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En 2006, une délégation du ministère de la Défense s’est rendue chez VAZ. Plus précisément, elle venait du 21e Institut de recherche scientifique de Bronnitsy, spécialisé dans les essais de véhicules automoteurs militaires. Rien d’étonnant à cela : de temps à autre, les militaires s’intéressent à VAZ. Il suffit de se rappeler le vaste projet de Niva amphibie, la VAZ-2122 Reka, développé « pour les militaires ». Un projet qui n’a finalement jamais abouti, mais qui a néanmoins laissé une empreinte importante dans l’histoire de l’industrie automobile nationale.
Cette fois, les représentants des forces armées ont proposé de concevoir pour eux rien de moins qu’un équivalent de l’Iveco LMV65E19WM, c’est-à-dire un véhicule blindé pouvant transporter 8 à 10 personnes, mais légèrement plus compact que le « Tigre » de GAZ, avec une charge utile d’une tonne. À l’époque, l’idée d’acheter des Iveco LMV puis d’en organiser l’assemblage chez KamAZ était déjà envisagée. Mais les militaires souhaitaient disposer d’une alternative à l’Iveco, extrêmement coûteux (près de 400,000 dollars !), sous la forme d’un véhicule entièrement national et aussi simple qu’un UAZ.
Le travail fut confié à Mikhaïl Markiev (à l’époque responsable du groupe de conseil technique du département des concepts techniques) et à Valeriï Domanski, chef de projet de la « Chevy-Niva » et responsable du projet de la Niva Reka.
Ils travaillèrent pendant plusieurs mois, élaborèrent l’architecture, le design et les calculs préliminaires. Ils se rendirent à Bronnitsy, consultèrent les militaires et précisèrent certains points sur place. En résumé, ils constituèrent un dossier conséquent de documents concernant le véhicule, auquel ils donnèrent le nom de « Triton ».
Le schéma général reprend celui de la Niva. Mais c’était uniquement pour des raisons de simplicité et de lisibilité : en réalité, les organes mécaniques de la Niva ne convenaient absolument pas à un véhicule d’un poids total de 4,5 tonnes, compte tenu du blindage. Le choix d’organes mécaniques précis n’avait d’ailleurs même pas encore été abordé ; seules quelques idées avaient été avancées. Par exemple, le moteur envisagé était un YaMZ-534 (qui devait alors seulement entrer en production à Iaroslavl), les roues devaient provenir d’un UAZ et une partie du blindage devait être réalisée en aluminium expansé.
Puis les gars du 21e Institut de recherche revinrent à Togliatti, rencontrèrent la direction de l’usine, commencèrent à discuter des conditions financières et… C’est là que tout s’arrêta. Il est évident que VAZ comptait au minimum sur un cofinancement du développement par le ministère de la Défense tandis que, de leur côté, les militaires proposaient de commencer par construire et tester le véhicule, puis de décider s’ils en avaient réellement besoin ou non. Le « Triton » resta donc une simple et belle idée.
À propos, le ministère de la Défense avait parallèlement mené quelques négociations avec « Bronto », mais là non plus, la coopération n’aboutit pas : la « Niva » standard ne permettait d’être blindée que selon le niveau 2, ce qui était insuffisant. « Bronto » avait réalisé le véhicule « Komdiv » sur la base de la Rys cinq portes, mais les militaires ne le jugèrent pas intéressant.
Mikhaïl Markiev ne voulut pas tout jeter à la poubelle. Il entreprit donc de l’adapter à un autre véhicule. L’idée était la suivante : un véhicule tout-terrain léger à structure tubulaire et panneaux, produit et vendu sous forme de kit-car, afin que son assemblage final soit effectué par l’acheteur lui-même. Quelque chose dans l’esprit du britannique Rickman Ranger, que l’on avait voulu produire en Russie au début des années 1990 sous le nom d’Avtokam Ranger.
Mikhaïl Markiev, comme il le dit lui-même honnêtement, pensait déjà à la retraite. Non pas comme à une période où l’on peut ne plus rien faire, mais au contraire comme à un moment où l’on peut réaliser beaucoup de choses qu’il n’était pas possible de faire chez VAZ. Il s’agissait en fait d’un concept développé à titre personnel, que l’on aurait pu proposer à une entreprise indépendante. Une carrosserie à structure tubulaire et panneaux en matériaux composites était relativement simple et peu coûteuse à mettre en production ; si la conception s’avérait réussie, elle pouvait constituer une activité commerciale intéressante.
Mikhaïl Markiev n’avait pas imaginé ce kit-car à partir de rien. Dès 1984, alors qu’il travaillait au sein de la Direction générale des études de VAZ (UGK), il avait étudié le concept d’un véhicule tout-terrain démontable, désigné dans la documentation technique sous le nom de Lada « Kompakt ».
L’idée même de ce véhicule venait de Marat Farchatov, alors directeur technique de VAZ, qui avait mobilisé le bureau de design pendant deux ans sur ce projet. Mais, à l’époque, rien n’aboutit, même si les designers avaient préparé plusieurs solutions pour la carrosserie.
C’est également à cette époque qu’avait été proposée l’idée d’une caisse d’expédition pouvant se transformer en garage. Les éléments de carrosserie du kit-car pouvaient être produits dans une seule usine, puis assemblés avec des organes mécaniques de série avant d’être expédiés aux clients : ateliers de montage, concessions automobiles ou simples particuliers à l’aise avec un tournevis.
Le châssis était conçu en trois parties, dont l’assemblage devait se faire au moyen de boulons et de verrous spéciaux. Les illustrations montrent en détail les différentes étapes du montage. Pour assembler le véhicule, un seul pont élévateur suffisait. Éventuellement, il fallait également un treuil pour installer le groupe motopropulseur et le pont arrière. Toutes les autres pièces étaient relativement légères et pouvaient être montées à la main, sans outillage spécial. Et le conteneur à structure tubulaire et panneaux en plastique se transformait en garage !
La mention « Niva-3 » sur la plaque d’immatriculation ne doit pas induire en erreur : il s’agit d’une pure fantaisie du designer, rien de plus. Ce véhicule n’a absolument aucun rapport avec le véritable projet Niva-3, officiellement appelé Lada 4x4 NG. Mikhaïl Markiev supposait simplement que les organes mécaniques seraient ceux de la Niva, d’où l’utilisation de ce nom. Cela dit, si l’on regarde attentivement les proportions, son véhicule est plus petit que l’ancienne Niva et se rapproche davantage de l’Oka par ses dimensions.
Après avoir réalisé ses premiers dessins, il poursuivit son travail en imaginant toute une famille de véhicules dérivés de son kit-car. Si la cabine était réalisée en configuration deux places, une plateforme se libérerait à l’arrière pour des usages commerciaux. Cela ouvrait immédiatement la porte à toutes sortes de variantes imaginables, du camion-citerne à lait au camion-benne.
Mais le plus intéressant est que le châssis pouvait facilement être repensé pour recevoir une motorisation électrique, avec des batteries de traction disposées au centre de la carrosserie et à l’avant, en deux blocs. La propulsion constituerait un module indépendant, qui pourrait être fabriqué dans une usine spécialisée. Mikhaïl Markiev estimait qu’il serait possible d’utiliser la motorisation d’un véhicule de golf « Maït » : il existait une version de 30 kW sous 110 volts, qui avait déjà été testée et pourrait être assez rapidement adaptée pour une production en série.
Si l’on revient malgré tout à une conception plus conventionnelle utilisant les organes mécaniques de la Niva, le véhicule de Mikhaïl Markiev devient similaire à un autre projet de Togliatti : l’Apal Stalker, un véhicule au destin difficile puisque ce tout-terrain à structure tubulaire et panneaux rapportés tente d’entrer en production depuis… 2003 !
Mikhaïl Markiev, de son côté, ne renonce pas à l’espoir de trouver un investisseur précisément pour la fabrication de son kit-car. Même si, à ce qu’il nous a semblé, il n’y croit déjà plus vraiment.
Légendes des photos
- Schémas d’assemblage de la carrosserie blindée.
- Rickman Ranger, 1992.
- Projet Lada « Kompakt », 1986.
- Le nom « Niva-3 » est une convention : les dessins de Mikhaïl Markiev n’ont aucun rapport avec le véritable projet de création d’une nouvelle Niva.
- Apal Stalker.
Lu sur : https://www.drom.ru/info/misc/56670.html
Adaptation VG