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Des voitures de la même catégorie que les Jigouli et Moskvitch russes étaient produites en Pologne sous le nom de Polski-Fiat. En Tchécoslovaquie, on fabriquait des Skoda, en RDA des Wartburg, en Roumanie des Dacia, en Yougoslavie des Zastava. Même la Bulgarie produisait des voitures particulières. Certes, il ne s’agissait alors que de Moskvitch assemblées à partir de kits soviétiques. Les concurrents « de facto » des Zaporojets étaient les Trabant est-allemandes et les Polski-Fiat 126p polonaises.

En revanche, pendant des décennies, les principaux tout-terrains de la plupart des pays du Pacte de Varsovie restèrent les GAZ-69 et UAZ-469 soviétiques. Cependant, dans plusieurs pays du bloc socialiste, on tenta localement de créer des véhicules tout-terrains.

La Roumanie fut la première à lancer la production de véhicules équivalents : dès 1957, on y fabriqua des véhicules à transmission intégrale sous le nom IMS, puis ARO. La conception reposait sur le GAZ-69, mais les tout-terrains roumains se distinguaient sensiblement des soviétiques. Avec le temps, la marque ARO proposa même deux voitures différentes : le ARO 240 (homologue du UAZ-469) et les compacts ARO 10. Les véhicules des deux familles furent exportés (l’ARO 240 fut livré à la fin des années 1980 également en URSS) et étaient connus dans de nombreux pays.

L’histoire d’ARO est un vaste sujet à part entière. Or, dans les pays socialistes, on produisait aussi d’autres tout-terrains, bien moins connus, surtout en dehors de leurs pays d’origine.

Bien sûr, les pays disposant d’une industrie automobile souhaitaient avoir leur propre tout-terrain - d’abord pour l’armée et la police, et, si possible, pour d’autres usages. La Tchécoslovaquie possédait, avant même la Seconde Guerre mondiale, une industrie automobile développée et l’apparition d’une voiture légère à transmission intégrale y semblait donc logique. Mais cela ne se concrétisa pas…

Dès 1948, on lança la Skoda 1101 VO (VO signifie simplement « militaire ouverte »). Dotée d’un moteur de 32 ch et basée sur le châssis tubulaire de la berline Skoda 1101 Tudor, la voiture avait une carrosserie simplifiée à quatre portes avec toit en toile. Hélas, ce n’était qu’une propulsion - selon une architecture classique, comme la Skoda 1101 de base.

Par la suite, on entreprit bien le développement d’une version à transmission intégrale de la Skoda VO. Mais le projet se limita à quelques prototypes. L’usine devait augmenter la production de modèles standards, qui se vendaient bien à l’étranger et rapportaient des devises. On ne revint plus au thème du tout-terrain léger en Tchécoslovaquie ; les principales voitures de l’armée restèrent des UAZ.

En Allemagne de l’Est, proclamée RDA en 1949, le premier tout-terrain léger fut le Horch militaire, conçu avant-guerre pour la Wehrmacht. Le véhicule fut produit sous le nom modeste H1K, car l’appellation Horch n’était évidemment plus très heureuse en RDA (c’était la voiture favorite d’Hitler).

Le modèle Est-allemand était une version simplifiée du modèle Horch 901. Le V8 de 3,8 l développait 80 ch. Mais une production à grande échelle d’une conception aussi complexe et coûteuse était inacceptable pour la RDA, alors en grandes difficultés économiques. L’usine d’Eisenach, autrefois propriété de BMW, lança en 1952 l’EMW 325/3 (alias P1). Le véhicule était une variation d’une architecture standard de grande diffusion, également développée pour la Wehrmacht. Des voitures similaires, avec de légères différences, furent produites pendant la guerre sous les marques BMW, Hanomag et Stoewer.

En RDA, on fabriqua un peu plus de 160 exemplaires équipés d’un six-cylindres 2,0 litres de 55 ch. Ce tout-terrain était destiné à la police et à l’armée. Il ne fut pas vendu à des particuliers ni à des organismes civils.

En 1955 apparut le premier tout-terrain Est-allemand de conception originale. À Chemnitz, rebaptisée Karl-Marx-Stadt, débuta la production du Sachsenring P2, à la carrosserie anguleuse, conçue pour simplifier au maximum la fabrication et les réparations. Le véhicule recevait un six-cylindres en ligne essence de 2,4 l développant 65 ch. Avec une charge utile de 400 kg, il offrait une garde au sol de 300 mm. La transmission comprenait non seulement une gamme courte, mais aussi un différentiel central avec blocage.

Le Sachsenring P2 était fabriqué par une usine semi-secrète, désignée dans les documents comme « Objet 37 ». Elle fit d’ailleurs un temps partie de la SDAG Wismut (société germano-soviétique). Dans la presse, lorsqu’on mentionnait malgré tout le véhicule, on indiquait que le Sachsenring P2 était produit par la VEB Kooperationszentrale Automobilbau Karl-Marx-Stadt. L’abréviation VEB signifiait « entreprise du peuple ». À noter que l’armée et la police de la RDA portaient officiellement les noms de Volksarmee et Volkspolizei.

Jusqu’en 1958, environ 1,800 exemplaires du Sachsenring P2 furent assemblés. La version P3 se distinguait par une carrosserie modernisée, tout en conservant un style strictement policier et militaire. La garde au sol passa à 330 mm et la charge utile à 700 kg. La puissance du six-cylindres 2,4 l fut portée à 75 ch.

Les Sachsenring furent livrés à l’armée, à la police et aux pompiers ; un petit nombre furent utilisés par des forestiers. Selon des spécialistes de l’histoire de la RDA, certains véhicules, déjà usés, passèrent même à la propriété privée - probablement sur autorisations spéciales, à l’image des UAZ réformés en URSS.

En 1963, la production du Sachsenring P3 fut transférée à Ludwigsfelde, dans l’usine fabricant les camions IFA, bien connus aussi en URSS. Dans la presse, le tout-terrain prit alors le nom IFA P3. La production se poursuivit jusqu’en 1968 ; en une décennie, seulement environ 3,800 véhicules furent assemblés. Et les principaux tout-terrains légers de l’armée est-allemande restèrent les GAZ-69 et UAZ-469.

Si, en Roumanie et en RDA, la création de tout-terrains était avant tout motivée par les besoins de la police et de l’armée, en Pologne la situation fut inverse. En 1972, à Poznan, la Fabryka Samochodow Rolniczych (FSR - Fabrique de Véhicules Agricoles) lança la production en petite série d’un véhicule baptisé Tarpan. Le tarpan est une race de chevaux sauvages, robustes et endurants, autrefois présente en Pologne et en Biélorussie.

La voiture était destinée aux agriculteurs et conçue pour être la plus simple possible. Sur le châssis reposait une carrosserie composée de panneaux plats, fabriqués sans recours à des emboutissages complexes. On produisait des pick-up à cabine simple ou double. Le véhicule n’avait qu’une propulsion arrière et était équipé d’un moteur de 2,12 l développant 70 ch - le même que sur les berlines Warszawa et les fourgons Zuk et Nysa, bien connus en URSS. Ce moteur dérivait du bloc du GAZ-20 de la Pobeda, modernisé avec des soupapes en tête. La version à transmission intégrale du véhicule agricole, le Tarpan F233, apparut en 1978. Il reçut aussi un moteur plus puissant de Polski-Fiat 125p : 1,5 l pour 75 ch. Il n’y avait pas de gamme courte dans la transmission.

Les Tarpan furent produits en quantités modestes. Le pic annuel fut atteint en 1981 avec environ 6,500 véhicules assemblés. En 1982 apparut le modèle 237D avec un diesel de tracteur de 42 ch. Parallèlement, la gamme s’enrichit d’une version plateau et d’une version à empattement allongé.

Les livraisons du Tarpan à l’armée polonaise ne commencèrent qu’au milieu des années 1980. Il s’agissait déjà des véhicules profondément modernisés de la famille Tarpan Honker, apparue en 1984. Ces modèles, produits à Lublin, recevaient un moteur essence 1,5 l de 80 ch, ainsi que des diesels. Le diesel polonais Andoria de 2,4 l développait 100 ch. Sur une partie des véhicules, on montait le diesel franco-italien Sofim de 2,5 l et 75 ch. Le Tarpan Honker reçut une boîte manuelle à cinq rapports, une boîte de transfert avec gamme courte et un blocage de différentiel. La production du Tarpan Honker cessa en 2007, mais fut relancée en 2009 et poursuivie de façon épisodique jusqu’en 2016.

La seule marque de tout-terrains socialistes ayant survécu jusqu’à nos jours est le russe UAZ. Qu’on juge ces véhicules bons ou mauvais, on peut en débattre. Mais l’histoire en a décidé ainsi…

Légende des photos :

  • Skoda VO  véhicule à simple propulsion pour l’armée et la police.
  • La version à transmission intégrale de la Skoda n’a existé qu’à l’état de prototypes.
  • EMW 325/3 Est-allemand, 1952.
  • Le Sachsenring P2 était livré principalement à l’armée et à la police de la RDA.
  • Le Sachsenring P2 en version pompiers.
  • Tout-terrain allemand de deuxième génération - Sachsenring P3.
  • La gamme de véhicules agricoles Tarpan.
  • Tarpan Honker militaire avec module sanitaire.
  • Un des derniers Tarpan 237K.
  • Tarpan Honker militaire à transmission intégrale.
  • Camion Tarpan 239D.

Lu sur : https://www.zr.ru/content/articles/969371-vnedorozhniki-vostochnoy-evropy/
Adaptation VG

Tag(s) : #Histoire, #Skoda, #1101 VO, #EMW, #Sachsenring, #P2, #P3, #Tarpan, #Honker, #Militaire