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EMW 340 : l’Ange du Socialisme.

L’EMW 340 est la dernière BMW de Thuringe. C’est une voiture de l’Est au sens géopolitique du terme. Za Roulem l’a rencontrée.

Avec sa carrosserie solide, voire monumentale, il s'agit d'une voiture où l'on dispose de confortables banquettes rembourrées et de toutes les commodités que l’on n’osait pas imaginer dans une voiture des années 40. Moteur 2 litres puissant, boîte de vitesse à quatre rapports synchronisés, direction à crémaillère, freins hydrauliques, système central de lubrification du châssis, elle a tout de la voiture de luxe allemande avec un emblème familier sur la calandre. Mais en 1951, le logo bleu passe au rouge... car le pays dans lequel on la fabrique s’appelle désormais la RDA.

L’administration militaire soviétique en Allemagne (SMAD) reprend la production de l’usine BMW d’Eisenach. Avant la guerre, l’usine BMW de Munich ne produisait pas de voitures. Elle y fabriquait des motos et sa principale production, les moteurs d’avions. L’usine bavaroise était en ruines mais pas l’usine de Thuringe. On a ramené de Berlin des équipements de la société Ambi-Budd, le principal fournisseur de pièces de carrosserie pour BMW et en 1946, on commence à produire en série le modèle 320 d’avant-guerre. L’usine est intégré à la société « Avtovelo », une société par action germano-soviétique qui était contrôlé par le SMAD.

Les ouvriers, les ingénieurs et les concepteurs, y compris le talentueux dessinateur Hans Fleischer, qui avait commencé sa carrière comme mécanicien à Eisenach dès 1935, retrouvent leur usine. Plus tard, il créera toutes les voitures de marque Wartburg mais c’est une autre histoire. L’Allemagne avait été séparée en deux zones d’occupation distinctes et l’on ne savait pas encore qu’elle serait séparée en deux états indépendants. Nombre des BMW produites en Thuringe étaient envoyées en URSS au titre des réparations. Elles ne différaient pas des voitures importées dans le pays comme trésors de guerre...

En 1951, se tient à Francfort le premier grand salon de l’automobile allemand de l’après-guerre. Parmi les nombreuses nouveautés, fièrement montrées par l’industrie renaissante, est présentée la BMW 501 à la forme arrondie et aux ailes massives. L’usine de Munich n’a repris son activité qu’en 1947 car elle n’avait pas reçu après la guerre l’autorisation des autorités américaines. Elle commence par les motos et la reprise de la production automobile mettra plus de quatre ans a être lancée. Impressionnante, la BMW 501 est surnommée « l’Ange Baroque ». Une voiture très similaire avait fait son apparition deux ans plus tôt en Thuringe... mais n’était pas encore produite en série.

Bien sûr, à Munich et à Eisenach, on utilise les techniques d’avant-guerre. Hans Fleischer et ses collègues mettent au point trois prototypes (deux BMW 342 et une BMW 343) avec des carrosseries largement modifiées qui ressemblent à la BMW 501 des bavarois. En 1949, la production de la BMW 340 est lancée à Eisenach. Par analogie avec la BMW occidentale, on pourrait l’appeler « l’Ange du Socialisme », mais dans l’idéologie communiste les anges sont suspects...

En octobre 1949, la zone d’occupation soviétique devient la République Démocratique Allemande. La BMW 340 devient la première voiture de ce nouvel Etat (elle ne copie pas entièrement le modèle d’avant-guerre). On parlerait aujourd’hui de restylage de la BMW 326. Mais les changements sont toutefois plus importants qu’il n’y parait. Si le moteur et la boîte de vitesse restent les mêmes, les ailes, les portières avant, la partie arrière et le capot sont totalement nouveaux. Les ailes avant intègrent de grands phares et la calandre traditionnelle au double haricot BMW est abandonnée au profit d’une calandre à lamelles horizontales, très en vogue à l’époque.

A conduire, la voiture n’est pas très différente de la voiture d’avant-guerre. Son moteur 55 chevaux à double carburateur en fait une voiture décemment rapide. Les freins hydrauliques avec rattrapage automatique du jeu entre les garnitures et les tambours sont adaptés aux performances de la voiture. Les qualités de conduite sont tout à fait dans l’air du temps. La dureté et le flou de la direction seront encore considérés comme dans la norme pour une dizaine d’années encore. La suspension plutôt confortable absorbe soigneusement la majorité des irrégularités.

Mais il aurait mieux valu ne pas faire migrer le levier de vitesse du plancher au volant pour suivre cette mode en vogue dans les années 40. Il n’est pas aussi précis que la BMW 320. L’habitacle est spacieux. C’est déjà pas mal à la place conducteur. A l’arrière c’est royal. Sur la banquette, les dirigeants de la RDA devaient sans doute imaginer la construction de la nouvelle Allemagne dans le plus grand confort.

Pour les citoyens ordinaires de la RDA, une telle voiture n’était bien sûr pas disponible. Et même en URSS, où la 340 était exportée, tout le monde ne pouvait pas l’acheter. D’après ceux qui ont pu la conduire, la voiture allemande avait des caractéristiques au moins comparables à la Pobeda. Cette BMW Est-allemande est l’une des rares voitures étrangères que les citoyens de l’URSS ont eu le droit d’acheter.

En 1951, la couleur du logo et le nom de la voiture change. Car les bavarois commencent aussi à exporter leurs voitures (les BMW produites à Eisenach étaient vendues principalement en Scandinavie). La situation est un vrai paradoxe : deux usines de deux pays différents et dont les relations sont loin d’être amicales proposent des voitures sous la même marque ! Munich obtient en justice le droit de conserver son nom et son logo. C’est pour cela que celui des voitures produites à l’Est devient rouge et que leur nom devient EMW.

La comparaison des logos bleus et rouges et des différences entre les BMW d’avant et d’après-guerre était l’un des passe-temps favoris des moscovites amateurs de voitures il y a quarante ou cinquante ans. Même au début des années 70, les 340 comme les Pobeda, servaient au quotidien de voitures familiales. Ces voitures étaient loin d’être considérées comme des voitures de collection.

En 1952, la RDA s’est formellement engagée dans la construction du socialisme. En juillet 1953, les ouvriers berlinois se soulèvent contre la hausse des prix et l’augmentation des cadences de production. Deux ans plus tard, l’histoire de la BMW de l’Est prend fin. Après la 340, l’usine d’Eisenach commence à fabriquer des Wartburg. Et jusqu’à la fin du siècle, les voitures produite en Thuringe porteront le nom du célèbre château.

Cela fait longtemps que la marque EMW n’existe plus. Pas plus que Wartburg, la RDA ou l’URSS. Mais la voiture qui illustre l’article de Za Roulem a survécu jusqu’à nos jours.

La BMW-340 a été produite à Eisenach à partir de 1949. A partir de 1951 elle prend le nom de EMW-340 (8537 exemplaires fabriqués cette année-là). Son moteur 2 litres à deux carburateurs d’avant-guerre développait 55 chevaux (de 1951 à 1957). Outre la berline, ce modèle a été fabriqué en carrosserie break, fourgon, ambulance et châssis nu. La voiture a même été disponible en conduite à droite. Jusqu’en 1955, 21,249 voitures, essentiellement des berlines (18,819 unités) ont été fabriquées.

Lu sur : http://www.zr.ru/content/articles/519922-emw_340_angel_socializma/
Adaptation VG

Tag(s) : #Histoire, #EMW, #Wartburg