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Au début des années 90, elle était plus désirable qu’une « Deviatka » rouge cerise. Peut-être pas pour tout le monde, mais certainement pour ceux qui avaient besoin d’une part de romantisme dans leur voiture. Aujourd’hui c’est un excellent modèle pour une collection de yougtimers et sans doute le cabriolet le moins cher à exploiter. Natacha est le nom de l’une des versions les plus inhabituelles de des « Zoubilo » (ou « Burin », l’un des surnoms russes de la Samara en raison de la forme de sa partie avant).

Seulement 456 cabriolets de ce type ont été fabriquées. Les imbéciles, les routes défoncées et l’impitoyable tuning à la russe ont en eu raison : peu de ces cabriolets ont survécu jusqu’à ce jour. Le plus agréable est de voir un spécimen totalement dépourvu d’accessoires tuning. C’est précisément comme cela, avec ce kit-carrosserie et ces jantes alliage que ce cabriolet a vu le jour en 1992 grâce aux efforts de l’importateur belge Scaldia-Volga et du carrossier EBS. C’était il y a 46,000 km...

Le toit de la « Vosmerka » était littéralement supprimé. Le soubassement et les seuils de portes étaient renforcés avec des éléments structurels supplémentaires pour compenser la diminution inévitable de la rigidité de la carrosserie privée de son toit. Dans la partie avant, une paire de renforts en U faisait leur apparition et on y fixait les charnières de porte. Des renforts encore plus puissants et de plus grande section étaient situées au niveau des seuils, reliant les passages de roues avant et arrière. Dans l’habitacle, des renforts un peu plus minces étaient installés dans la zone du montant central. Ils étaient recouverts de panneaux en plastiques et servaient également d’ancrage pour les ceintures de sécurité. Vers l'arrière, des renforts constitués de coins et de tôles soudées étaient situés à l’intérieur des flancs entre les montants centraux et les passages de roues arrière. Pour terminer, sur toute la largeur de la carrosserie, au niveau des ailes arrière, on trouvait un solide treillis composé de tôles de 4 mm entre les ailes arrière. Tous ces renforts étaient soigneusement recouverts de pièces de carrosserie standard.

Étonnamment, il a été avancé que le poids à vide, même en tenant compte des renforts et du mécanisme de capote, n’augmentait que de 70 kg. Et la rigidité de torsion de la carrosserie serait restée au niveau de celle de la berline d'origine. Il est probable que cette dernière affirmation ne soit pas vraie.

En mode cabriolet, c’est la « Vosmerka » la plus romantique du monde. Sur la route, elle n’est pas fusillée de  regards remplis d’envie ou d’incompréhension, contrairement aux autres cabriolets. Et on ne la regarde pas avec appréhension, comme les autres « Zoubilo » restées si longtemps liée à l’hooliganisme à tel point que même dans un état soigné elles provoquent encore des sentiments mitigés. Je ne sais même pas quelle autre voiture peut provoquer autant de sourires et d’attitudes positives. J’ai fait connaissance avec Natacha il y a à peine dix minutes que j’ai déjà entendu trois fois : « Hey mec, vends la moi, je te donne tout ce que j’ai ! ».

Cette Natacha possède tous les attributs tuning (à l’exception d’une batte de baseball dans le coffre) dont les propriétaires de « Zoubilo » rêvaient dans les années 1990. Les passages de roues abritent des jantes à trois branches, dans un style rappelant celui des Saab. Le kit-carrosserie est modeste, mais il n’en faut  pas plus ici. L’essentiel est que le becquet sur le couvercle de coffre n'a pas été oublié - un accessoire indispensable pour une pseudo-voiture de sport. Habituellement réexportées vers la Russie, les Natacha ont souvent terminé dans un piteux état. Il suffit de se rappeler des Lada Carlotta du même Scaldia-Volga...

A l’intérieur, la Natacha est une « Vosmerka » des plus courantes avec son tableau de bord haut, mais grâce à quelques options bourgeoises, les sensations que procurent cet intérieur familier sont complètement différentes. Les sièges de série de la Samara sont recouverts d’un cuir dense et rugueux au toucher qui a résisté à l’épreuve du temps. Un autoradio Sony et de haut-parleurs de la société culte allemande Magnat se chargent de l’accompagnement musical. Les autres équipements comprennent des vitres électriques. La climatisation qui pouvait être montée sur commande par les revendeurs européens, a été considérée par le premier propriétaire comme une option inutile.

Avec une telle apparence, la Natacha n’a pas besoin de puissance. D'ailleurs il n’y en a pas : le quatre-cylindres à carburateur de 1,3 litre délivre 64 misérables chevaux et 94 Nm. Mais comme vous le savez, ce moteur est le résultat du travail conjoint entre AvtoVAZ et Porsche. C’est un plaisir de le faire tourner. Ce n’est pas pour rien que certains concessionnaires européens rajoutaient sur la culasse un autocollant « System Porsche ». Tous les autres moteurs de la Samara ont été développés indépendamment à Togliatti. La boîte, comme il est d’usage sur les « Vosmerka », craque en seconde et se distingue par le manque de clarté du passage de la marche arrière (elle est facile à confondre avec la première).

La suspension du cabriolet est similaire à celle de sa sœur à hayon, ce qui signifie que Porsche est également intervenu ici. Cette « Vosmerka » découverte a de quoi plaire aux conducteurs actifs. La Natacha garde son cap en ligne droite et réagit vivement aux coups de volant. Les Allemands ont fait de leur mieux. Le roulis en virage pourrait être moins important, mais tel est le prix de la répartition du poids changée par rapport à la berline.

En matière de douceur de roulement, il n’y a rien à redire sur la suspension elle-même. Le châssis entièrement redessiné résiste bien aux surprises des routes russes qui nécessitent toujours des réparations. Mais quand, décapoté, vous passez dans un trou alors la Natacha frémit de toute sa carrosserie. Sur mauvaise route, les vibrations de la carrosserie vous obligeront inévitablement à ralentir, mais c’est habituel sur les cabriolets.

Et est-ce que cela souffle ? A l’avant il n’y a pas un poil de vent. Avec les vitres latérales relevées, vous pourrez rouler confortablement sur autoroute à la vitesse maximale autorisée, en communiquant sans effort et sans cri avec le passager avant. Mais à l’arrière vous connaîtrez une tornade miniature. Le vent pourra emporter les filles vulnérables assises sur la banquette arrière ! L’écran coupe-vent que les cabriolets concurrents pouvaient proposer sur la liste des équipements supplémentaires n’était pas fourni sur la Natacha. Pour réduire le niveau de turbulences, vous pouvez également relever les vitres arrière en plus des vitres avant. Mais dans tous les cas, il sera bien appréciable de pouvoir embarquer une paire de passagers supplémentaire et leur offrir une séance gratuite de solarium mobile. L’habitabilité de la deuxième rangée diffère peu de celle de la berline hatchback.

La pluie et les autres intempéries sont contre-indiquées avec la Natacha. Pas à cause de la difficulté pour la recapoter - tout est simple. En position repliée, la capote est recouverte d’une housse spéciale qui est rivetée à la carrosserie. La retirer, déployer à la main la capote pliée en accordéon et enclencher les deux crochets sur le pare-brise ne prend pas plus d’une minute.

Mais si pour tout autre cabriolet, cette opération est intéressante en soi, conduire le cabriolet « Vosmerka » sous cette forme n’a aucun sens. Il n’y a rien à redire sur le confort - en général, ce n’est pas beaucoup plus bruyant que dans la berline habituelle avec le toit métallique. Mais la capote relevée ne prive pas seulement le conducteur et ses passagers d’une dose d’air frais et de vitamine D. La Natacha dans cette configuration perd tout son charme et devient juste une Samara étrange. « Décapotez-la ! » crie-t-on derrière elle.

Il est à noter que des Samara cabriolet ont été construites à la demande de plusieurs importateurs européens et qu'il en existe plusieurs modèles différents. Certaines versions ont conservé le montant central et reçoivent un puissant arceau de sécurité. L’Opel Kadett Cabrio, une concurrente de la « Vosmerka », affichait une solution similaire. Notre Natacha s’en est passée et se présente comme un cabriolet à cent pour cent. Le designer Vladimir Iartsev, qui a été directement impliqué dans le projet, a même retiré les encadrements de portières, ne laissant que des petits déflecteurs triangulaires. Avec la capote relevée, la Natacha est presqu’un cabriolet hard-top. Avec la capote baissé, grâce à l’inclinaison accrue du pare-brise, c’est presque une voiture de sport.

Étonnamment, même en tenant compte de toutes les modifications apportées et des équipements, la Samara cabriolet surpassait facilement ses concurrentes européennes en matière de prix. La Lada décapotable était particulièrement populaire parmi les habitants de la côte méditerranéenne. Sur le marché français, la Natacha coûtait environ 90,000 francs hors options, soit environ une fois et demie plus cher qu’une Samara ordinaire. Mais c’était toujours moins que ses analogues qu’étaient les Ford Escort Cabriolet ou Opel Kadett Cabrio !

Ce cabriolet est une rareté. Il n’est pas surprenant que cette Vosmerka se soit retrouvée entre les mains de restaurateurs professionnels de modèles GAZ. Ces authentiques connaisseurs de Volga et Tchaïka n’ont pas pu résister au charme de cette Natacha. Un kilométrage ridicule, une carrosserie dans sa peinture d’origine et aucun tuning - nos spécialistes de l’automobile soviétique ne pouvaient tout simplement pas permettre à un cabriolet rare ayant survécu jusqu’à aujourd’hui dans un état aussi authentique, de tomber entre de mauvaises mains.

Ce spécimen a eu de la chance avec ses propriétaires successifs. Le premier était un Finlandais, comme en témoignent les nombreux autocollants de carrosserie en finnois. Il roulait peu et seulement les week-ends en été. Ensuite ce cabriolet est arrivé en Russie, où il n’a quasiment pas bougé avant d’être racheté par cet atelier de restauration il y a quatre ans.

Le retour à la vie de la Natacha n’a pas pris beaucoup de temps ni d’efforts. Le cabriolet a toujours été stocké exclusivement dans des garages chauffés et il n’avait donc aucune trace de rouille sur la carrosserie. La capote était en état de fonctionnement, même les joints en caoutchouc étaient intacts. Le moteur était en bonne santé : les compressions et la pression d’huile étaient normales. Par conséquent, les dépenses n’ont été constituées que par une réfection de la suspension.

Pour les partenaires étrangers d’AvtoVAZ, les modifications des voitures livrées en Europe étaient monnaie courante. Les Lada aseptisées devaient être adaptées aux exigences et aux goûts du marché local. Les Samara à traction avant ont également subi ce sort. Certains revendeurs se limitaient à installer des options supplémentaires telles que des kits-carrosserie, des jantes en alliage, des autoradios et des vitres électriques. D’autres sont allés plus loin, réalisant des projets audacieux qu’on n’avait pas osé entreprendre à Togliatti.

Le premier projet d’une Lada cabriolet a été mis en œuvre en 1987 par les Allemands de Deutsche Lada. Il s’agissait de la Samara Fun, un landaulet avec une carrosserie fermée à l’avant et ouverte à l’arrière. Le belge Scaldia-Volga est allé plus loin en préparant un cabriolet à part entière en coopération avec AvtoVAZ. Cette Lada cabriolet, qui a ensuite reçu le nom de Natacha a été exposée pour la première fois en 1990 au Salon de l’automobile de Bruxelles, où elle connut un succès considérable.

Elle a été produite par le carrossier belge EBS. Outre Scaldia-Volga, les exportateurs allemands, néerlandais et français lui ont demandé de transformer la « Vosmerka ». Les commandes portaient généralement sur les versions les moins chères. Les concessionnaires installaient eux-mêmes des kits-carrosseries, des optiques modifiées et d’autres équipements. Cela explique les différences extérieures des différents exemplaires produits. De novembre 1990 à décembre 1995, 456 cabriolets ont été transformés dans les installations d’EBS. La plupart des voitures ont été vendues en France, en Belgique et en Allemagne.

A noter qu’il n’y a pas qu’en Europe que la Lada Samara a perdu son toit. L’importateur de Lada au Canada a également fabriqué son propre cabriolet. La Russie a aussi connu ses propres projets. Par exemple la Lada Amadeo de LLD-Avto et la Lada Cabritta de la compagnie Flexer-LogoVAZ. Seule la Niva peut rivaliser avec la Samara pour le nombre de toit découpés, mais c’est une autre histoire.

Lu sur : https://www.drom.ru/info/test-drive/71414.html
Adaptation VG

Tag(s) : #Histoire, #Lada, #Samara, #Natacha, #Cabriolet, #Essai