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En Finlande, les spécialistes automobiles du journal Tekniikan Maailma (Le Monde de la Technique) ont visiblement perdu la tête. Quel sens cela a-t-il de comparer - même en théorie - une Lada 1200 de 1976 à une voiture neuve ?
Pour une simple raison. En 1976, la Lada coûtait 18,950 marks finlandais, soit environ 14,210 euros actuels (selon le calculateur du Musée de la monnaie de la Banque de Finlande). Aujourd’hui, la Dacia Sandero est l’une des voitures neuves les moins chères disponibles en Finlande. Son prix de départ est de 16,699 euros. À l’époque, Tekniikan Maailma testait aussi de nombreuses autres voitures de l’Est. La Moskvitch Elite 1500 S coûtait, en valeur actuelle, 11,920 euros, et la Volga GAZ-24 atteignait 21,370 euros. En comparaison, côté Ouest, une Ford Fiesta 1.0 valait 19,070 euros.
En fouillant dans ses archives, qui remontent à 1953, le journal a retrouvé un numéro de 1978, dans lequel Jukka Sihvonen avait réalisé un essai de la Lada 1200 L. Le titre de son article était révélateur : « Un croisement râté ».
Sihvonen avait effectué un long essai avec la Lada, mais il a failli s’arrêter dès le départ : au bout de 8 km, la voiture était tombée en panne à cause d’une soudure dans le distributeur d’allumage. Après réparation, le trajet avait pu continuer, mais d’autres petites pannes similaires étaient survenues régulièrement.
Retour en 2021 (*) : sur un parking de Vantaa, plusieurs Lada sont alignées : des Niva, des modèles à phares ronds et à phares carrés. Parmi elles, une Lada 1200 de 1976, une authentique « Jigouli ». Cette Lada vient d’Estonie, où elle a également été restaurée. Le compteur affiche 80,000 km. Mais personne ne sait à combien de tours de cadran il en est - sûrement plusieurs.
L’état général de la voiture est bon. La batterie étant faible, nous actionnons la pompe à essence mécanique, tirons le starter, mettons le contact, puis insérons la manivelle trouvée dans le coffre. Quelques tours énergiques, et le 4-cylindres en ligne atmosphérique de 1,198 cm³ s’éveille. Vive la mécanique simple : pas besoin de câbles de démarrage !
Le démarrage du moteur de la Lada s’accompagne d’un bruit de cliquetis assez impressionnant. À côté, la Dacia Sandero, avec son 3-cylindres 999 cm³ turbo à injection électronique, fait figure de modernité. Trop de pièces mobiles et une électronique fragile, semble penser la Lada fabriquée en URSS, qui se contente d’un moteur atmosphérique et d’une mécanique fiable !
La Dacia est fabriquée en Roumanie, autrefois dans le bloc de l’Est. La qualité de fabrication est excellente. On ne peut pas en dire autant de la Lada. Les soudures présentent un contraste saisissant. La carrosserie de la Lada a été soudée par un soudeur de première - c’est-à-dire de la première année d’une école professionnelle. Les soudures de la Dacia ont été réalisées par un robot capable d’une finition parfaite. La Lada a été repeinte par un peintre professionnel il y a quelques années, tandis que la Dacia a été peinte par un robot cette année. La qualité de peinture est exactement la même. Ici, l’homme peut encore rivaliser avec le robot.
La Lada est beaucoup plus petite que la Dacia à l’extérieur. À l’intérieur, cependant, elle est étonnamment spacieuse. Les vitres sont grandes, car les montants sont fins. Les montants avant sont si légers qu’il serait dangereux de percuter un élan avec une Lada. La Lada a été initialement fabriquée sous licence Fiat 124. Selon la légende, sa carrosserie est en métal plus épais que celle de la Fiat, et, par exemple, ses ressorts sont plus rigides. L’architecture du châssis a elle aussi une histoire particulière :
« Jukka Sihvonen a réalisé un deuxième essai de la Lada pour Tekniikan Maailma. Les amortisseurs avaient été remplacés par des Bilstein par l’importateur. Jukka avait demandé confirmation à Konela, et là-bas, on affirmait que la Lada était complètement standard. Jukka a donc écrit dans l’article : “Assurez-vous que votre Lada est également équipée des amortisseurs Bilstein”. Konela n’a pas vraiment apprécié », se souvient Hannu Lindell, journaliste et pilote essayeur retraité.
La Lada importée sur le marché finlandais était légèrement différente du modèle destiné au marché intérieur soviétique. Par exemple, la version finlandaise disposait d’un grand réservoir de liquide lave glace, alors que le modèle soviétique avait une petite poche en caoutchouc. Notre voiture d’essai est un modèle soviétique. Elle a servi en Estonie avant de finir dans une ferme, dans un état assez lamentable. Finalement, elle a été restaurée dans son état actuel par un passionné de voitures estonien.
Nous sommes arrivés sur place avec la Dacia, donc ses caractéristiques de conduite étaient encore bien en mémoire lorsque nous avons pris le volant de la Lada pour l’essai. Même attacher les ceintures de sécurité représente un petit défi pour un conducteur moderne, mais c’est faisable après un moment de réflexion. La Dacia est équipée d’une transmission CVT, donc il n’y a pas de pédale d’embrayage. En revanche, la Lada a un embrayage dur qui vibre un peu. De l’huile moteur a donc probablement atteint le disque d’embrayage depuis le vilebrequin, et ces vibrations sont typiques des voitures anciennes. La boîte compte quatre vitesses avant, et fonctionne étonnamment bien. La direction n’est pas comparable : elle n’a pas d’assistance, ce qui la rend très lourde mais en même temps extrêmement précise. Elle n’est pas aussi fluide que celle de la Dacia.
La Lada n’a pas de radio - et cela ne manque même pas, tant le bruit dans l’habitacle est énorme. Déjà lors de l’essai de Sihvonen, le même point avait été critiqué. Dès 50 km/h, le seuil des 80 décibels est dépassé. Selon les normes de protection, il faudrait donc toujours porter des bouchons d'oreilles en conduisant une Lada. La Dacia s’en sort beaucoup mieux de ce point de vue : à 60 km/h, le bruit à l’avant est de 65 dB et à l’arrière de 67 dB. Cela montre combien les voitures modernes ont progressé - du moins en termes de bruit intérieur. Aujourd’hui, la principale source de bruit dans les voitures modernes est le bruit des pneus. Dans la Lada, le bruit dominant provient du moteur. On n’entend même pas le bruit des pneus à cause de ses hurlements !
En termes de consommation, l’écart entre les deux est énorme. Lors d’un essai sur route, la Lada avait consommé 12,5 litres aux 100 km. La Dacia ne consomme que 5 litres. Une différence impressionnante, malgré le fait que la Dacia pèse 149 kg de plus que la Lada. D’un autre côté, le coefficient de traînée de la Lada doit être à peu près équivalent à celui d’un « bus touristique ».
Dans la vie de tous les jours, le moteur 60 chevaux de la Lada offre des performances étonnamment correctes compte tenu de ses caractéristiques. L’accélération de 0 à 120 km/h se fait en 33 secondes. Selon les mesures de Tekniikan Maailma, la vitesse maximale de la Lada était de 137 km/h. Nous n’avons pas osé tester si notre Lada d’essai pouvait encore le faire - nous aurions risqué gros. Nous nous contenterons donc des anciennes mesures.
Le moteur trois cylindres turbocompressé de la Dacia développe 91 ch, ce qui est assez correct. Les accélérations de 0 à 120 km/h se font en 20,5 secondes. La vitesse maximale est de 169 km/h, ce que nous oserions tester sans problème.
Les freins de la Lada sont extrêmement médiocres, tandis que ceux de la Dacia sont excellents. Selon les mesures, la Lada s’arrête depuis 100 km/h en 52 mètres, contre 41 mètres pour la Dacia. La Dacia est équipée de freins ABS, tandis que ceux de la Lada se bloquent partiellement sous forte pression - du moins sur la voiture d’essai, ils apportaient un certain soutien.
Les tableaux de bord présentent un contraste saisissant. La Lada possède un compteur de vitesse à aiguilles, très clair, et la vitesse peut être lue d’un seul coup d’œil. Il n’y a aucune électronique, pas même une horloge. À l’époque, dans les années 1970, le monde n’était pas aussi trépidant qu’aujourd’hui : un simple calendrier suffisait pour mesurer le temps. La Dacia, elle, dispose d’un tableau de bord moderne avec un écran central, et bien sûr d’une horloge.
La Dacia s’était classée deuxième dans notre comparatif des voitures abordables. Comment la Lada se serait-elle comportée ? Si l’on compare la consommation, le bruit et les caractéristiques de conduite, elle finirait sûrement dernière. Sa sécurité est également préoccupante.
La Lada a néanmoins quelques qualités. Son habitacle est spacieux et la visibilité vers l’extérieur est excellente. Le bruit à l’intérieur reste cependant très prononcé. Il faudrait porter des protections auditives pour la conduire ! En revanche, elle démarre encore par des températures de −40 °C, ce que la Dacia ne ferait probablement pas. À l’origine, on utilisait la manivelle pour lubrifier le moteur juste assez pour que le démarreur puisse faire tourner le moteur. La Dacia n’a pas de manivelle, c’est un défaut évident.
Et la fiabilité ? À l’époque, la Lada était de qualité médiocre, mais elle pouvait être réparée à tout moment dans un atelier de campagne ou au fin fond des forêts du Kainuu. Il n’était ni nécessaire ni possible d’appeler le garage de la marque le plus proche. Le bûcheron sortait du coffre la trousse à outils complète de la Lada et pouvait, avec elle, effectuer presque une révision complète du moteur. Les outils de la Dacia sont modestes : ils permettent à peine de changer une roue. En cas de panne plus importante, la voiture doit être remorquée jusqu’au garage de la marque.
Comme nous l’avons déjà noté au début, comparer objectivement une Lada de plus de 40 ans et une Dacia récente est absurde. Déterminer laquelle est la « meilleure » sur le plan émotionnel n’est pas non plus si simple. Réfléchissons un instant.
Si vous vous arrêtez avec la Dacia dans une station-service, personne ne viendra vous parler. Le conducteur de la Lada aux phares ronds, lui, aura forcément de la compagnie. Il pourra vanter sa consommation de carburant « à l’ancienne » digne d’une vieille américaine. Avec les prix actuels de l’essence, l’auditeur comprendra immédiatement que vous êtes un homme fortuné si vous conduisez une Lada !
Le dernier détail est l’odeur de l’habitacle. Aucun parfum ni sapin magique ne peut masquer l’odeur soviétique de la Lada. Elle se dégage encore plus de 40 ans après sa fabrication. Il y a quelque chose dans cette odeur. Une ambiance authentique, que l’on ne retrouve pas dans les voitures modernes.
Pour conclure, il faut reconnaître que malgré tous ses défauts, la vieille Lada possède quelque chose que les voitures modernes n’ont pas : du caractère.
Légende des photos :
- Le compartiment moteur de la Lada est très spartiate. La puissance n’est pas vraiment au rendez-vous, mais le vacarme compense.
- Le bon vieux distributeur d’allumage - cette pièce rouge en bakélite où viennent se fixer les câbles des bougies. L’avance à l’allumage se règle mécaniquement à l’aide d’une lampe stroboscopique. On ne voit plus ça sur les voitures modernes.
- La pompe à essence est entraînée par le moteur. Elle dispose aussi d’une commande manuelle, qui permet de remplir la cuve du carburateur avant de démarrer le moteur à la manivelle. C’est-à-dire dans le cas où la batterie est déchargée.
- Le compartiment moteur de la Dacia a un aspect très moderne. Oserait-on toucher à autre chose que la jauge à huile ?
- Sur la Dacia, le remplissage du liquide lave glace est situé à un endroit peu pratique par rapport à la Lada.
- Les voitures ont beaucoup grandi au cours des 40 dernières années. La Lada se gare plus facilement qu’une Dacia dans une place de parking.
- Une voiture familiale économique ? Les publicitaires savaient déjà exagérer dans les années 1970.
- Le levier de vitesses de la Lada est aussi solide qu’une Kalachnikov.
- Mihail, dans la Dacia, il n’y a pas de cendrier : où jette-t-on le tabac à chiquer ?
- Oh, perestroïka ! Le tableau de bord de la Lada surpasse celui de la Dacia comme Ivan Drago face à Rocky dans la neige de Sibérie.
- Les vitres électriques sont un équipement moderne. Dans la Lada, il faut un véritable homme d’action pour tourner la manivelle pour ventiler l’habitacle par temps de canicule.
Lu sur : https://tekniikanmaailma.fi/tm-parivertailu-dacia-sandero-2021-vs-lada-1200-1976-nyt-selviaa-miten-neuvostoliiton-ylpeys-parjaa-edulliselle-nykyautolle/
Adaptation VG
(*) Nota : année de publication de l’article original.