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Après la révolution de velours, la liberté de pensée, longtemps réprimée, était omniprésente. Les gens, qui n'étaient pas habitués à rester assis chez eux ou à percevoir un salaire nivelé pour simuler un travail inutile, débordaient d'idées entrepreneuriales et se lançaient avec un élan naïf dans des projets voués d'avance à l'échec. Ce fut le cas des tentatives tchèques et slovaques de construction d'une voiture de sport.

Quand on parle de supercar tchécoslovaque des années 1990, on pense la plupart du temps à la légendaire MTX Tatra V8, produite en trois exemplaires. Les plus avertis se souviendront également de la Dioss Rebel Nova, une voiture bizarre associée au lancement de la chaîne de télévision du même nom, et peut-être même du roadster tchéco-américain Innotech Mystero. 

Mais qu'en est-il de l'Abbaretti ? J'avoue que pendant longtemps, je ne savais pas où classer ce nom à consonance italienne. Étonnamment, il vient de Bratislava, capitale de la Slovaquie nouvellement indépendante.

Au début des années 1990, la manière typique de d’obtenir du « fric » pour se lancer dans une folie était de s'associer à des entrepreneurs douteux venus d'Allemagne ou d'Autriche qui sentaient qu'il y avait à l’Est une opportunité à « démarrer » quelque chose. Ivan Jonak pourrait en parler. Enfin, en fait, il ne peut plus...

Qu'importe. Les entrepreneurs allemands Gerald Kraus et Günther Reino ont en tout cas fait la connaissance vers 1991, de Frantisek Spacil, un ingénieur passionné, et ont fondé à Bratislava une société au nom ronflant, Auto Abbaretti spol. s r.o., qui devait évoquer le nom d'une des entreprises italiennes spécialisées dans les voitures de rêve. 

Leur projet était de fabriquer en Slovaquie, à moindre coût, des répliques de voitures de sport célèbres, puis de les revendre à bon prix en Occident. Les Allemands ont fourni le capital, tandis que l'ingénieur Frantisek Spacil s'est occupé de la technique.

L'idée n'était pas si mauvaise, car la construction de répliques de différentes supercars ou de kit-cars était très en vogue en particulier dans les années 1980 et 1990. 

Pour les créations plus ou moins réussies sur le thème de la Ferrari F40 ou de la Testarossa, on utilisait volontiers comme base des voitures à moteur central nettement moins chères, telles que la Pontiac Fiero ou la Toyota MR2 de deuxième génération. Mais les gars du bord du Danube étaient plus ambitieux et, au lieu de transformer une voiture fonctionnelle et éprouvée, ils ont décidé de la construire eux-mêmes à partir de zéro.

Le modèle de la seule tentative réalisée pour créer une supercar n'était autre que l'emblématique « voiture de poster » Lamborghini Countach. Mais ce projet de garage n'avait pas grand-chose en commun avec la « Lambo ». Il s'agissait plutôt d'un assemblage de composants automobiles disponibles dans le bloc de l'Est, emballés dans une carrosserie en fibre de verre pas très réussie à la Marcello Gandini.

La carrosserie en fibre de verre typiquement cunéiforme, rappelant le célèbre modèle italien, a été réalisée par l'entreprise Drutechna à Bratislava. Elle a ensuite été fixée chez Abbaretti sur un châssis cage soudé à partir de profilés métalliques rectangulaire.

Pour la motorisation, le choix s'est porté, comme il se doit, sur le moteur le plus puissant disponible dans le bloc de l'Est, à savoir le huit cylindres Tatra de 3,5 litres refroidi par air utilisé dans les limousines Tatra T-613. À titre de comparaison, la Lamborghini Countach d'origine était équipée d'un moteur douze cylindres de cinq litres développant 355 chevaux, tandis que la Tatra développait généralement 180 chevaux. 

Les créateurs ont fait preuve de la même originalité pour les autres composants importants. Ils ont simplement suivi la voie traditionnelle du « système D ». L'essieu avant provient donc d'une GAZ-Volga 3102 du début des années 1980, la direction d'une Skoda Favorit un peu plus récente et les feux arrière d'une antique Skoda 100. 

Si, malgré ses proportions et ses dimensions étranges, l'extérieur de la voiture semble encore un peu crédible (à l'exception de ses pots d'échappement ridicules), l'intérieur révèle sa véritable identité dans toute sa nudité.

Les sièges en cuir noir et blanc provenant d'une voiture de sport bon marché de l'époque pourraient encore être acceptables, mais les instruments de la Tatra T-613, intégrés dans un semblant de tableau de bord assemblé à la main, sont beaucoup trop rudimentaires, même pour les années 1990. Le tableau est complété par des morceaux omniprésents d'un tissu de mauvaise qualité associés à d'étranges morceaux de plastique suspendus dans l'espace.

À Bratislava, on a finalement assemblé une seule réplique plus ou moins fonctionnelle de Lamborghini Countach de couleur noire, ce qui a même été remarqué à l'époque par le célèbre magazine automobile Auto Tip. 

Outre la supercar italienne, ils auraient également travaillé à Bratislava sur des répliques de Mercedes Gullwing. Quoi qu'il en soit, peu après sa fabrication, la voiture a été achetée par l'intermédiaire de ses connaissances allemandes par le propriétaire d'un night-club de Francfort, qui l'utilisait comme attraction excentrique (et non fonctionnelle) pour son club.

L’entreprise germano-slovaque enthousiaste a fait faillite aussi vite qu'elle avait démarré, et un collectionneur luxembourgeois de répliques de voitures célèbres a eu vent de la voiture, qui était en train de passer du noir au jaune (« la couleur Lamborghini »). C'est dans son garage que l’Abbaretti a passé environ vingt ans, avant d'être découverte et ramenée en République tchèque par son propriétaire actuel, Pavel Prochazka.

Il y a deux ans, ce pilote automobile originaire de Podebrady ne cachait pas son ambition de remettre la voiture en état de marche le plus rapidement possible, mais son enthousiasme initial s'est quelque peu émoussé et l'Abbaretti, à moitié terminée, continue de dormir dans son atelier. Si la partie mécanique est pratiquement terminée, y compris les réparations de la carrosserie, il est clair que les autres pièces poseront plus de problèmes. 

« À première vue, la voiture était en assez bon état, mais il manque un certain nombre de pièces spécifiques, ou alors elles sont inutilisables. Nous allons devoir refaire un intérieur entièrement neuf. Nous avons dû faire fabriquer, par exemple, des jantes en aluminium dans le design d'origine, et nous avons également dû nous occuper de choses telles que les échappements ou les clignotants avant », explique Pavel Prochazka.

Quelle que soit l'issue de cette parodie des années 1990, il est certain qu'elle ne roulera probablement jamais sur route ouverte, car il est difficile d'imaginer que quelqu'un réussisse à homologuer un tel véhicule. Mais le spectacle serait sans aucun doute intéressant.

Légende des photos :

  • Le lecteur attentif remarquera les feux arrière de Skoda 100 et le moteur de la Tatra 613.
  • Une Lambo venue du Danube.
  • Le célèbre magazine Auto Tip a même consacré un article au projet de Bratislava.

Nota : pour ceux qui n'auraient pas compris dans le titre et repris d'un en-tête de paragraphe de l'article original. Made in « socblok », fabriqué dans le Bloc Socialiste.

Lu sur : https://www.info.cz/po-praci-lifestyle/slovenske-lamborghini-motor-tatra-jekly
Adaptation VG

Made in « socblok » : cette réplique de Lamborghini Countach avait un moteur Tatra.
Tag(s) : #Histoire, #Abbaretti, #Réplique, #Slovaquie