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Ta Mère, elle roule en Yugo !

Cela fait déjà 30 ans, mais beaucoup d’Américains se souviennent encore de ces blagues. « Qu’est-ce qui accompagne chaque manuel d’utilisation de Yugo ? Les horaires des bus ». Ou encore cette insulte : « Ta Mère, elle roule en Yugo ! ».

Pourtant, peu d’entre nous ont réellement vu cette Yugo, icône de la voiture accessible à $3,990, cette merveille automobile communiste lancée au cœur de l’Amérique de Ronald Reagan. Peu se souviennent aussi la « Yugo-mania » qui a précédé la chute mémorable de cette voiture. « Retenez cette date ! » a écrit Mark Knepper dans Motor Trend le 16 août 1985. « C’est la date à laquelle les consommateurs, autrement rationnels, se sont rués avec frénésie chez les concessionnaires du Nord-Est à la première lueur du jour, en agitant des poignées d’argent ou leur nouveau-né, dans une fureur qui aura même intimidé des vendeurs, vétérans du Vietnam ».

La Yugo GV, cette voiture en forme de boîte de soupe, prédécesseur de la voiture intelligente, fabriquée à Kragujevac en Yougoslavie, n’avait ni radio, ni climatisation, ni airbag, ni boîte à gants... Une voiture sans fioriture. Mais c’est ce qu’elle proposait qui a fait le buzz. A coup de publicités mêlant les emblématiques Volkswagen Coccinelle et Ford T, Yugo a lancé sa voiture sous-compacte comme étant de « la dernière vague de moyen de transport fiable et bon marché » et promis « un retour à la sérénité » aux acheteurs américains. Pourtant, au volant de cette voiture modeste, tiraillée entre les forces de la société de consommation capitaliste et son fabricant communiste, la sérénité était probablement la dernière chose à laquelle ils allaient penser.

Mais pour commencer, replaçons cette petite voiture dans son contexte. Au début des années 80, dans le bloc de l’Est, l'automobile n'était pas conçue avec le client en tête. Comme Jason Vuic le raconte dans son livre « The Yugo : The Rise and Fall of the Worst Car in History », vous ne pouviez choisir ni la couler, ni l'intérieur, vous n’aviez aucune garantie, et généralement vous aviez à payer d’abord et attendre six mois la livraison de votre voiture mystère. Après les crises pétrolières de 1973 et 1979, acheter une voiture en Amérique n’était pas non plus un plaisir et de nombreux acheteurs optaient pour ces « econo-boxes » importées du Japon et consommant peu. En 1984, cela était déjà en train de changer, et des berlines plus haut de gamme comme la Honda Accord ont repris la main sur le marché et les voitures compactes à faible prix sont rapidement devenues des reliques.

1984 fut également une grande année pour la Yougoslavie. Le pays communiste, qui avait pris en 1948 ses distances face à l’Union Soviétique, avait non seulement organisé cette année-là les Jeux Olympiques d’Hiver, mais avait également envoyé ses athlètes aux Jeux Olympiques d’Été de Los Angeles alors que de nombreux pays communistes avaient suivi l’exemple de l’URSS et les avaient boycottés. Au même moment les responsables américains, comme l’ancien Secrétaire d’Etat Henry Kissinger, cherchaient à renforcer les relations avec la Yougoslavie et, pour contrebalancer l’accord commercial conclu avec la société américaine Occidental Petroleum, ils avaient besoin de trouver quelque chose fabriqué en Yougoslavie à importer aux USA.

C’est Malcolm Bricklin qu’ils ont trouvé ! Cet entrepreneur tapageur avait vendu dans les années 60 des jukeboxes italiens et rapporté aux USA la Subaru 360 japonaise – jugée « inacceptablement dangereuse » par Consumer Reports. « J’ai demandé à mes gens de trouver la voiture la moins chère au monde » a raconté Bricklin à Car and Driver sur les origines de la Yugo. « Ils ont trouvé Zastava, en Yougoslavie, une usine de 50 ans construisant une voiture de 30 ans. Nous avons pris ce tas de merde et en 14 mois nous avons mis en place un réseau de 400 revendeurs aux USA et apporté 528 modifications à la voiture ».

Ciblée comme pouvant être un premier achat ou une voiture de plus dans le foyer, la Yugo remaniée est la voiture européenne importée dont les ventes ont connu la plus forte croissance jamais enregistrée. Elle rapportait à Bricklin plus de 2 millions de dollars par mois. Chrysler a envisagé de lui racheter sa société. Et dire qu’elle était au bord de la faillite quand la Yugo est arrivée ! Un soutien de près de 20 millions de dollars de publicité gratuite est même venu des médias obsédés par la Yugo.

Pourtant, la plupart des critiques automobiles n’avaient pas été impressionnés. Le style humble de la Yugo était décrit diversement allant de « cubique », à « piètre », « moche » ou « banal ». « Je pense que rien n’est plus l’antithèse du sex-appeal que la Yugo » a ainsi pu écrire un journaliste. Et les performances de la voiture étaient encore pires que son apparence. Etait-elle vraiment si mauvaise ? « Oui... sur pratiquement tout les paramètres » assure Jason Vuic. « Elle était de mauvaise qualité, mal construite, un peu dangereuse en cas d’accident, sujette aux pannes et polluante ». Après que Consumer Reports a conseillé à ses lecteurs d’opter pour une bonne voiture d’occasion plutôt que de tenter leur chance avec une Yugo flambant neuve, il n’a pas fallu longtemps pour que les blagues fusent. Jay Leno a ainsi plaisanté : « Chez Yugo, ils ont introduit un dispositif antivol très astucieux. Ils ont agrandi le logo ! ».

Mais il a fallu plus que des mauvaises critiques ou des humoristes pour faire tomber la Yugo. Quand les ventes ont décollé, Bricklin n’a jamais réussi à faire résoudre les problèmes qualité par l’entreprise gérée par des communistes ou leur demander de construire un nouveau modèle. Bricklin a attribué ces difficultés, comme il l’a déclaré à Car and Driver, à la « mentalité communiste » de ses partenaires yougoslaves qu’il résume en substance par un « quand la demande est plus forte que l’offre vous pouvez vendre de la merde ».

Dans les années 1990, la guerre a éclaté dans les Balkans. Slobodan Milosevic a accédé au pouvoir et les missiles de l’OTAN ont finalement frappé l’usine Zastava qui fabriquait également du matériel militaire. Les Yugos ont disparu des rues d’Amérique mais elles ont continué à être produite en Serbie jusqu’en 2008 et la célèbre voiture importée a été désignée « Pire voiture du millénaire » par les auditeurs de Car Talk sur la station de radio NPR.

C’est la vie... « Yugo... until you don’t ».

Lu sur : http://www.ozy.com/flashback/did-yo-mama-drive-a-yugo/61894
Adaptation VG

Tag(s) : #Histoire, #Yugo, #USA