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La revue allemande AutoBild a rencontré un acheteur qui s’est offert un « Bukhanka » neuf, ainsi que l’entrepreneur qui importe des voitures russes en Allemagne.
Depuis déjà 60 ans, le UAZ « Bukhanka » est produit sur les rives de la Volga à Oulianovsk : c’est le Volkswagen Bulli russe (surnom donné familièrement au Volkswagen Transporter - NDLR). Les Russes ont depuis établi une relation particulière avec cet étonnant véhicule tout-terrain à quatre roues motrices.
Il est tellement extravagant qu’on dirait qu’il se moque lui-même un peu de son apparence. Le voilà qui trône devant son acheteur et qui semble « ricaner » doucement, exhibant sa carrosserie attendrissante aux proportions presque enfantines. Franz Miller ne peut s’empêcher de sourire à son tour. Ils avaient tout pour se rencontrer. L’un a 50 ans, l’autre 60. Et tous deux sont de sympathiques individualistes. « J’ai roulé pendant des années en minibus Volkswagen », raconte Franz Miller, qui a cette fois décidé d’essayer le Bulli russe.
Le nom officiel du Bulli des rives de la Volga est UAZ-452. Mais en Russie même, on l’appelle, avec un mélange d’affection et de dédain, « Bukhanka », ce qui signifie « pain moulé ». En 1958, on aurait pu le qualifier de meilleur moyen de transport pour ceux qui avaient besoin de passer partout. Et aujourd’hui encore, ce UAZ conçu à l’origine pour les militaires se fraie avec succès un chemin à travers la taïga et la toundra. Et parfois même à travers les montagnes bavaroises. C’est là, non loin de Rosenheim, que vit Dimitri Schwab. Il vend des voitures russes, et cet ancêtre fraîchement sorti de la chaîne de montage constitue pour lui la meilleure des publicités.
Franz Miller a attendu son minibus pendant six mois : cinq mois ont été nécessaires pour faire venir le « Bukhanka » en Allemagne, puis Dimitri Schwab a encore eu besoin d’un mois pour effectuer quelques modifications répondant aux demandes de son client allemand - lesquelles, il faut bien le dire, ne sont pas très élevées. Dimitri Schwab résume la situation ainsi : « Les Russes nous fournissent la 'géométrie', et nous nous occupons du reste ». C’est un peu comme chez le boulanger : chaque pain moulé ressemble aux autres tout en étant différent.
Traitement anticorrosion, réglage des serrures des portes, contrôle de l’arbre de transmission et des croisillons : Dimitri Schwab connaît absolument tous les points faibles du « minibus » UAZ. Mais tout peut être réglé. « Il y a un dicton : si quelque chose ne convient pas, prenez un marteau et faites en sorte que ça convienne ».
Selon ses propres dires, pour démonter entièrement le minibus, il lui suffit d’une seule clé de 17, d’une autre de 19 et de ce fameux marteau. L’Allemand vend cette voiture russe à partir de 19,990 euros. Et, à ce prix-là, pour l’essentiel, tout s’arrête là. « La liste de ce qui n’est pas présent ici est longue ». Le « minibus » n’a ni huit, ni six, ni même deux airbags. Il n’en a tout simplement aucun ! Comme dans cette vieille plaisanterie de RDA : « Vous préférez une voiture sans ESP ou sans vitres électriques ? ». Au moins, la direction assistée et l’ABS font partie de l’équipement.
Une sympathique version spéciale, commercialisée à l’occasion de l’anniversaire du modèle, coûte 22,990 euros, mais elle est livrée avec tous les « gadgets » que l’on puisse imaginer. Enfin, imaginer sur une voiture neuve vieille de 60 ans : vitres latérales coulissantes, sièges recouverts de téflon déperlant, sièges avant chauffants et blocage du différentiel arrière ! Sans oublier les nouvelles poignées de portes, les jantes de 16 pouces de la couleur du toit et le fait qu’une seule et même clé sert pour la porte et le contact.
Bien entendu, la voiture russe possède un « chauffage », et même un chauffage à double circuit. L’air chaud arrive par une sorte de « tuyau » situé dans le plancher. Le moteur essence de 112 ch répond à la norme « Euro 6 » (consommation d’environ 12 litres aux 100 km) et se trouve entre les sièges avant, ce qui paraît plus impressionnant à entendre qu’à voir.
Le UAZ est étonnamment silencieux. Quand il roule, bien sûr. Pour engager la première vitesse, il faut combiner force et délicatesse. « Au bout d’une demi-heure, vous aurez déjà pris le coup de main », commente le vendeur depuis le siège passager - avant d’aider immédiatement et rapidement le conducteur à engager le rapport suivant. Ce qui s’avère particulièrement utile lorsqu’il faut passer la cinquième, puisque le levier doit déjà être tiré très loin vers l’arrière, du côté du passager.
Le UAZ est capable d’atteindre 115 km/h, mais sur les routes de campagne, et surtout dans les bois et les champs, le « Bukhanka » se sent nettement plus à l’aise que sur les autoroutes. « Beaucoup de gens achètent ce ‘minibus’ en complément de leur Classe G », explique Dimitri Schwab. Comme véhicule destiné à aller dans les bois. Un gué d’un demi-mètre de profondeur ? Aucun problème ! Un angle d’attaque de 30 degrés ? Une broutille ! Plus franchisseur que lui, il n’y a guère que l’Unimog.
Ce UAZ de cinq mètres de long dispose de neuf places, même si, au moins pour le conducteur, le mot « place » devrait être mis entre guillemets. Il faut conduire recroquevillé, encore plus près de la vitre latérale que dans un Land Rover Defender.
Quoi qu’il en soit, cette voiture constitue à elle seule une aventure. Une sorte de véhicule post-apocalyptique dans lequel la lutte pour la survie ne commence pas quelque part dans le Sahara, mais dès le démarrage à Wanne-Eickel. « L’acheteur de cette voiture doit avoir le sens de l’humour », souligne Dimitri Schwab. Les évacuations d’eau sont fixées de manière artisanale et les fentes ont été colmatées dans l’atelier allemand avec les moyens du bord. « Sur cette voiture, tout est approximatif », explique Dimitri Schwab.
Il assure d’ailleurs qu’il essaie de ne pas vendre ce genre de véhicule à n’importe quel amateur de tout-terrain qui en fait la demande. « Les gens voient les photos de ce minibus, il leur plaît et ils le commandent sans même l’avoir essayé ». Il a ainsi été contraint de reprendre une de ces voitures à un client trois mois seulement après la vente. Car le propriétaire et le « minibus » ne se sont pas entendus. « L’acheteur s’attendait à avoir la qualité allemande au prix russe ».
Dimitri Schwab a des clients dans toute l’Allemagne. « Les Allemands de l’Est connaissent encore cette voiture depuis l’époque de la RDA. Quant aux Allemands de l’Ouest, ils apprécient son design ». Et on peut les comprendre. Les clignotants latéraux ont un aspect attendrissant, comme des grains de beauté. Le revêtement du pavillon en matière synthétique grise, finement perforée, rappelle les voitures de notre enfance. Et puis la visibilité est excellente : aussi bien pour ce qui se passe autour du véhicule que par la disposition du combiné d’instruments et de l’ordinateur de bord.
Mais qui commande donc un véhicule comme celui-ci ? « Ceux qui veulent faire des économies achètent une Lada. Ceux qui achètent ce minibus le font par conviction », raconte Dimitri Schwab. L’un de ses clients est médecin à Tegernsee, d’autres sont ingénieurs. « Entre 60 et 70 % des clients le transforment en camping-car ». Franz Miller et sa femme Monika ont le même projet.
Dimitri Schwab importe directement les UAZ en Europe. Ils y sont homologués pour les pays de l’Union européenne et, enfin, en Allemagne, ils passent le contrôle technique au TÜV et reçoivent leurs documents allemands. « Chaque fois que j’arrive quelque part, les curieux se rassemblent. On me félicite pour la réussite de la restauration », plaisante-t-il, tandis que son minibus lui répond en « ricanant » doucement.
Légendes des photos
- Un oldtimer sous l’apparence d’une voiture neuve : le début de la production du « Bukhanka » remonte déjà à 60 ans.
- Un équipement spartiate. Dès qu’il monte dans la voiture, le conducteur doit oublier toute prétention à disposer d’options.
- Le modeste « Bukhanka » atteint au maximum 115 km/h, mais sur une route de campagne, dans les bois ou dans les champs, il se trouve dans son élément.
- Il faudra souvent faire des compromis. Celui qui veut acheter un « Bukhanka » doit impérativement commencer par en essayer un.
Lu sur : https://www.drom.ru/info/test-drive/66027.html
Adaptation VG