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À l’automne 2022, la production de la « Moskvitch 3 » a débuté dans l’usine moscovite abandonnée par Renault. Le nom historique flatte l’oreille, mais « l’attente et la réalité » ne coïncident pas : sur la chaîne de montage, il ne s’agit pas d’un développement national, mais d’un crossover chinois JAC JS4 produit sous licence. Ce n’est pas la première fois que l’usine fabrique en réalité une voiture étrangère « russifiée ». Aujourd’hui, peu se souviennent des débuts de Moskvitch, pourtant son évolution actuelle ne contredit en rien l’histoire de l’entreprise.
Les passionnés de l’ancienne technique soviétique évoquent avec chaleur les berlines, breaks et hatchbacks produits dans la capitale, ainsi que les exploits de l’usine en rallye. Mais est-ce que tout le monde sait d’où viennent les racines de l’entreprise ?
Nous avons mené un petit sondage auprès de connaissances amateurs d’automobile et obtenu une réponse négative. Concentrons-nous donc d’abord sur l’histoire des débuts. En 1929, l’Union soviétique conclut un accord avec la Ford Motor Company pour la construction d’une usine à Nijni Novgorod. Celle-ci deviendra plus tard connue sous le nom de GAZ (Usine Automobile de Gorki).
Avant le lancement complet du processus d’assemblage, la production fut organisée à l’Usine d’État n°1 à Nijni Novgorod (plus tard Usine d’Autobus de Gorki, aujourd’hui usine d’équipements de communication A. S. Popov). L’Usine d’État n°2 dans la capitale, sur l’avenue Volgograd (à l’époque chaussée d’Ostapovo), participa également au projet, assemblant les voitures particulières GAZ-A et les camions GAZ-AA à partir de composants américains, puis soviétiques.
En 1939, l’entreprise fut séparée de GAZ et rebaptisée « Usine d’assemblage automobile d’État nommée d’après l’Internationale communiste de la jeunesse » (abrégé - KIM). Malgré cette séparation, les liens avec Ford subsistèrent : la voiture particulière KIM-10, dotée d’un moteur de 1,2 litre développant 30 ch, fut conçue sur la base de la Ford Perfect.
Hélas, la production ne put être pleinement lancée : la Grande Guerre patriotique éclata, reléguant la nouveauté au second plan. Selon les sources, entre 381 et 398 exemplaires seulement furent construits. L’usine KIM fut ensuite évacuée à Sverdlovsk et se consacra à la production des chars T-60 et T-70.
La période d’après-guerre fut marquée par plusieurs événements décisifs. Premièrement, le changement de nom en Usine de voitures de petite cylindrée (ZMA), puis en Usine Moscovite de voitures de petite cylindrée (MZMA). Deuxièmement, le monde vit la naissance de la « Moskvitch-400 ». On estime que Staline lui-même participa indirectement à sa création : il choisit personnellement l’Opel Kadett K38 comme prototype et insista pour que la voiture soit lancée en production quasiment sans modification.
La question des données techniques est pertinente, car après la guerre l’usine Opel de Rüsselsheim avait été bombardée. Selon une version, une part importante de la documentation et des équipements disparus fut recréée en Allemagne même sur commande de l’administration militaire soviétique. La « Moskvitch-400 » fut produite en plusieurs versions : berline quatre portes, fourgonnette à carrosserie à ossature bois et autres variantes.
Au milieu des années 1950 débuta la production de la « Moskvitch-402 », au design nettement plus moderne. Une place d’honneur dans l’histoire sportive unique de l’usine revient à la version modernisée « Moskvitch-407 », qui fit des débuts remarqués au rallye finlandais des « 1000 lacs » en août 1958. Dès cette première compétition internationale, l’équipage sur la « 407 » obtint la troisième place au classement par équipes. Les quatre voitures engagées franchirent la ligne d’arrivée.
Une autre étape historique majeure couvre la période 1964-1988, lorsque sortirent de la chaîne les modèles de troisième génération « Moskvitch-408 », « Moskvitch-412 » et « Moskvitch-2140 ». À la fin des années 1960, un nouveau « rebranding » eut lieu : l’entreprise fut rebaptisée « Usine automobile du Komsomol léniniste » (AZLK).
Les années 1980 virent la naissance de la grande berline liftback à traction avant « Moskvitch-2141 », développé à partir de la Simca 1308 du département européen de Chrysler, élue « Voiture de l’Année 1976 » en Europe. La fiabilité de la « 41 » suscita des critiques, mais celles-ci étaient en partie compensées par sa facilité de réparation, son habitacle spacieux, son grand coffre, son chauffage puissant et, globalement, des qualités routières honorables comparées aux autres voitures soviétiques.
Divers faits intéressants sont liés à ce modèle. Sur les marchés d’exportation, il était vendu sous le nom élégant et presque poétique ALEKO, transcription latine de l’acronyme en russe de « Usine Automobile du KOmsomol LEniniste ». En 1997, la « Moskvitch-2141 » fut modernisée : face avant légèrement redessinée, moteur Renault F3R de 2,0 litres enfin installé sous le capot, et nouveau nom - « Sviatogor ». Malheureusement, les versions équipées du moteur Renault furent produites peu de temps : la crise financière de 1998 mit fin à leur carrière. À propos, la même année, Renault Russie racheta à AZLK un atelier de moteurs inachevé et y lança par la suite l’assemblage de la berline Renault Logan.
Légende des photos :
- Renaissance d’une légende : l’usine moscovite produit de nouveau des voitures, mais sur une plateforme chinoise.
- Les débuts : coopération avec Ford et production des premières GAZ-A et GAZ-AA à Moscou.
- KIM-10, la première voiture particulière de l’entreprise.
- « Moskvitch-400 » créée sur la base de l’Opel Kadett K38 par décision de Staline.
- « Moskvitch-402 » se distinguait par un design moderne pour son époque.
- « Moskvitch-412 » réputée pour sa fiabilité et sa simplicité de réparation.
- « Moskvitch-2141 » créée sur la base de la Simca 1308 — « Voiture de l’Année » en Europe.
Lu sur : https://auto.mail.ru/article/110013-ot-forda-do-kitajtsev-vehi-istorii-azlk-i-moskvicha/
Adaptation VG