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Le débat pour savoir laquelle est la meilleure - la Moskvitch ou la Jigouli - est aussi ancien que les voitures elles-mêmes. Il dérive généralement vers des considérations abstraites et repose peu sur des faits. On ne peut plus tolérer cela : si la science a établi que l’œuf est apparu avant la poule, nous allons nous aussi faire une déclaration importante et mettre enfin un point final à ce débat éternel entre les amateurs de Moskvitch et de Jigouli. Avant de commencer la comparaison, précisons : l’auteur de l’article est le propriétaire des deux voitures.

Officiellement, on affirmait qu’en URSS « il n’y avait pas de concurrence entre les usines automobiles ». Pourtant, elle existait bel et bien - notamment dans la catégorie des voitures particulières « populaires ». Trois usines produisaient des modèles de dimensions proches, avec des moteurs de cylindrée similaire, une puissance comparable et des performances équivalentes. En somme, des voitures très proches en termes de qualités et de prix.

Ainsi deux usines produisaient des Moskvitch, se concurrençant presque entre elles. Au milieu des années 1970, les dirigeants d’AZLK et d’IZHmach ont tenté de créer une gamme commune, mais cela est resté sur le papier. Une tentative de produire un taxi commun avec une carrosserie conçue à Ijevsk et une mécanique moscovite n’a pas non plus abouti. En revanche, les propriétaires des Moskvitch produites à Moscou et à Ijevsk avaient bien compris que les pièces de leurs voitures respectives étaient presque entièrement interchangeables. Quant aux propriétaires de Jigouli, ils restaient incompris depuis les années 1970 : « Comment ça ? Ce n’est qu’une boîte de conserve en tôle, pas une voiture ! ».

Nous allons comparer la version « Luxe » et la « Semerka » : la VAZ-2103 appartient en effet à une autre époque. Les deux modèles occupaient la même position dans la hiérarchie de leurs usines - aujourd’hui on dirait des modèles « haut de gamme » ou « porte drapeau ». Elles sont presque contemporaines : la « Luxe » est apparu fin 1980, la « Semerka » en 1982. Tous deux résultent de multiples restylages de modèles du milieu des années 1960. Toutefois, le Moskvitch a reçu un moteur entièrement nouveau (le 412), tandis que la Jigouli a très peu évolué jusqu’en 2005, hormis l’ajout d’une cinquième vitesse. Je ne jugerai pas le design - c’est trop subjectif. Les deux voitures ont des lignes sobres et bien proportionnées.

Les intérieurs sont typiques de leur époque, mais il semble que la Jigouli offre plus de largeur aux épaules et des ouvertures de portes nettement plus grandes. Son équipement est aussi légèrement plus riche - elle dispose par exemple d’un verrou pour la porte droite, d’un allumage du plafonnier à l’ouverture des quatre portières et pas seulement de la porte conducteur et passager, et d’un compte-tour. Mais, j’en ai bien peur, les avantages des productions de VAZ s’arrêtent à peu près là. On ne peut se défaire de l’impression que la Jigouli est conçue comme une « voiture bon marché », tandis que la Moskvitch est construite « comme il faut », sans trop se soucier des coûts de production.

La position de conduite dans la Moskvitch est incomparablement plus confortable. Le volant est parfaitement en face du conducteur et incliné comme il se doit, le pédalier ergonomique. La cloison moteur est éloignée, ce qui laisse beaucoup de place pour les jambes.

Dans la Jigouli, le volant est trop incliné et légèrement décalé vers la droite, et la cloison moteur gêne les conducteurs de grande taille. Et que dire des pédales : elles pointent comme des couteaux vers les pieds du conducteur ! J’ai abîmé un nombre incalculable de chaussures d’hiver comme d’été de la même façon - la semelle se fissure exactement à l’endroit où le pied appuie sur la pédale. Les efforts au volant et aux pédales sont moindres dans la Moskvitch, même si cela dépend aussi des réglages de la voiture.

Sur la VAZ-2107, les voyants sont franchement peu visibles : le volant en masque une partie, y compris - ce qui est le plus gênant - le bouton des feux de détresse.

Je ne partage pas l’idée selon laquelle la Moskvitch serait plus froide en hiver. Dans mes voitures, il fait tout aussi chaud dans les deux - on peut rouler légèrement habillé, sans bonnet. On dit aussi que les vitres y givrent davantage : la VAZ-2107 ne fait pas mieux.

Enfin, le point essentiel. On considère que les vitesses passent plus précisément sur la Jigouli. Certes, son levier est directement monté sur la boîte, alors que celui du Moskvitch fonctionne par tringlerie. Pour ma part, j’ai réglé ce problème en une seule visite chez un excellent spécialiste, qui a remonté le mécanisme avec des pièces neuves et selon les spécifications d’usine. La course du levier est plus longue que sur la Jigouli, mais la précision n’est en rien inférieure. Quant au bruit, la boîte cinq vitesses de VAZ n’est pas moins bruyante que celle du Moskvitch.

Autre avantage de la Moskvitch : un coffre mieux conçu et plus spacieux. Et quelle excellente idée pour la goulotte du réservoir ! Elle n’est ni à droite ni à gauche. Le concepteur en chef d’AZLK, Alexandre Andronov, expliquait que cela permettait de se présenter à la pompe de n’importe quel côté. De plus, la serrure du coffre verrouille aussi le panneau portant la plaque arrière, lequel protège le bouchon du réservoir. Sur la Jigouli, le réservoir n’est protégé par rien - on se faisait siphonner l’essence aussi bien à l’époque soviétique qu’après.

On dit que, grâce à un centre de gravité plus bas, la Jigouli peut prendre les virages à plus grande vitesse. Je ne me prononcerai pas - j’ai l’habitude de ralentir avant les virages. Mais à mon avis, avec des pneus modernes de dimension courante 175/70 R13, la Moskvitch ne tient pas moins bien la route. À condition de ne pas vouloir une « restauration de musée » en montant des pneus diagonaux d’époque comme les M-145 ou M-100 : ils ne font que dégrader la tenue de route.

La direction de la Jigouli est un peu plus directe, mais la différence reste faible. En revanche, en matière de maniabilité, c’est le jour et la nuit ! Grâce à un angle de braquage bien plus important, la Moskvitch peut faire demi-tour en une seule manœuvre dans un espace où la Jigouli doit s’y reprendre à plusieurs fois. Et cela, malgré un empattement très proche.

À mon sens, la Moskvitch a aussi une meilleure aptitude au tout-chemin et une suspension avant plus endurante. Et que dire de la fameuse fragilité des rotules de suspension des VAZ ? On reproche aux ressorts à lames de la Moskvitch d’être « hasbeen ». Pour moi, sur les routes des années 1970-80, ils étaient bien plus pratiques que la suspension « compliquée » de la Jigouli.

Autre critère important à l’époque soviétique (et pas seulement) : la facilité de réparation. Là encore, la Moskvitch semble l’emporter. Il est beaucoup plus facile d’accéder au démarreur et à l’alternateur, tandis que sur la Jigouli, le distributeur d’allumage est plus accessible… mais son remplacement relève presque de la science. L’arbre est entraîné par un engrenage, et trouver la bonne position est un casse-tête pour un non-spécialiste. Sur la Moskvitch, installer le distributeur est d’une simplicité enfantine : il ne peut se monter que dans une seule position.

On dit aussi qu’en traversant des flaques profondes, la Moskvitch noie son allumeur et cale. Cela m’est arrivé… mais sur une voiture mal entretenue : une fourgonnette Moskvitch-434 appartenant à un propriétaire notoirement négligent. Avec ma « Luxe », j’ai traversé des flaques bien plus profondes sans problème. Tout dépend de l’état des câbles haute tension, et surtout des capuchons en caoutchouc à leurs extrémités. S’ils sont neufs et de bonne qualité, il n’y a aucun souci - on peut même laver le moteur au jet. Sur la fourgonnette en question, le propriétaire avait simplement supprimé ces capuchons, comme il le faisait sur toutes ses voitures.

À mon avis, le bloc-cylindres en aluminium de la Moskvitch, avec ses chemises humides, est nettement supérieur au bloc en fonte non chemisé de la Jigouli. Lors d’une réparation importante, il est plus simple de remplacer les chemises que d’aléser le bloc. Le carter d’huile et le cache-culbuteurs en aluminium du moteur d’Oufa sont plus esthétiques que les pièces en acier embouti de la VAZ, et ils dissipent mieux la chaleur. Le seul avantage du moteur de la Jigouli, c’est qu’il est plus facile d’y remplacer le filtre à huile.

La boîte de vitesses de la Moskvitch est sensiblement plus compacte et plus légère ; le carter d’embrayage est séparé, ce qui facilite le remplacement de l’embrayage. Les rumeurs sur la « faible fiabilité » de la boîte Moskvitch sont contredites par un rapport d’usine d’AZLK issu d’essais comparatifs réalisés dans des conditions identiques entre trois types de boîtes : la 412 de série, la prometteuse KP-9 et celle de VAZ. La plus fiable s’est révélée être… précisément la boîte de série ! La « KP-9 » a souffert de son caractère expérimental. De plus, la boîte Moskvitch ne possède ni palier intermédiaire ni flector sur l’arbre de transmission. Ce qui n’existe pas ne peut pas casser.

Et le remplacement des plaquettes de frein ? Sur les freins à disque de la Moskvitch, au pire, on peut casser une goupille - une pièce qui ne coûte rien - qu’on remplace immédiatement. Sur la Jigouli, il faut chasser des axes, et il arrive qu’on détériore le cylindre de frein ce qui nécessite son remplacement. Les tambours arrière en fonte-acier de la Moskvitch se démontent généralement sans difficulté, tandis que les élégants tambours en aluminium de la Jigouli ont tendance à se gripper solidement sur les moyeux.

À l’époque soviétique, VAZ avait un avantage : un réseau de centres techniques officiels plus développé que celui d’AZLK, où le propriétaire pouvait, au moins en théorie, compter sur une préparation avant livraison et un entretien sérieux. Les Moskvitch souffraient souvent de l’absence de cette « préparation » et les prétendues « mains expertes » de leurs propriétaires abîmaient leurs voitures avec des réparations mal faites. C’est de là qu’est née la réputation de « manque de fiabilité » de la marque.

La Moskvitch-2140 a quitté dignement la scène en 1988, non pas comme un modèle dépassé, mais comme une voiture encore quasiment moderne selon les standards soviétiques de l’époque. Elle a été remplacée par la Moskvitch-2141, un modèle intéressant (bien que pas toujours très bien fabriqué). Quant à la suite de l’histoire industrielle de l’usine moscovite, vous la connaissez.

Les Jigouli, malheureusement, étaient devenues vers 2012 un produit de grande série dépassé. N’en faisons pas un reproche à la voiture elle-même (la cause est ailleurs), mais cette production prolongée d’une « classique » obsolète a sérieusement entamé sa réputation et celle de toute l’usine. L’image de l’entreprise rejaillissait naturellement sur ses produits.

Alors, qui déclarer vainqueur ? Personne. Parce que posséder le duo « M + J » est le seul choix juste. Elles peuvent coexister en paix.

Lu sur : https://www.kolesa.ru/test-drive/em-i-zho-sravnitelnyj-test-drajv-moskvich-2140-i-vaz-2107
Adaptation VG

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