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Le petit tout-terrain d’Ijevsk est né avant la célèbre Niva. Et, par sa conception comme par ses caractéristiques routières, il était, sur certains points, plus évolué que le modèle de Togliatti.
L’usine automobile d’Ijevsk fut créée à l’initiative de Dmitri Oustinov, alors secrétaire du Comité central du PCUS dans les années 1960, candidat au Politburo, puis plus tard ministre de la Défense de l’URSS. En 1966, l’usine commença à produire une copie simplifiée de la Moskvitch-412. Mais à peine la production de la 412 lancée, les ingénieurs d’Ijevsk se mirent à concevoir leurs propres variantes originales de la berline moscovite.
Cependant, les jeunes ingénieurs, pleins d’énergie, ne se contentaient pas de cela. Ils voulaient créer des modèles originaux et, si possible, inhabituels et novateurs. À la toute fin des années 1960, ils s’attaquèrent ainsi à un projet hors du commun : une voiture compacte à quatre roues motrices dotée d’une carrosserie confortable. Pour travailler sur l’IZH-5, les ingénieurs oudmourtes firent appel à des spécialistes de l’Institut NAMI.
La principale particularité de l’IZH-5 était sa carrosserie trois portes entièrement métallique, et surtout autoporteuse - une solution très audacieuse à l’époque pour une voiture de cette catégorie. Par ailleurs, sous la direction de l’ingénieur Alexandre Kondrachkine, spécialiste des transmissions et qui avait d’ailleurs consacré son diplôme d’ingénieur à une transmission automatique destinée à la Moskvitch-412, une boîte de transfert originale fut développée pour l’IZH-5.
L’arbre intermédiaire situé entre la boîte de vitesses et la boîte de transfert fut supprimé, ce qui permettait de réduire les bruits et les vibrations de la transmission, caractéristiques de la Niva - qui n’existait pas encore à cette époque. L’enclenchement du pont avant et du réducteur se faisait avec un seul levier, et non deux comme sur le UAZ.
La suspension avant du tout-terrain était une suspension renforcée dérivée de celle de la Moskvitch-412. À l’arrière, on trouvait une suspension indépendante à barres de torsion, dont la dureté et la garde au sol pouvaient être réglées.
L’IZH-5 reçut le moteur 412 produit en série à Oufa, développant 75 ch. Mais sous le capot de ce véhicule tout-terrain à la garde au sol importante, le moteur ne rentrait pas. Il fallut donc modifier le collecteur d’admission et installer un carburateur Solex horizontal.
La carrosserie simple et anguleuse n’était pas un chef-d’œuvre de design. Mais le seul prototype roulant de l’IZH-5 n’était destiné qu’à la mise au point. La voiture effectua ses premiers tours sur le territoire de l’usine en décembre 1970. À titre de comparaison, le premier prototype de la future Niva, le VAZ-E2121, commença ses essais en avril 1972 avec une carrosserie ouverte rudimentaire.
Mais à Ijevsk, on n’avait pas l’intention de s’arrêter à l’IZH-5. La voiture qui reçut la désignation IZH-14 disposait d’une carrosserie trois portes courte, plus séduisante et désormais étudiée dans ses moindres détails, dessinée par Vladimir Saveliev.
La nouvelle boîte de transfert était inhabituelle et permettait, avec un seul levier, de sélectionner séparément la transmission aux roues avant, aux roues arrière ou aux quatre roues, ainsi que le réducteur. La suspension avant reposait toujours sur des éléments de Moskvitch. Une suspension de type McPherson avait également été étudiée sur les plans.
Mais les concepteurs comprenaient parfaitement une chose : les chances de voir leur véhicule entrer en production de série ne seraient réelles que s’il était au maximum standardisé avec la Moskvitch-412. C’est pour la même raison qu’ils abandonnèrent la suspension arrière à barres de torsion au profit d’un pont rigide. Comme, d’ailleurs, sur la Niva.
Le prototype de l’IZH-14 fut achevé à l’été 1972, au moment où, à Togliatti, on réalisait la maquette de la Niva trois portes à carrosserie fermée entièrement métallique. L’IZH-14 fut présenté à Dmitri Oustinov, venu à Ijevsk. La voiture lui plut. Mais entre la sympathie exprimée par un responsable et le feu vert permettant de préparer la production en série, la route était encore longue.
Pendant ce temps, le projet VAZ-2121, approuvé personnellement par le président du Conseil des ministres Alexeï Kossyguine, avait reçu le feu vert. Et la logique était claire : VAZ disposait de moyens bien supérieurs à ceux de l’usine d’Ijevsk, à tous les points de vue, et avait donc davantage de chances de mener à bien la mise au point de cette voiture nouvelle et inhabituelle.
En 1974, la VAZ-2121 Niva était testée sur le polygone de Dmitrov, déjà pratiquement sous la forme que les acheteurs allaient découvrir quelques années plus tard. À différentes étapes, des UAZ-469 et même des Land Rover et Range Rover achetés par l’URSS servirent de références pour les essais comparatifs avec le futur modèle. L’IZH-14 participa également aux essais.
Le tout-terrain d’Ijevsk, qui n’avait pas encore été totalement mis au point, était inférieur à la Niva sur de nombreux paramètres. Par exemple, la VAZ-2121 atteignit une vitesse maximale de 130 km/h, contre 120 km/h pour le tout-terrain d’Ijevsk - le cahier des charges ne prévoyait d’ailleurs que 115 km/h. La Niva atteignait 100 km/h en 22,1 secondes, tandis que l’IZH-14 demandait 30,5 secondes. La voiture d’Ijevsk affichait également une tenue de route moins bonne et de moins bonnes capacités de franchissement dans la neige profonde.
Mais indépendamment de tout cela, le destin malheureux de la voiture d’Ijevsk était scellé dès le départ, avant même les essais.
En URSS, il existait une nomenclature industrielle des automobiles qui déterminait de manière très stricte quels véhicules devaient être produits et par quelles usines. En théorie, deux voitures de même catégorie ne pouvaient donc tout simplement pas apparaître dans le pays. Il y eut cependant des exceptions : les Moskvitch-412 et les Jigouli, par exemple. Dans les années 1970, on tenta d’ailleurs de faire passer la Moskvitch dans une autre catégorie. Sans succès.
À fortiori, l’IZH-14 ne pouvait pas entrer en production de série. Et la raison ne résidait pas seulement dans les capacités limitées de l’usine ou dans son degré de standardisation avec la Moskvitch-412 produite en série. Le principal problème était que l’usine d’Ijevsk ne dépendait pas du ministère de l’Industrie automobile. Elle appartenait au complexe militaro-industriel, pour lequel les voitures particulières étaient une activité secondaire.
Même les dérivés de la Moskvitch - le fourgon surélevé IZH-2715 et la première hatchback à hayon produite en série en URSS, l’IZH-2125 - avaient eu du mal à être « poussés » jusqu’à la chaîne de montage. Alors, dans un tel système, que dire d’une voiture entièrement nouvelle…
À Ijevsk, on racontait que lors d’une réunion, le ministre, interrogé au sujet d’un tout-terrain léger, aurait répondu avec irritation que sa tâche principale était de mettre en production un nouveau char. Et qu’on cesse donc de l’importuner avec cette voiture dont personne n’avait besoin. Il est probable que même parfaitement mise au point, l’IZH-14 aurait été, sur certains points, inférieure à la Niva. Mais les acheteurs n’eurent jamais la possibilité de comparer ces deux tout-terrain.
De cet ambitieux et intéressant projet, il ne reste aujourd’hui qu’un exemplaire conservé dans le musée d’Ijevsk et la boîte de transfert d’une version à quatre roues motrices de l’IZH-2126, lointaine descendante de la boîte de transfert conçue dans les années 1970. Mais celle-ci, tout comme l’IZH-2126, a depuis longtemps disparu.
Légende des photos :
- IZH-5 - le premier tout-terrain d’Ijevsk.
- L’IZH-5 lors des essais, en hiver 1971.
- Le prototype de l’IZH-14.
- L’IZH-14 au musée de l’usine.
- Par la conception de sa carrosserie, l’IZH-14 rappelait la Niva.
- L’IZH-14 lors des essais comparatifs avec la Niva VAZ-2121 et le Land Rover, en 1974.
- Le moteur de Moskvitch-412 avec son système d’admission modifié.
- L’habitacle du prototype de l’IZH-14.
- L’IZH-14 et d’autres modèles de série et prototypes de l’usine d’Ijevsk.
Lu sur : https://www.zr.ru/content/articles/934362-mashina-protiv-tanka-zagadochna/
Adaptation VG