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Acheter une voiture en URSS (à l’exception de la fin des années 1980) n’était pas possible pour tout le monde. Non pas parce que les gens manquaient d’argent, mais parce qu’il n’y avait pas assez de voitures.
La majorité des automobiles était distribuée. D’abord par les Conseils des ministres des républiques, puis par les comités exécutifs régionaux et municipaux. Les voitures étaient attribuées aux fonctionnaires, aux travailleurs agricoles et forestiers, aux ouvriers exemplaires, aux militaires, au DOSAAF et, ce qui restait, arrivait en vente dans les magasins.
Voici les données pour 1975 : sur 725,000 voitures produites, seulement 20,000 pouvaient être achetées via les magasins « Bériozka ». Et il n’y avait que 180 de ces magasins dans tout le pays, principalement dans les grandes villes.
La production automobile était faible et insuffisante pour un pays aussi vaste. AvtoVAZ devait résoudre ce problème, mais les chiffres restaient peu impressionnants. En 1970, pour 241 millions d’habitants en URSS, il n’y avait que 1,949,000 voitures particulières, y compris les taxis (89,700) et les véhicules de service (464,000). Les voitures privées n’étaient que 1,395,300. Cela représente environ 5,5 voitures pour 1,000 habitants - ce qui est très peu. À titre de comparaison, aujourd’hui en Russie, on compte environ 300 voitures pour 1,000 habitants, soit plus de 50 fois plus !
Il est toutefois possible que ces chiffres soient surestimés, car il est probable que les statisticiens comptaient non seulement les voitures neuves, mais aussi celles revendues via les magasins de dépôt-vente, ce qui signifie que certaines voitures pouvaient être comptées deux ou trois fois.
En raison de ces particularismes, les voitures d’occasion étaient vendues plus cher que les neuves, parfois deux fois plus cher. Par exemple, une « Volga » neuve coûtait 9,000 roubles en magasin, mais se revendait 17,000 à 18,000 roubles en dépôt-vente. Les « Moskvitch » se vendaient 9,000 à 10,000 roubles, alors que le modèle 412 neuf coûtait 5,200 roubles.
Souvent, les voitures étaient achetées à Moscou ou à Leningrad, puis revendues par des spéculateurs dans les républiques : pays baltes, Géorgie, Ouzbékistan, Arménie, etc.
Le journaliste Andreï Voskressenski racontait l’histoire d’une connaissance qui, en 1975, avait eu la chance d’obtenir une « Troïka » (VAZ-2103). On lui proposa de l’échanger contre une datcha de général à Kraskovo, près de Moscou, mais il refusa en disant : « Des datchas, tout le monde en a, mais une “Troïka”, c’est rare ». Cette anecdote illustre parfaitement l’époque.
D’ailleurs, à l’époque, une voiture n’était pas achetée pour 2 ou 3 ans comme aujourd’hui, mais pour des décennies, voire pour toute une vie, afin d’être transmise aux enfants.
Il faut aussi mentionner les marges énormes sur les voitures. Les prix de détail dépassaient les prix de gros de 200 à 300 %. Selon un document officiel (tarif n°21-01 du 13 avril 1972), le prix de gros d’une des voitures les moins chères, la ZAZ-966V, était de 1,500 roubles. En magasin, elle coûtait 3,000 roubles, et sur le marché secondaire, les spéculateurs la vendaient 5,000 à 6,000 roubles. Ainsi, l’acheteur payait jusqu’à 400 % de plus ! Une voiture était une véritable forme d’investissement. Pour les « Volga », la marge commerciale de l’État atteignait 320 % (prix de gros : 2,650 roubles, prix de détail : 8,480 roubles).
Après l’achat, les propriétaires devaient assurer l’entretien. Mais les pièces détachées manquaient, tout comme les stations-service. L’approvisionnement en pièces ne couvrait que 37 % des besoins. Il fallait parfois attendre des mois dans les magasins, car la majorité des pièces était distribuée aux garages et aux centres techniques.
L’accès aux stations-service était également limité. Elles se trouvaient principalement dans les grandes villes, et en 1972, il n’y en avait que 694 dans toute l’URSS (soit un territoire couvrant un sixième des terres émergées). Les files d’attente étaient inévitables, et faute d’alternative, les réparations y étaient parfois de moins bonne qualité que celles qu’un amateur pouvait faire lui-même dans sa cour avec un manuel. Un problème typique d’un secteur sans concurrence.
Enfin, un autre fait intéressant : le magazine « Za Roulem » a calculé le coût de possession d’une voiture. En 1976, il était de 6 roubles, et 100 km coûtaient 26,4 kopecks. Cela permet d’estimer le kilométrage annuel moyen à seulement 2,270 km.
Lu sur : https://dzen.ru/a/XhxzFOT_8ACt3wzW
Adaptation VG