au trophée tout-terrain. Cependant, après plusieurs années en trophée, il a ressenti un manque de dynamisme dans le déroulement des compétitions : dans les trophées-raids, une partie du parcours est franchie exclusivement à l’aide des treuils.

Les rallyes-raids, eux, réunissent tout cela à la fois : pistes en terre, sable, gués et vitesses élevées. Depuis son premier départ en rallye-raid en 2007, Alexandre Ponomarenko participe principalement à cette discipline. Alexandre est pilote. Les copilotes ont été variés : Alina Sergueïeva, Dmitri Kozhoukhov, Pavel Miloserdov. Aujourd’hui, selon les compétitions, l’équipage se compose de Dmitri Rojnov, Inna Ponomarenko, Ekaterina Kovaleva et Andreï Borodine.

Ainsi, pour faire ses premiers pas en Coupe de Russie, le plus simple était de partir sur des voitures d’origine russe dans la catégorie « Nationale ». L’option la plus économique fut la Lada Niva. Alexandre Ponomarenko prépara entièrement lui-même un exemplaire pour la compétition, acquérant ainsi une expérience inestimable dans la construction de véhicules de course. À l’époque, il ne pouvait même pas imaginer qu’il prendrait un jour le volant d’un UAZ, mais un tonneau au volant de la Niva  lors de la première manche de la saison 2016 changea radicalement tous les plans.

Le hasard voulut qu’à cette époque une connaissance lui proposa d’acheter un vieux UAZ de compétition. Le véhicule disposait d’un arceau de sécurité, d’un moteur préparé nécessitant une réfection et d’amortisseurs américains. Une semaine de discussions avec le copilote Dmitri Rozhnov, qui avait déjà couru sur différents UAZ, mena à l’achat immédiat de deux véhicules. Le premier était un UAZ-31514 standard de 2004, le second un UAZ Hunter déjà préparé de 2007 acheté comme donneur d’organes.

Lors de la construction d’un véhicule de rallye-raid de catégorie « Nationale », une attention particulière est portée au renforcement du châssis et de la carrosserie. Le châssis fut repris du UAZ-31514, tandis que le toit, les portes, le capot et les ailes avant provenaient du UAZ Hunter. Le châssis fut ressoudé intégralement ; des renforts furent ajoutés aux jonctions des éléments ainsi qu’aux endroits nécessaires. Il fut peint en blanc afin de détecter facilement les fissures apparaissant au cours des compétitions. La carrosserie reçut un arceau de sécurité homologué soudé et fut peinte dans le vert emblématique de l’équipe ONE-Up Motorsport.

L’habitacle a reçu des sièges homologués Sparco Corsa et Sparco EVO 2 accompagnés de harnais Sabelt à six points. Leur installation est d’ailleurs strictement réglementée. Les boulons de fixation des sièges doivent respecter une résistance précise, les points d’ancrage des harnais doivent être correctement positionnés : avant chaque compétition, tout est contrôlé par le commissaire technique.

Il est essentiel que l’équipage soit fermement maintenu dans les sièges afin d’éviter les blessures lors des atterrissages brutaux ou des accidents. Contrairement au rallye classique, les équipages de rallye-raid ne reconnaissent pas le parcours à l’avance ; il arrive donc que le pilote sous-estime la hauteur d’une bosse ou la profondeur d’un trou. Les sauts sont ainsi monnaie courante.

Le véhicule embarque également des extincteurs pour un poids total de 6 kg. Le tableau de bord est artisanal et provient du véhicule donneur. En sport automobile, l’ergonomie de l’ensemble des commandes, interrupteurs et fusibles accessibles rapidement est capitale : cela permet de gagner du temps en course et de réagir vite en cas de problème.

Le copilote dispose même de son propre instrument : un ordinateur de navigation qui mesure précisément la vitesse ainsi que la distance jusqu’au prochain virage ou obstacle en se basant sur le road-book fourni par les organisateurs.

À l’origine, le UAZ-31514 était équipé d’un moteur peu puissant de 2,500 cm³ à arbre à cames latéral. Il fut remplacé par un moteur 16 soupapes ZMZ-409 de 2,700 cm³ provenant d’un UAZ Hunter. Les conduits de la culasse furent retravaillés. Les collecteurs d’admission et d’échappement furent ajustés afin d’éliminer les différences de niveau créant des turbulences dans le flux d’air. Les soupapes furent allégées. Un vilebrequin à course augmentée de 3,5 mm fut installé, portant la cylindrée à 2,85 litres. Les pistons, réalisés sur mesure par forgeage isotherme, permirent de réduire le poids et d’augmenter la résistance.

L’ensemble mobile fut équilibré au gramme près. La ligne d’échappement fut remplacée par un système à sortie directe. Dans la gestion moteur, le débitmètre d’air d’origine fut abandonné au profit d’un capteur de pression absolue, ce qui nécessita une modification du logiciel du calculateur. Dans cette configuration, la voiture roula deux ans, jusqu’à l’introduction de nouvelles règles techniques en 2019 imposant un retour à la cylindrée d’origine et à une culasse standard.

L’embrayage d’origine du UAZ ne supportait évidemment pas les contraintes de la course ; un ensemble BMW fut donc monté avec un volant moteur allégé usiné à partir de la pièce standard. Même dans le sable, aucun patinage ne se fait sentir et l’embrayage tient toute une saison sans remplacement.

La suspension et la transmission subirent d’importantes modifications. Les ponts installés sont des modèles anciens dits « démontables ». Le pont avant fut renforcé. Les pivots furent remplacés par un système sur roulements. Les solutions vendues dans le commerce utilisant des roulements ne répondaient pas aux exigences de solidité. Il fallut donc fabriquer ce système artisanalement avec traitement thermique. Cela permit de réduire les efforts dans la direction tout en augmentant la fiabilité générale.

Les roulements de moyeux avant d’origine furent remplacés par des modèles de Nissan Patrol moyennant une adaptation. Les joints homocinétiques avant furent remplacés par des éléments provenant d’un Toyota Land Cruiser 80, avec modification des cannelures du couvercle de moyeu. Par souci de fiabilité, il fut décidé de renoncer au blocage du pont arrière, même les arbres de transmission renforcés ne supportant pas les contraintes. La principale tâche concernant la suspension consistait à augmenter le débattement et à limiter les rebonds de l’arrière du véhicule.

Des ressorts plus longs furent installés, les coupelles renforcées et des amortisseurs First-Over-All à grand débattement provenant du UAZ Hunter donneur furent montés. Ces mêmes amortisseurs sont utilisés sur les ProTruck des courses tout-terrain américaines. Cela nécessita de modifier les points de fixation des amortisseurs et même de découper certaines parties de la carrosserie.

Comme les rallyes-raids comportent des étapes très longues - parfois jusqu’à 500 km par jour - il fallut également installer un réservoir de compétition supplémentaire de 160 litres récupéré sur le véhicule donneur. Toutes les conduites d’alimentation sont de type aéronautique, gainées de métal et raccordées par des raccords spécifiques.

Toute machine de compétition exige un entretien poussé, et le UAZ ne fait pas exception. Après chaque manche, l’équipe effectue systématiquement une inspection complète de nombreuses pièces : moyeux, pivots, transmissions, demi-arbres, chaîne de distribution, biellettes de direction, couples coniques des ponts. Un resserrage complet de tous les assemblages est également obligatoire.

Les fixations du boîtier de direction se desserrent souvent, parfois celles de l’alternateur ou de la rampe d’injection. Les amortisseurs de compétition exigent eux aussi un entretien régulier. Leur révision complète est effectuée deux fois par an.

La conduite sur le couple monteur alternant avec des passages à plein régime, souvent dans des conditions climatiques extrêmes - froid intense ou forte chaleur - impose une attention particulière à la qualité de l’huile. En présence de nombreux gués, les huiles de transmission doivent impérativement être remplacées. L’huile moteur, elle, n’est changée qu’une fois par saison, car l’équipe mène des essais d’endurance sur de nouveaux lubrifiants et souhaite observer leur vieillissement sous contraintes maximales. L’équipe utilise actuellement une huile QC OIL avec additifs VALENA-SV.

Les débuts du UAZ modernisé eut lieu en 2017 sur le polygone d’Alabino, près de Moscou, lors de la première manche de la Coupe de Russie de Rallye-raid où l’équipage parvint à décrocher une place sur le podium parmi les dix concurrents engagés dans la catégorie « Raid-Sport ».

Après l’agile Niva, la découverte du UAZ révéla un véhicule très facile à piloter, réagissant parfaitement au volant et à l’accélérateur. Les grands débattements de suspension permettaient de passer certains trous à pleine vitesse sans freiner. Mais en parallèle apparurent des défaillances récurrentes de l’électronique moteur, tandis que la boîte de transfert nécessitait des révisions fréquentes en raison d’une usure rapide des roulements.

Le capteur de position du papillon et le capteur de pression tombaient régulièrement en panne. La chaîne de distribution s’allongeait. Les solutions furent toute trouvées : remplacer les pièces par des équivalents importés. La chaîne de distribution fut ainsi remplacée par une chaîne provenant d’un moteur Mercedes-Benz. La consommation impressionna également : elle atteint 65 litres d’essence à l’indice d’octane 100 aux 100 km sur les parcours sablonneux ou boueux.

Lors de la deuxième manche de la Coupe de Russie, la Baja « Kolomna », une panne du capteur de position du papillon avant une succession étroite de virages en S dans une forêt empêcha de relancer correctement le véhicule, et l’équipage ne put éviter une collision avec un arbre. Malgré cela, la solidité de la « Grenouille », comme le propriétaire surnomme son véhicule, permit de poursuivre la course et de terminer une nouvelle fois sur le podium.

Finalement, lors de chaque manche de la Coupe de Russie 2017, l’équipage monta sur le podium. En 2018, l’objectif fut de participer à toutes les manches de la Coupe de Russie ainsi qu’à certaines épreuves du Championnat de Russie. En Coupe, l’équipe continua à courir dans la catégorie « Nationale », tandis qu’en Championnat elle fut regroupée avec la catégorie « T2 », réservée aux 4x4 importés — Toyota, Nissan ou Isuzu.

Lors de la première manche de la saison 2018 à Oulianovsk - la Baja « Simbirski Trakt » - l’équipage remporta la victoire de classe, la victoire par équipes et termina troisième du classement général, ne s’inclinant que face aux prototypes de compétition.

La bataille pour le titre de vainqueur de la Coupe de Russie opposa principalement l’équipage de nos héros à l’équipe officielle de l’usine automobile d’Oulianovsk.

Le tracé très exigeant de la dernière manche près d’Ivanovo, avec ses nombreux trous, son sable profond et ses virages sinueux, mit les nerfs de tout le monde à rude épreuve. La stratégie initiale consistait à utiliser de grandes roues afin d’éviter de s’enliser dans le sable. Sur les lignes droites, le manque de puissance sur ces grandes roues faisait perdre du temps. Mais dans les virages, l’équipe rattrapait ce retard et revenait sur ses concurrents.

L’objectif principal était d’épuiser les adversaires jusqu’à ce qu’ils commettent une erreur ou que leur mécanique cède. Après le cinquième tour, c’est exactement ce qui se produisit. La transmission du UAZ Pickup de l’équipe officielle rendit l’âme. La « Grenouille » remporta alors la Coupe de Russie de rallye-raid 2018.

En Championnat de Russie, malgré peu de participations, l’équipage parvint également à monter sur le podium et termina cinquième de la catégorie T2.

En 2019, à cause d’une forte charge de travail, l’équipage ne participa qu’à une seule course : la Baja « Toula », où le véhicule remporta la victoire de classe (avec Inna, l’épouse d’Alexandre, comme copilote).

Lors de la saison 2020, une casse frustrante du câble d’accélérateur lors de la finale de la Coupe de Russie dans la région de Toula, fin octobre, priva l’équipe de toute chance de victoire au classement général de la Coupe de Russie, mais permit tout de même de décrocher la troisième place de la Coupe de la région de Toula.

Pour finir, il faut savoir que ce UAZ ne roule jamais sur route ouverte : c’est une machine exclusivement réservée à la compétition.

Lu sur : https://auto.mail.ru/article/80293-letayuschij-uaz-kak-podgotovitsya-k-ralli-rejdu/
Adaptation VG

Tag(s) : #UAZ, #Rallye-raid