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Nous ne pouvions pas garder pour nous l’expérience d’un trajet à bord d’un Favorit entièrement électrique, la Skoda Elmo. Quelle est son histoire et que peut-on vivre en remettant en service un véhicule électrique de plus de 30 ans ?
On parle de plus en plus d’électromobilité ces derniers temps. Mais saviez-vous que les premières tentatives de voiture entièrement électrique chez nous remontent déjà aux années 1990 ? Oui, vous avez bien lu. À la fin de l’année 1991 a débuté le développement d’un petit miracle électrique : la Skoda Favorit appelée Eltra/Elmo. Ces deux appellations différentes ont une explication simple. Comme une exportation à l’étranger était envisagée, le mot Eltra semblait un peu trop compliqué à prononcer, c’est pourquoi le nom Elmo était également utilisé. Et c’est précisément l’Elmo que nous avons ramenée cette année de Grande-Bretagne.
Il s’agissait d’un projet commun entre les usines Skoda de Mlada Boleslav et de Plzen. On a retiré de la Favorit le moteur thermique de 1,3 litre et, dans l’usine d’Ejpovice, on a installé à la place un moteur électrique à courant continu d’une puissance de 15,4 kW, le tout fonctionnant avec une boîte manuelle à 4 rapports. La cinquième vitesse n’était plus utilisable : en termes de performances, cela n’avait aucun sens car l’autonomie annoncée était de 80 km. La Skoda Eltra avait été commandée par la poste suisse, mais cette importante commande n’a finalement pas abouti. Selon la légende, environ un millier d’exemplaires auraient été commandés, mais le nombre de voitures réellement produites serait plutôt de 150.
Une partie a été vendue à l’étranger, une autre a servi à la poste en Tchéquie et, d’après les témoins de l’époque, dans quelques usines pour circuler sur les sites industriels. Je ne sais pas combien d’exemplaires ont survécu jusqu’à aujourd’hui, mais nous avons réussi cette année à acheter un modèle d’exportation, une Skoda Elmo, en provenance de Grande-Bretagne.
À l’automne 2021, David, de Norfolk, nous a contactés pour nous dire qu’il avait une Skoda intéressante à vendre. Après quelques échanges de mails et d’appels téléphoniques, nous sommes tombés d’accord pour l’acheter et l’exposer dans notre musée Svet Skodovek. Tout a donc été préparé et la voiture a entamé son voyage de retour vers son pays d’origine. Lors du contrôle douanier, un douanier nous a demandé d’enlever le bouchon du réservoir afin de vérifier que nous ne faisions pas passer quelque chose en contrebande. Avec un sourire malicieux, nous avons volontiers dévissé le bouchon… son regard plongeant dans un trou vide de l’aile nous amuse encore aujourd’hui.
Elmo est arrivée au musée avec des « batteries » en polystyrène et une notice fantastique expliquant comment brancher toute l’électricité (lire : un schéma de câblage des batteries dessiné à la main au feutre sur une feuille A4). Et comme nous sommes des « grands enfants », nous nous sommes aussitôt mis à la remettre en état de marche.
Nous avons remplacé les fausses batteries par de vraies batteries de voiture, pleinement chargées. Mais la première tentative de démarrage a échoué, il a donc fallu recommencer, et mieux faire. Nous avons essayé de changer un capteur. Il était fabriqué par l’entreprise Elis à Plzen. Nous avons cherché un contact et appelé pour savoir s’ils auraient encore, dans leurs archives, la documentation du projet afin que nous puissions fabriquer le capteur nous-mêmes. Quelle agréable surprise : même après toutes ces années, ils avaient encore des capteurs en stock ! Un petit ajustement, on serre, et démarrage. Après deux semaines de modifications et avec le nouveau capteur, nous tentons un nouveau départ avec l’Elmo. La voiture ronronne comme le cylindre magique du conte tchèque « Les Trois vétérans », crache de la fumée. Pour l’instant, nous n’avons pas osé faire plus que quelques tours sur le parking.
Quand on vit avec un passionné de voitures, on ne s’ennuie jamais. La semaine dernière, Pavel est donc arrivé en courant pour m’annoncer que l’Elmo était enfin prête pour une vraie sortie. Avec des batteries neuves et pleinement chargées, l’autonomie devait théoriquement garantir environ 80 km, mais en réalité, elle atteignait plutôt 50 km au maximum.
Nos batteries sont presque neuves, nous estimons donc pouvoir parcourir environ 20 km, en tenant compte de l’hiver et de tout le reste. Pour profiter pleinement de l’excursion, nous sortons un véhicule d’accompagnement : un corbillard Skoda Forman, qui est lui aussi une grande rareté, car seuls quelques exemplaires de ces corbillards modifiés ont été produits par l’entreprise M.L.S.
Nous partons pour ce trajet d’essai. L’Elmo ronronne joyeusement et a de très bonnes reprises. Pendant les trois premiers kilomètres, nous ne la ménageons vraiment pas et atteignons même presque 60 km/h. Il faut toutefois préciser que ce n’était pas une bonne stratégie pour la suite du parcours.
Aux alentours du 5ème kilomètre, la puissance chute brutalement. Nous préférons faire demi-tour et rentrer. À la première petite côte, quasiment sans dénivelé, nous commençons à avoir de sérieux doutes : allons-nous réussir à rentrer sans l’aide du corbillard et d’une corde ? Dans la deuxième montée, plus longue et plus régulière, nous supplions l’Elmo de ne pas abandonner et de parvenir au moins à franchir le carrefour, pour ne pas bloquer la circulation… et ça marche ! Ensuite vient une longue ligne droite, puis une descente, et enfin la troisième et la plus grande montée, où nous espérons un miracle. Eh bien oui : à force de volonté, et même en poussant avec les yeux, nous avons franchi la partie la plus difficile à nos yeux. Nous roulons certes plus lentement qu’un escargot, mais nous roulons. Avant le tournant menant au musée, il ne nous reste plus qu’un petit saut au-dessus du ruisseau - et la partie la plus drôle du trajet.
Pendant tout le parcours, je suis assise comme passagère dans le corbillard et j’essaie de filmer cette excursion comique. En approchant du pont, je vois que l’Elmo est à l’agonie, alors je fais ce qu’il faut pour une fin heureuse : je saute du véhicule et cours ces 30 mètres de parodie de côte pour pousser. L’Elmo ronronne encore, mais les batteries ne donnent presque plus rien. Pavel cherche la position de la pédale qui lui permettrait, par pure volonté, de sauter jusqu’au carrefour. Pavel me crie quelque chose, je lui crie que je n’entends pas ce qu’il crie, et notre ami Honza, conducteur du corbillard, crie aussi.
Sous les encouragements de tous les participants, le ruisseau est franchi et l’Elmo se laisse glisser lentement en descente jusqu’au tournant… Nous sommes arrivés !
Pleins d’adrénaline, avec des batteries vidées jusqu’à des valeurs presque négatives, mais dans un énorme éclat de rire (et un soulagement encore plus grand), l’Elmo est de retour dans le garage et aspire tranquillement de l’énergie pour se recharger.
Notre sortie, longue de 9,5 km et de 20 minutes, m’a semblé aussi éprouvante qu’une journée entière à la mer. Mais aller à la mer avec l’Elmo, franchement, je ne le ferais pas… quoique, il ne faut jamais dire jamais. Et je repense à des vacances en Italie avec une dynamo Lucas défectueuse et au fait de monter en douce un chargeur et deux batteries dans des chambres d’hôtel - mais ce sera pour une autre fois.
L’année prochaine, l’Elmo se reposera déjà dans le musée, aux côtés d’autres Skoda ramenées de Grande-Bretagne.
Lu sur : https://medium.seznam.cz/clanek/blanka-kuncarova-jizda-elektrickym-favoritem-skoda-elmo-320
Adaptation VG