Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Des milliards pour le « Cortège » présidentiel.

Vladimir Poutine l’a déclaré à la télévision : « Nous avons fait une limousine russe ». Pourtant, le président russe se déplace toujours à bord d’une limousine blindée Mercedes S600 Pullman Guard et la voiture mentionnée par Poutine, bien que construite à Nijni-Novgorod, est basée sur le châssis d’un gros pick-up américain. Mais il n’y a pas de fumée sans feu : car il existe bien en Russie un projet, au nom révélateur - « Cortège » dont le budget s’élève à plus de 600 millions d’euros !

En juillet de cette année, à la demande orale du président russe, a une lieu une réunion avec le vice-Premier ministre dont le thème était le développement d’une limousine d’apparat fabriquée par l’industrie nationale. GAZ, ZiL, le Ministère de l’Industrie, Rostechnologiï et même Marussia ont participé à cette réunion. Puis en août, a été lancé le projet « Cortège », élaboré par le Ministère de l’Industrie et l’Institut Central de Recherche Scientifique et Technique en Automobile (NAMI).

Ce projet propose au président d’utiliser exclusivement une voiture de marque ZiL – une limousine blindée qui sera conçue en partant de zéro. Les fonctionnaires de rang inférieur, comme au bon vieux temps, auront leur Tchaïka. Le plan prévoit aussi de faire renaître la marque Russo-Balt pour produire des véhicules moins solennels et plus utilitaires. Enfin, le projet « Cortège » inclut la marque Marussia, pour des voitures de sport et des versions exclusives. Mais le plus important, c’est que toutes ces voitures trouveront non seulement leur place dans les garages des ministères mais seront également disponibles à la vente ! « Sur le marché des voitures de luxes, dans certains segments précis, nous pouvons lancer des marques russes, comparables en prix et en qualité à leurs homologues étrangères » a déclaré Alexeï Rakhmanov, le vice-ministre de l’Industrie et du Commerce. Les fonctionnaires souhaitent qu’en 2002, les voitures russes occupent 10 à 20% du marché des voitures de luxe !

La production devrait débuter en 2017, juste au moment où Vladimir Poutine est susceptible d’entamer un second mandat de six ans. Des limousines et tout-terrains à moteur V12, des berlines avec moteur V8 et plusieurs empattements différents, des SUV, des monospaces, des coupés-cabriolets... Le volume de production annuel de ces quatre marques s’élèvera à environ 40,000 voitures. Bien sûr, les plus exclusives seront les ZiL avec cent à deux cents berlines et SUV par an au prix de six millions de roubles. Les plus répandues seront les Russo-Balt : les crossovers et les fourgonnettes valant entre deux et quatre millions de roubles seront fabriquées à 20,000 exemplaires par an.

Le principal site de production, avec l’emboutissage, la soudure et la peinture, sera localisé chez MosAvtoZiL. Le gouvernement de Moscou et la Sberbank ont d’ailleurs déjà affecté 10 milliards de roubles dans un projet qui n’est pas encore finalisé puisqu’il prévoit qu’outre les véhicules du projet « Cortège », la « Nouvelle ZiL » fabriquera également des véhicules utilitaires pour le compte de Hyundai, Fiat et Renault. GAZ s’occupera aussi de la production et l’aménagement de véhicules spéciaux. 1,1 milliard de roubles devraient y être investis. Et comme à Nijni-Novgorod, une joint-venture vient d’être mise en place avec Volkswagen, les nouvelles Tchaïka, Volga et Pobeda (en 2009, GAZ avait déposé ces trois noms), pourraient être basées sur les châssis des Audi A8, VW Phaeton et Bentley Continental GT. Les négociations entre GAZ et le gouvernement sont en cours et l’on envisage de produire ces véhicules en petite série dans les ateliers de Gruppa Master, une société créée sous la coupe de GAZ.

Rostechnologiï va investir 8 milliards de roubles dans les équipements, l’outillage et la production de composants. Le projet « Cortège » nécessite à lui seul 5,8 milliards de roubles en développement. En tout, le projet s’élèverait donc à 25 milliards de roubles, ou 625 millions d’euros. En 2020, le retour sur investissement devrait être de 100 milliards de roubles.

Avant la fin de l’année, on prévoit de figer le cahier des charges de la future gamme de véhicules et l’an prochain les premiers fonds devraient être débloqués pour commencer à travailler chez NAMI. Le responsable de l’Institut, Maxime Nagaïtsev, qui est l’un des initiateurs du projet n’a pas de doute sur sa capacité à réaliser ce projet mais il faut tout de même noter que le dernier véhicule entièrement conçu par l’Institut date d’il y a plus de trente ans (KAZ-4540 en 1984 et BAZ-3778 en 1985) et que la dernière voiture particulière sur laquelle il a travaillé n’a pas encore connu la production en série. Il s’agit de la fameuse Michka avec un châssis cage en acier recouvert de panneaux de carrosserie en plastique. D’anciens spécialistes de VAZ, ayant travaillé sur le Projet C (VAZ-2116), devraient être impliqués dans la création de ces modèles.

On prévoit comme moteur de base le diesel RED A03 (un V12 de 6 litres), conçu en Allemagne par l’ingénieur russe Vladimir Reichlin (connu pour avoir participé dans le projet a:level et la tentative de renaissance de la Russo-Balt). Actuellement ce moteur n'existe que dans une version « aviation » (500 ch) mais il pourrait être facilement adapté à l’automobile. Une version « réduite » est également prévue (un V6 de 3 litres de 300 ch). Nikolaï Fomenko a également ses propres idées en ce qui concerne le moteur : il propose son aide en collaboration avec le constructeur Lotus.

Le châssis, l’électronique, les systèmes de sécurité et tous les autres composants seront achetés à l’étranger ou développés en collaboration avec des sociétés étrangères. Deux ans et 150 millions d’euros seront consacrés à toute la partie ingénierie... Quand on sait que les grands constructeurs mondiaux investissent environ 1 milliard d’euro pour le développement de leurs nouveaux modèles, et que VW par exemple, a mis sept ans pour développer sa nouvelle plateforme modulaire MQB on a de quoi rester sceptiques... Mais même en doublant le budget du projet « Cortège », on sera encore loin des 40 milliards investis pour le nouveau stade Zenith de Saint-Pétersbourg ou des 70 milliards d’aides accordés par l’Etat russe à AvtoVAZ. Et théoriquement, cet investissement devrait aboutir non seulement à la production de voitures pour le président et son entourage, mais aussi générer des milliers d’emplois et réanimer des bureaux d’études qui en ont bien besoin. Enfin, le plus important est que, comme le soulignent les initiateurs du projet, les personnes privées, les dirigeants de grandes entreprises et les fonctionnaires de haut rang se retrouvent dans cette voiture russe qui fait tant défaut aujourd’hui. Tout un symbole.

Légende des photos (première partie) :

  • 1991 : le cortège du président de l’URSS, Mikhaïl Gorbatchev avec une limousine blindée ZiL-41052 accompagnée de ZiL-117 et de GAZ-14 Tchaïka. Peut-être que nous verrons bientôt de nouveau ce genre de combinaison ?
  • Les voitures du projet « Cortège » seront produites sous quatre marques, mais basées sur une plateforme modulaire commune, dont le développement devrait débuter chez NAMI.
  • « Cortège » a été précédé par différents projets de création de limousines par ZiL et GAZ. En 2004, chez ZiL a été mise au point une limousine – non blindée – baptisée Monolith. GAZ assisté de Atlant-Delta a réalisée des cabriolets de parade pour le Ministère de la Défense (ZiL a également fait la même chose), puis a développé sa propre version de limousine blindée présidentielle. Dans le cadre du projet « Cortège », piloté par NAMI et le Ministère de l’Industrie, ZiL n’aura qu’un rôle d’assembleur et GAZ une fonction d’atelier de création de véhicules spéciaux.
  • Le cortège du président russe est aujourd’hui essentiellement composé de berlines, de tout-terrains et de minibus de fabrication étrangère. A la tête et la fin du cortège on trouve plusieurs voitures de police, le plus souvent des berlines Mercedes Classe E. Les voitures « civiles » sont des Mercedes Classe S. Le président lui-même voyage en Mercedes S600 Pullman, qui peut être « doublée » dans le cortège. La limousine présidentielle est protégée par deux Mercedes Classe G fortement modifiés transportant des gardes du corps, et des minibus Mercedes Sprinter ou VW Multivan, contenant des armes, des moyens de communication spécifiques et des équipements médicaux. Si le projet « Cortège » est mené à bout, chacun de ces véhicules pourra être remplacé par une voiture produite en Russie.

Et ZiL dans tout cela ? Qu’est-il arrivé au département voitures particulières de l’usine ZiL de Moscou, un département qui produisait les limousines du pouvoir depuis 1936 ? Y’a-t-il une chance que l’expérience de ZiL en ce domaine soit utilisée dans le projet « Cortège » ?

L’usine moscovite, qui portait alors le nom de ZiS (Usine Staline), a produit la première limousine ZiS-101 à 8,752 exemplaires. La ZiS-110, sa remplaçante, n’a été fabriquée qu’à 2,072 exemplaires et la production des modèles suivants a dépassé à peine la centaine d’exemplaires. Le problème est que ZiL continuait à fabriquer ses voitures avec une technologie acquise avant-guerre auprès des Etats-Unis pour la première ZiS. Les panneaux de carrosseries emboutis étaient finis à la main et au marteau sur des gabarits en bois. Une limousine pouvait ainsi recevoir jusqu’à 300 kilos d’étain et dans les faits chaque limousine produite chez ZiL était unique !

Dans les années 80, il n'y a qu'un seul ordinateur pour l’ensemble du bureau d’étude, soit 80 personnes ! Il est utilisé jour et nuit par les ingénieurs qui passent régulièrement dessus un chiffon humide pour éviter qu’il ne surchauffe. Tout est fait manuellement sous les ordres de Viatcheslav Tarassov, le responsable du département carrosserie voitures particulières et autobus. Chaque véhicule nécessite un investissement de 1,5 millions de dollars, sans parler de la conception, d’essais et de mise au point.

En 1986 apparait un nouveau modèle, la ZiL-41047. Mais elle est basée sur le modèle 4104 de 1978 laquelle ne différait qu’en apparence et pas techniquement de la ZiL-114 de 1967 ! Dans les années 80, on a commencé à travailler sur la nouvelle ZiL-4102, un modèle disposant pour la première fois d’une carrosserie monocoque. Comme d’habitude, on a acheté son homologue étrangère, une Rolls-Royce Silver Spirit de 1980. En 1988, le prototype de la ZiL-4102 et son toit en fibre de verre est montré à Gorbatchev. Mais pour terminer son développement il faut tellement d’argent que, sur fond de caisses vides, de croissance de la dette de l’URSS et de lutte contre les privilèges, le projet est finalement abandonné.

Pour survivre, on prévoit d’abord chez ZiL la mise en place d'une activité de transformation en cabriolet de véhicules de production nationale puis on envisage la production de UAZ destinés au transport de fonds. C’est en 1997 que la renaissance est annoncée quand le maire de la capitale, Iouri Louzhkov annonce qu’il souhaite voir les membres du gouvernement de Moscou transportés dans des voitures russes. A la suite de cette décision sont assemblées vingt berlines ZiL-41041 à empattement court. Mais la ville et le Kremlin, refuseront ensuite de continuer à acheter des ZiL à quelques exceptions près. En 2003, une limousine blindée ZiL-41052 est ainsi livrée au "Garage des Personnalités" (GON). Elle avait été commandée en 2000.

En 2004 ressurgit chez ZiL l’idée de moderniser en profondeur et en collaboration avec Depo-Zil, la ZiL-41047. Le projet est baptisé Monolith et la construction de la voiture débute en 2005. Le châssis et la suspension ne changent pas mais les portières habituelles sont remplacées par des éléments en deux parties. L’empattement augmente de 200 mm (il est donc porté à 4080 mm !) au bénéficie de l’intérieur, mais les portes-à-faux sont raccourcis. Au final la longueur totale de la voiture n’augmente que de cinq centimètres (elle fait désormais 6380 mm).

Pour moderniser le moteur, on a repris les recettes que propose Depo-Zil à ses clients, des collectionneurs et des connaisseurs des anciens modèles ZiL. Par exemple pour lutter contre la consommation élevée (plus de 35 litres aux 100 km) et la surchauffe du V8, a été mis au point dès la moitié des années 90 une injection monopoint et un système de refroidissement incluant un plus grand radiateur et deux ventilateurs électriques, au lieu d’un unique ventilateur entraîné par courroie. Il est désormais possible d’installer une injection Bosch et une boîte de vitesse Allison à 5 rapports. La puissance passe de 315 ch à environ 340 ch.

La réalisation de l’intérieur a été confiée en 2007 à Duchatelet Carat, une société belge de renom. La ZiL Monolith avec son intérieur nu est livrée à Liège en janvier 2008. Les Belges disposent de 10 mois pour reproduire l’intérieur dessiné par le designer Gera Kalitine. Mais ce délai n’a pas été tenu. Chez Depo-Zil on pense que cela n’est pas un hasard : au même moment, la société Duchatelet Carat s’occupait de la transformation et du blindage d’une Mercedes pour le futur président russe. La voiture a été rapatriée de Belgique sans avoir été terminée.

Un nouvelle entrepreneur est trouvé en Russie. La société Bohema-Avto, spécialisée dans la transformation de véhicules de luxe et de yatch est chargée de réaliser l’intérieur. Elle n’a pas pu le faire dans les temps et finalement Depo-Zil décide de tout faire lui-même. La Monolith n’a été présentée dans sa forme définitive qu’à l’automne et a été baptisée ZiL-4112R, « R » en hommage à Sergueï Rozhkov décédé avant d’avoir pu voir la naissance de son « enfant ».

Au total, la conception et la construction de ce « prototype » a coûté plus de cinq millions d’euros à des investisseurs privés. Cet argent pourrait être « récupéré » si cette Monolith entrait dans le projet « Cortège ». Mais rien n’est moins sûr puisque la Monolith n’est pas blindée et ne peut donc pas jouer le rôle de voiture présidentielle. Et comme limousine pour les autres hauts-dirigeants du pays, la ZiL-4112R est trop chère.

Légende des photos (deuxième partie) :

  • La ZiL-4112R est basée sur une ZiL-41047 « d’occasion », fabriquée à la fin des années 80, mais tous les panneaux extérieurs de carrosserie sont nouveaux.
  • Les portières de la Monolith s’ouvrent sur toute la longueur de l’habitacle. Le battant principal s’ouvre électriquement et dans le sens opposé à la marche, le battant central ne dispose même pas de poignée et ne s’actionne que lorsque le battant principal est ouvert. Le lourd châssis a permis de s’affranchir du montant central. Les sièges de la rangée centrale peuvent être escamotés électriquement.
  • L’arrière est redessiné. Auparavant, derrière les sièges se trouvait l’imposante climatisation, le réservoir était en porte-à-faux arrière et l’a moitié du coffre était encombrée par la roue de secours. Sur la Monolith, les éléments de la climatisations sont placés le long de la voiture, le réservoir de carburant est déplacé derrière les sièges arrière et la roue de secours, sous le plancher.
  • La partie avant de l’habitacle a été redessinée, mais elle hérite de l’ère soviétique du commodo unique, du sélecteur de boîte automatique à longue course et d’un nombre de réglages en longueur limité. Le nouveau volant, lui, est réglable en hauteur et en longueur.
  • La berline ZiL-4102 devait être la première ZiL avec une carrosserie autoporteuse. Une partie des solutions techniques ont été inspirées de la Rolls Royce Silver Spirit, mais le moteur V8 (7,7 litres, 315 ch) et la transmission arrière proviennent de la ZiL-4104. Deux prototypes ont été réalisés. Sur le papier on avait également imaginé une limousine, un break et un cabriolet de parade. Jusqu’à nos jours a survécu cette berline beige. Elle est toujours conservée à l’usine.
  • En 1999, ZiL essaie de développer une nouvelle limousine. Un concours interne est remporté par les jeunes designers Sviatoslav Saïakiane et Ilia Titov. Deux tonnes d’argile et près de six mois sont nécessaires pour réaliser cette maquette de six mètres de long ! Mais les travaux sont arrêtés car l’usine change de propriétaire. Cette maquette est longtemps restée dans le bureau d’étude sous une bâche en plastique mais elle a été détruite en septembre 2011 lors de la restructuration de l’usine... Désormais à la place de l’ancien bureau d’étude se trouve une brasserie !
  • Dans les années 60 à 80, ZiL produisait jusqu’à 25 limousines par an. Aujourd’hui, l’usine qui comptait 600 employés pour la production de voitures particulières n’emploie plus que 70 personnes. Ils assemblent avec des vieux stocks de pièces des voitures pour des collectionneurs. Ces voitures coûtent de 250 à 300 mille dollars. Au cours des cinq dernières années, huit voitures ont été vendues (cinq à empattement court et trois à empattement long). Ils ont encore de quoi fabriquer sept à huit voitures.

La première phase du projet « Cortège » prévoit qu'en 2017 la production en grande série de nouveaux véhicules n’aura pas encore débutée. Le président russe utilisera donc des limousines ZiL qui seront assemblées à Nijni-Novgorod de manière « détournée ».

Chez GAZ, l’atelier de production de Tchaïka fabriquait 150 voitures par an. Mais en 1988 la campagne de lutte contre les privilèges de Gorbatchev a entraîné sa liquidation. Maintenant, ce ne sont que des murs vides : tout a été détruit - les machines et la documentation technique. Pourtant, en janvier dernier, la société Atlant-Delta a déménagé. Cette société appartenant, comme GAZ, à Oleg Deripaska, est venue de Moscou et s’est installée dans l’enceinte du constructeur de Nijni-Novgorod.

Atlant-Delta, spécialisée dans la restauration et la transformation de voitures anciennes, existe depuis 2000. Son directeur général était responsable du garage du Kremlin, le fameux GON. Quand en 2006, le Ministère de la Défense a décidé de renouveler le parc des cabriolets de parade - ce sont trois ZiL-41044 fabriquées en 1981 qui servaient jusqu’alors pour les défilés, Atlant-Delta a participé à l’appel d’offre, comme GAZ, KamAZ, ZiL et AvtoVAZ.

La modernisation des trois voitures du Kremlin aurait pris trop de temps et c’est pourquoi il a été décidé de construire de nouvelles voitures, avec une carrosserie de ZiL mais le châssis d’une voiture étrangère. A Saint-Pétersbourg, on a préféré tout simplement remplacer les ZiL-117V par des GAZ Tigr cabriolets.

Le cahier des charges de ces cabriolets de parade a été rédigé par le GABTOu, la Direction Principale des Véhicules Blindés au Ministère de la Défense. Il était nécessaire de préparer trois voitures identiques : traditionnellement ce sont deux cabriolets qui participent aux cérémonies sur la Place Rouge et un troisième cabriolet est stationné près du Kremlin au cas où. Les nouvelles voitures devaient selon leur dimensions et leur équipement rappeler les anciens cabriolets et extérieurement elle devaient ressembler aux limousines ZiL de dernière génération, les modèles 41047. Seule exception : leur couleur. Elles ne devaient plus être gris acier mais noir car depuis le défilé du 9 mai 2001, le Ministre de la Défense défile en costume noir, et non plus en uniforme militaire !

Ce sont trois pick-ups propulsion GMC Sierra 2500 avec moteur V8 essence de 6 litres de cylindrée développant 353 chevaux et boîte automatique à six rapports qui ont donné leur mécanique. Les carrosseries n’ont pas pu être achetées directement chez ZiL. Contrarié par le fait que ces cabriolets ne seraient pas fabriqués par ZiL, Iouri Louzhkov, maire de Moscou et propriétaire de fait de l’usine, en a tout simplement interdit la vente !

Il a fallu six mois pour trouver près de Moscou, à Volgograd et à Tcherkessk, trois berlines à empattement court ZiL-41041 aptes à la transformation. Pour modifier ces berlines 4 portes en cabriolets 2 portes, il a fallu refaire pratiquement tous les panneaux extérieurs et installer la carrosserie sur le nouveau châssis.

Fait intéressant, malgré la commande du Ministère de la Défense, Atlant-Delta a réalisé ces voitures avec des fonds provenant de chez GAZ. Il a fallu deux ans pour construire ces trois exemplaires. Le premier a été prêt en novembre 2009. Après 1500 km parcourus au centre d’essais de GAZ, la voiture a été officiellement homologuée sous le nom de GAZ SP45. Pour le grand public c’est une ZiL-41041 AMG.

Au Kremlin, on a commencé à penser qu’on pourrait peut-être transformer une ZiL pour le Président. Le travail sur cette limousine a reçu le nom de code « Projet 70 Start » et a débuté à l’été 2010. C’est à cette époque qu’Atlant-Delta a été transférée à Nijni-Novgorod et a été rebaptisée Gruppa-Master. Dirigée par Alexandre Gorchakov, ancien chef du bureau d’étude de ZiL, cette société compte 94 employés qui travaillent actuellement sur 24 projets différents. Elle peut produire jusqu’à 12 voitures par an.

Cette ZiL « présidentielle » a été réalisée en suivant les recettes déjà éprouvées : un châssis propulsion avec un moteur de pick-up américain et une carrosserie remaniée de ZiL. Des propriétaires privés ont déjà acheté deux de ces limousines ZiL-41052 blindées à empattement long. De la voiture d’origine il ne reste que le capot, le toit et le panneau de coffre. Moteur : V8 essence GM LS9 de 6,2 litres développant 550 ch. Poids à vide : 5277 kg. Longueur : 6,3 m. Largeur : 2,1 m. Avec sa boîte automatique à 4 rapports, la voiture peut passer de 0 à 100 km/h en 9 secondes.

Cette ZiL fabriquée par GAZ a été envoyée à l’administration présidentielle l’été dernier. C’est celle dont fait allusion Poutine quand il dit : « Nous avons fait une limousine russe ».

Légende des photos (troisième partie) :

  • Imagineriez-vous que sous cette carrosserie se trouve une mécanique américaine ? L’un des rares indices qui permet de connaître l’origine du châssis est l’augmentation des voies avant et arrière. Sur le pick-up GMC elles sont plus larges de 90 mm que sur la ZiL.
  • L’instrumentation et les principaux équipements proviennent des pick-ups donneurs, mais le tableau de bord a été construit en partant de zéro. Certaines pièces sont empruntées à d’autres voitures. Par exemple, les buses de ventilation proviennent de la Volga GAZ-31105 dans sa dernière version.
  • Le toit rétractable a été entièrement conçu par Atlant-Delta. Il est électrique mais le verrouillage au niveau du pare-brise est manuel. Replié, le toit dépasse à peine de la ligne de caisse.
  • Le V8 américain Vortec a de la place sous le capot de la ZiL. Sur l’aile gauche, on trouve la plaque d’identification d’origine : « ZiL-41041, châssis N°8, moteur N°387 ».
  • Les cabriolets ZiL-41044 (également connu sous le nom de ZiL-115V selon l’ancienne classification) ont été utilisés pour les défilés militaires de 1981 à 2009. Toutes les ZiS et ZiL de parade étaient peintes en gris acier parce qu’en URSS, la principale parade militaire n’avait pas lieu le Jour de la Victoire mais à l’automne, le 7 novembre, jour anniversaire de la Révolution d’Octobre. Et naturellement, les cadres militaires défilaient en uniforme. Leur couleur a déterminé également la couleur des voitures.
  • En 2009, ZiL a également participé à l’appel d’offre pour créer les nouveaux cabriolets de parade. Sur d’anciens châssis ont été construites trois voitures avec un moteur à injection, une boîte de vitesse d’origine américaine et un nouvel intérieur. Le toit repliable a été fabriqué par la société allemande FMS, mais en position replié il est recouvert d’un habillage volumineux. La proposition de ZiL n’a pas été acceptée. Deux exemplaires de ce cabriolets sont toujours à l’usine et le troisième a été vendu à l’automne 2011 au président ukrainien Victor Ianoukovitch.
  • Le dessin de l’intérieur du cabriolet ZiL est signé Gleb Wiesel. L’instrumentation a été réalisée par Avtopribor, les commandes de climatisation proviennent de la Priora et les buses de ventilation d’une Audi. La structure des sièges provient d’une Mercedes Classe S (W140).

Lu sur :
http://www.autoreview.ru/_archive/section/detail.php?ELEMENT_ID=126064&SECTION_ID=7106
Adaptation VG

Tag(s) : #Histoire, #ZiL, #Limousine, #Projet, #Cortège, #4112R, #Russie