/image%2F0782406%2F20260302%2Fob_073775_3600.png)
Peu de gens ont connaissance de cette anecdote, bien qu’elle soit extrêmement intéressante pour les passionnés d’automobiles tchèques. La collection de voitures de série et de prototypes de la carrosserie Bertone, aujourd’hui disparue, comprend en effet une Skoda Favorit unique. Il s’agit d’une version que l’on ne trouve nulle part ailleurs et probablement de la seule Favorit au monde qui soit en même temps un monument culturel italien !
Même à l’époque de la planification centralisée de la Tchécoslovaquie socialiste, on savait déjà que pour obtenir un design automobile intemporel, il fallait se tourner vers l’Italie capitaliste. Cela s’est produit pour la première fois à la fin des années 1960, lorsque Skoda a collaboré avec Italdesign et Giorgetto Giugiaro, donnant naissance à une série de prototypes Skoda 720 au style inimitable. Ceux-ci ne sont toutefois jamais entrés en production, tout comme une autre création de Giugiaro : la Skoda 760, issue d’une coopération avec la RDA.
Pendant un certain temps, la collaboration entre la Tchécoslovaquie et l’Italie s’est interrompue, jusqu’au moment où il a fallu trouver un styliste pour la Škoda Favorit. En 1983, lors du Salon de l’automobile de Genève, des négociations ont ainsi commencé avec trois des plus grands studios de design italiens. Celles avec Italdesign et Pininfarina n’ont pas abouti pour diverses raisons, mais un accord fut trouvé avec Bertone.
La carrosserie que les maîtres carrossiers italiens ont créée pour la Skoda Favorit reste, encore aujourd’hui, d’une modernité remarquable. Le directeur du studio à l’époque et designer, Nuccio Bertone, était le descendant du fondateur de la carrosserie, Giovanni Bertone.
Celui-ci s’était lancé en 1912 dans la fabrication de voitures hippomobiles, puis, après la Première Guerre mondiale, avait ouvert une nouvelle usine à Turin, se concentrant sur la production et la conception d’automobiles. Le studio Bertone s’est progressivement hissé parmi les plus respectés au monde et, surtout dans la seconde moitié du XXᵉ siècle, a écrit, aux côtés d’Italdesign et de Pininfarina, l’âge d’or éclatant du design italien.
Bertone a également révélé de nombreux talents célèbres. Parmi eux, le déjà mentionné Giorgetto Giugiaro, qui a travaillé pour le studio entre 1959 et 1965 avant de fonder Italdesign en 1968. Un autre grand nom italien fut Marcello Gandini, resté chez Bertone du milieu des années 1960 jusqu’en 1979. C’est lui qui a signé des modèles comme la Lamborghini Miura, l’Espada ou l’Urraco, et surtout toute une série de prototypes créés sous la bannière de Bertone, de la Lancia Stratos Zero à la BMW Garmisch.
Toutes ces voitures portent, comme la Skoda Favorit, le sceau « design by Bertone ». Mais tout comme l’ère des carrossiers italiens a connu son apogée, elle a ensuite subi un déclin brutal, Bertone n’y faisant pas exception. Le fondateur Giovanni est décédé en 1972, la direction du studio étant reprise par son fils, mort à son tour en 1997.
C’est à peu près à partir de ce moment que l’on peut dater le début de la fin. Après Nuccio, la direction passa à sa femme Lilli, puis les filles Marie-Jeanne et Barbara s’y impliquèrent également. Mais la situation du marché européen avait profondément changé depuis l’âge d’or des années 1960 et 1970. Bertone produisait encore des modèles pour divers constructeurs en plus du design, mais cette activité prit fin avec l’Opel Astra Cabrio en 2005.
À cette époque, la situation financière de la carrosserie était déjà tendue, et l’arrêt de la production en série n’a rien arrangé. Fin 2007, les dettes atteignirent un tel niveau que Bertone fut placé sous administration judiciaire, le tout étant aggravé par un conflit entre la veuve de Bertone et ses deux filles. Deux ans plus tard, l’usine de Grugliasco fut rachetée par Fiat, tandis que la famille Bertone se recentrait sur le studio de design. Malgré quelques revenus générés grâce à des commandes chinoises, la situation financière demeura mauvaise. À tel point qu’en 2011, la famille dut vendre cinq voitures rares de sa collection, dont le prototype unique Lancia Stratos Zero.
Le marathon de difficultés financières de sept ans culmina en 2014, lorsque Bertone déclara faillite. Cela entraîna non seulement la mise aux enchères de la marque elle-même, mais surtout celle de la collection de 79 voitures historiques et prototypes restants. Celle-ci comprenait de nombreux joyaux, dont une Lamborghini Miura, plusieurs Fiat X 1/9 et quantité de prototypes uniques.
Et parmi ces grands noms figurait également une Skoda Favorit. Grâce à cela, cet exemplaire unique a obtenu le statut de monument culturel national italien - ou plus précisément, c’est l’ensemble de la collection qui a reçu cette distinction du ministère de la Culture. Les autorités souhaitaient empêcher le démantèlement de la collection et son exportation hors d’Italie.
Les enchères en ligne de l’automne 2015 furent finalement remportées par l’Automotoclub Storico Italiano (ASI), basé à Turin. Les 79 voitures furent achetées pour 3,44 millions d’euros alors que le prix de départ était fixé à 1,514 million d’euros.
Si vous vous attendez à ce que ces voitures soient enfermées dans un entrepôt et n’apparaissent qu’occasionnellement lors d’expositions de véhicules anciens, vous serez sans doute surpris. Il est en effet très facile de visiter (presque) toute la collection, exposée dans l’un des hangars du musée de l’aviation Volandia. Celui-ci se trouve à proximité immédiate de l’aéroport milanais de Malpensa ; depuis le terminal 1, on peut même s’y rendre à pied.
Il s’agit probablement du seul musée en Italie - voire du seul musée automobile en dehors de l’ancien bloc socialiste - où la Skoda Favorit occupe une place permanente. Et il ne s’agit pas d’un exemplaire quelconque : Bertone a fabriqué une version couleur bordeaux avec des logos Škoda dorés, des pare-chocs et une calandre différents (notez l’absence de l’ouverture asymétrique d’admission d’air dans la calandre), ainsi qu’un intérieur en cuir beige. À noter également les jantes en alliage, dont le design n’a jamais été utilisé sur un modèle de série.
Un œil attentif remarquera encore d’autres différences, comme les rétroviseurs. La voiture bordeaux rappelle en partie le prototype de Skoda Favorit conservé dans les collections du musée d’usine Skoda à Mlada Boleslav. Il s’agit là de l’un des dix-neuf prototypes fabriqués en 1985, qui se distinguait du modèle de production non seulement par son design extérieur, mais aussi par la planche de bord. L’exemplaire de la collection Bertone en possède une version beige recouverte de cuir, mais de conception standard.
Outre cette Favorit, on peut y voir une palette extrêmement variée de modèles : par exemple le pick-up BMW Pickster de 1998, basé sur la Série 5 mais équipé d’un six-cylindres de BMW M3 ; deux prototypes de Lancia Kayak ; la Volvo Tundra ; plusieurs créations étranges dérivées des Fiat Punto ou Bravo ; une Chevrolet Corvette à moteur central de 1990 ; ou encore le seul monospace doté d’un V12 de Lamborghini Countach : le prototype Bertone Genesis de 1988. Ne manquent pas non plus des modèles dessinés par Bertone et produits en série, comme l’Astra Cabrio déjà mentionnée, l’Opel Kadett cabriolet, la Volvo 780 ou la Fiat X 1/9.
Cependant, il ne reste plus que quelques semaines aux visiteurs pour découvrir le musée près de Milan. En avril 2026, toutes les voitures devraient être transférées à Turin, où elles seront exposées au Heritage Hub de Stellantis. Il s’agit d’une collection de plusieurs centaines de voitures historiques et de prototypes de la branche italienne du groupe, principalement Fiat et Lancia, installée dans un immense hall industriel et ouverte au public.
La Skoda Favorit y aura-t-elle sa place ?
Lu sur : https://zpravy.aktualne.cz/ekonomika/auto/historie-automobilu/zvlastni-skoda-favorit-je-italska-kulturni-pamatka-ukryva-se-v-neznamem-muzeu/r~aaa29ae3ce5cec7ebb446688c7610573/
Adaptation VG