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En mai -juin 2003, il fut question d’un projet portant le nom d’Africar consistant à faire renaître la Trabant en Afrique du Sud. Dans les bureaux de Sachsenring Fahrzeugtechnik, on planchait sur une Trabant nouvelle génération, pensée pour l’Afrique du Sud. Une version simplifiée - pour ne pas dire rudimentaire - de la plus célèbre des voitures Est-allemandes. Un objet industriel presque anachronique, destiné aux marchés émergents, mais dont certains imaginaient déjà le retour en Europe.
À la même période, un certain Luca de Meo débarque chez Fiat comme directeur marketing. Curieux, méthodique, presque obsessionnel, il passe du temps à feuilleter les livres d’histoire automobile à la recherche de la perle rare. Ce qu’il traque ? Les succès simples, massifs, presque évidents une fois qu’ils ont existé. Pour les Italiens, il réussite bien sûr la Fiat 500 fabriquée à 3,9 millions d’unités. Il gardera de ses recherches la Renault 5 et ses 5,5 millions d’exemplaires et la Trabant et ses 3 millions. Des succès à millions qui ouvrent la porte à des millions.
Les 10 années passées ensuite au sein du Groupe Volkswagen et sa passion pour l’automobile vont amener Luca de Meo à voyager dans l’ex-RDA où il se prend d’affection pour la fameuse Trabant. L’histoire de cette autre voiture du peuple le fascine sincèrement mais il est impossible de la proposer au directoire du groupe allemand. Il touche du doigt les limites de la réunification.
Arrivé chez Renault il lance immédiatement la Renault 5, puis la Renault 4 (8 millions d’exemplaires qu'il ne fallait surtout pas oublier !) Les icônes reviennent, une à une, adaptées à leur temps. Le groupe Renault imagine aussi la Mobilize Duo, concurrente de la Citroën Ami, un quadricycle électrique qui fait fureur auprès des jeunes. La voiturette avec et sans permis arrive trop tardivement. Malgré un design futuriste séduisant, elle est lancée sous une marque sans aucune notoriété. Il faut rebondir.
Stellantis est en train de cloner l’Ami en une fondante Topolino. Pourquoi ne pas faire la même chose avec la Duo avec un quadricycle évoquant… la Trabant ? Les résultats de l’étude de marché commandée entre temps par Luca de Meo sont étonnamment positifs. Le PDG de Renault contacte HQM Induserv GmbH à Zwickau, un nom qui ne dit pas grand-chose, sauf à ceux qui savent d’où vient la Trabant. Sur place, certains ingénieurs connaissent encore les lignes, les proportions, les contraintes d’une voiture conçue à une autre époque.
Ils acceptent sans mal de se joindre au projet et aident Renault à développer les éléments de carrosserie qui vont permettre de transformer la Mobilize. Ils sont réalisés non plus en duroplast mais en polypropylène recyclé, mais les teintes caractéristiques de la RDA sont là. Le dessin, lui, ne cherche pas à être subtil. Il évoque, presque sans filtre, la Trabant originale comme sait le faire la Fiat Topolino. A l’intérieur, le tableau de bord perd son affichage digital pour un magnifique compteur rond gradué jusqu’à 105 km/h et les sièges - chauffants s'il vous plait - sont recouverts d’un tissu bouclé marron du plus bel effet.
Mi 2025, tout est prêt. A Tanger, l’usine Renault s’apprête à lancer la production mais en juin, Luca de Meo pause subitement sa démission pour rejoindre le groupe de luxe Keyring. Son remplaçant, François Provost, met rapidement un terme à ce projet. Il n’aime pas la Mobilize, il n’aime pas la Trabant et il n’aime pas les projets qui font perdre de l’argent à l’entreprise.
Le duo de voiturettes, la Mobilize Duo et la Trabant Duo, disparaît donc dans l’anonymat le plus total. La raison rattrape parfois la passion. Et cette petite histoire pêchée au large du détroit de Gibraltar… ressemble à un poisson franchement trop gros pour tenir dans le coffre que la (ou les ?) Duo n'a de toute façon pas.
Lu sur : https://www.mz.de/lokal/zwickau/trabant-topolino-ist-der-grosse-fisch-3469447
Adaptation VG
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