Overblog Tous les blogs Top blogs Automobiles & Véhicules
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Sûr, confortable, fiable : ce sont des qualificatifs rebattus que les constructeurs automobiles utilisent depuis toujours pour leurs produits. Parfois, le texte publicitaire s’éloigne tellement de la réalité que même le propriétaire de la voiture ne la reconnaîtrait pas dans cette description. C’est exactement dans cet esprit qu’a été rédigée cette brochure de Trabant, publiée en version tchèque par la Sachsenring de Zwickau en 1981.

Alors que, dans la partie occidentale du pays, les Allemands disposaient au début des années 1980 de la moderne Volkswagen Golf, l’équivalent en Allemagne de l’Est était la Trabant en duroplast, fabriqué avec de légères modifications depuis plus de vingt ans et dotée d’un moteur deux-temps,.

Même selon les standards du bloc socialiste, il s’agissait d’une voiture moralement dépassée ; en régime de liberté, peu de gens en auraient rêvé. Elle était lente, bruyante et - en raison de son châssis simple à ressorts à lames - pas vraiment confortable. Mais c’était aussi la manière la façon la moins chère d’accéder à une voiture neuve. Mais ceux qui en possédaient une, louaient la Trabant : grâce à sa conception simple, elle était relativement fiable comparée à d’autres voitures.

Quand quelque chose tombait en panne, la plupart des problèmes pouvaient être réglés directement sur le bord de la route. À l’exception peut-être d’un cas : lorsque, après quelques années, la paroi interne du silencieux d’échappement - servant également au chauffage de l’habitacle - se mettait à rouiller, des gaz d’essence mêlés à l’huile moteur M2T s’échappaient librement vers les passagers.

Bref, rien de ce qui pouvait se rapprocher d’une idée de voiture de luxe n’était disponible dans les magasins Mototechna. Pourtant, en feuilletant ce catalogue promotionnel vieux de plus de quarante ans, on a l’impression que la Trabant faisait partie des chefs-d’œuvre de son époque.

« La conception de base de la voiture particulière Trabant est déterminée par le plus haut niveau scientifique et technique des technologies de production, ainsi que par la robustesse et la fiabilité d’une petite automobile en toute situation », peut-on lire dès l’introduction de la brochure couleur de douze pages. Le texte fait ensuite référence de manière obscure au « haut niveau technique des instruments de régulation », pour aussitôt rassurer le client potentiel : inutile de chercher ailleurs, car « par des analyses approfondies et des comparaisons sans compromis avec des automobiles similaires, nous démontrons que les centres de production modernes ne sont pas pour nous une question de réflexion, mais une réalité indispensable ». Quiconque comprenait cela méritait sans doute une Trabant.

L’auteur du texte n’hésite pas non plus à en rajouter : « La technique la plus moderne reste pour nous un engagement permanent. Cela signifie que la production de la Trabant est de plus en plus caractérisée par l’utilisation de la micro-électronique, de l’automatisation, de l’informatique et de nouveaux systèmes de commande ». Ce serait une information précieuse pour les chercheurs étudiant l’héritage historique de l’une des grandes entreprises nationales de la RDA, si ce message ne contredisait pas les images d’archives de l’époque. Celles-ci montrent, dans la même usine, l’aspect absurde du contrôle final du véhicule avant que son premier propriétaire enthousiaste ne prenne place à bord.

Une phrase encore plus mystérieuse apparaît au début de la page huit, décrivant les caractéristiques de la version luxueuse S de luxe : « Si vous examinez attentivement toutes les versions de Trabant, vous constaterez que tous les modèles se distinguent par leur sécurité et leur fiabilité », assure le constructeur, comme si l’évaluation de ces qualités dépendait d’un simple examen visuel. La description suivante ne peut que déconcerter : « Mais vous comprendrez au plus tard ici que la version S de luxe est un produit de pointe dans sa catégorie. Il ne s’agit plus ici d’utilité et de robustesse : vous trouverez le confort ».

Et qu’entendait-on par « confort » à Zwickau dans les années 1980 ? « Toute une série de particularités de série de cette version est aussi évidente que le fait que toutes les Trabant soient équipées de la traction avant, d’une commande à distance du robinet de fermeture de l’alimentation en carburant et d’un système de freinage à double circuit ».

Pour ceux à qui la commande à distance du robinet n’est pas familière, petite explication : le mélange d’essence et d’huile s’écoulait vers le moteur par gravité, car le réservoir était placé directement au-dessus du moteur, sous le capot avant. L’alimentation en carburant pouvait toutefois être coupée à l’aide d’un robinet distinct situé sous le tableau de bord. Le conducteur pouvait donc tout contrôler depuis son siège ; c’est de là que vient l’expression « commande à distance ».

À ce propos, il convient de mentionner que même ce « produit phare dans sa catégorie » ne disposait pas d’une jauge de carburant sur le tableau de bord. Pour savoir combien d’essence il restait, le conducteur devait utiliser une jauge spéciale après avoir dévissé le bouchon du réservoir. Cet équipement pourtant élémentaire n’est apparu sur la Trabant qu’en 1982.

Et qu’attendait encore celui qui payait un supplément pour la version S de luxe ? Par exemple des « sièges en similicuir plastique allégé » - une matière à laquelle tout passager finit tôt ou tard par coller en été. Mais aussi un « avertisseur sonore bi-ton puissant », un feu antibrouillard arrière et un feu de recul, un totalisateur journalier ou encore un « dispositif automatique d’essuyage et de lavage ». Pour ceux qui hésiteraient sur ce que cela signifie : il s’agissait simplement du déclenchement automatique des essuie-glaces lorsque le conducteur utilisait le lave-glace du pare-brise.

« Vous arriverez à la conclusion que vous ne trouverez dans nos véhicules pas seulement le strict nécessaire », assure finalement le constructeur, comme s’il doutait lui-même de ce qu’il venait d’écrire.

Il reste à préciser qu’en 1981, le Trabant 601 en version berline (officiellement « Limousine ») se vendait en RDA pour 7,850 marks, soit environ 23,550 couronnes tchèques. En Tchécoslovaquie,elle coûtait 36,500 couronnes, mais l’acheteur pouvait repartir immédiatement avec la voiture. Les Allemands de l’Est n’avaient pas cette chance : chez eux, l’attente sur la liste pour un Trabant durait dix ans !

Lu sur : https://zpravy.aktualne.cz/ekonomika/auto/mysleli-to-soudruzi-z-ndr-vazne-nad-katalogem-trabantu-z-80/r~795b5e9af5f011efa065ac1f6b220ee8/
Adaptation VG

Tag(s) : #Trabant, #Catalogue