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Qui a inventé la Coccinelle, l’une des voitures les plus vendues de l’histoire ? Les Tchécoslovaques ou les Allemands ? Même Hitler a brouillé les cartes. Après la guerre, la « voiture du peuple » était sous les projecteurs, tandis que son (probable véritable) concepteur était en prison pour collaboration avec les nazis - collaboration qu’il n’avait pas pu refuser, car il risquait le camp de concentration.

Ledwinka contre Porsche. Au début des années 1930, Hans Ledwinka était le chef du bureau d’études de l’usine Tatra de Koprivnice. Il était chargé de développer des voitures modernes dotées d’un châssis à poutre centrale, d’une forme aérodynamique et d’un moteur placé à l’arrière. Les prototypes Tatra V570 et plus tard le modèle T97 étaient incroyablement en avance sur leur temps : légers, économiques et adaptés à une production de masse. Les voitures de Hans Ledwinka attirèrent même l’attention de Ferdinand Porsche, qui avait reçu d’Adolf Hitler la mission de créer une « voiture du peuple » pour le peuple allemand. C’est à ce moment que commence un chapitre controversé de l’histoire de l’automobile.

La Volkswagen Käfer, connue sous le nom de « Coccinelle », partageait bien plus que la philosophie des Tatra. Elle avait un moteur à l’arrière, un refroidissement par air, d’un châssis poutre et des lignes arrondies et aérodynamiques. Si l’on place côte à côte une Tatra V570 et les premiers prototypes de Volkswagen, la ressemblance saute aux yeux. Porsche lui-même ne l’a d’ailleurs jamais vraiment nié. Plus tard, il a même admis ouvertement : « Nous suivions de très près les voitures de Ledwinka ».

Lorsque Tatra porta plainte contre Volkswagen en 1938, elle avait de solides arguments. Ses brevets concernaient non seulement le châssis, mais aussi la conception du moteur refroidi par air et même la disposition du moteur arrière avec propulsion arrière. Toutes ces solutions se retrouvaient presque à l’identique dans la Coccinelle.

Mais la situation en Europe changeait rapidement. Après les accords de Munich à l’automne 1938, la Tchécoslovaquie perdit ses régions frontalières, et dès mars 1939, l’armée allemande occupa le reste du pays. À ce moment-là, Adolf Hitler, très intéressé par le succès de la « voiture du peuple » qu’il promouvait comme symbole du progrès allemand, décida personnellement du sort du procès. Quand il apprit que Volkswagen faisait face à des problèmes juridiques, il trancha sans compromis : la plainte de Tatra devait être retirée.

Le constructeur tchécoslovaque fut donc contraint d’abandonner sa défense, et ses ingénieurs perdirent toute possibilité de protéger leur propriété intellectuelle. Hans Ledwinka, à la tête du développement, se retrouva sous la pression des autorités nazies. Pendant la guerre, il dut travailler pour l’industrie d’armement allemande, mais contre son gré : il n’avait pas le choix. Dans le système nazi, refuser était pratiquement impossible ; il risquait la prison, voire pire. Bien qu’il fût un ingénieur d’exception, il devint une victime de son époque, son talent étant exploité à des fins militaires. Après 1945, les autorités tchécoslovaques l’accusèrent de collaboration. Au lieu de recevoir une reconnaissance pour son travail pionnier, il fut condamné à cinq ans de prison.

L’ironie du sort voulut qu’au moment où Volkswagen se développait et devenait un symbole du redressement économique d’après-guerre, Tatra luttait pour survivre, et son ingénieur en chef était derrière les barreaux.

Après la Seconde Guerre mondiale, Tatra a rouvert le différend, qui dura de longues années. Finalement, en 1961, Volkswagen reconnut sa dette et versa un dédommagement extrajudiciaire d’environ trois millions de marks allemands. Ce n’était ni un triomphe ni un aveu de culpabilité, mais au moins une petite preuve que les ingénieurs tchécoslovaques avaient raison.

Ledwinka, après sa sortie de prison, ne retourna jamais chez Tatra. Il s’installa en Autriche, où il vécut jusqu’à sa mort en 1967. Ce n’est que longtemps après sa mort que le monde de l’automobile commença à lui accorder la reconnaissance qu’il méritait – comme l’un des ingénieurs automobiles les plus importants de la première moitié du XXᵉ siècle.

Aujourd’hui, il est clair que sans Tatra, la légendaire Volkswagen Coccinelle aurait eu un tout autre aspect – si tant est qu’elle aurait vu le jour. Ce n’était pas un plagiat total, mais la frontière entre inspiration et copie était ténue. Même si l’histoire a surtout retenu le nom de Porsche, dans l’ombre restera à jamais Hans Ledwinka et ses Tatra, qui étaient en avance sur leur temps.

Remarque : l’image de couverture est générée par ordinateur. Ce n’est pas une photo historique authentique, mais une illustration destinée à montrer aux lecteurs la ressemblance entre les KdF-Wagen et Tatra V570.

Lu sur : https://www.topspeed.sk/reportaze/kto-vymyslel-chrobaka-tatra-alebo-porsche-spor-zastavil-hitler/27136
Adaptation VG

Tag(s) : #Histoire, #Tatra, #V570, #Personnalités