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Moskvitch 412 : épreuve spéciale.

C'est de nos jours difficile à croire mais des voitures russes se sont battues pour la victoire dans des compétitions internationales de prestige. La Moskvitch-412 fait partie de celles-ci.

Cette voiture de légende est préparée, les casques ajustés et les ceintures attachées. Le démarrage est plutôt sec et le moteur fait décoller la Moskvitch orange dans une grande gerbe de neige. Le tripmaster affiche déjà les premiers mètres de cette épreuve spéciale. Comme il y a près de 40 ans, nous venons de partir du kilomètre zéro de cette épreuve chronométrée. Retour en arrière.

C'est avec émotion qu'on se souvient de ces voitures poussiéreuses arborant fièrement les noms de Moskvitch et Avtoexport USSR sur leur carrosserie et aussi du bruit de leur moteur. Combien de garçons ne sont pas devenus fanatiques de la course automobile et de cette voiture après le film "Pilotes" d'Igor Maslennikov sorti sur les écrans en 1972. Cette histoire un peu naïve a rapidement plu à la jeunesse soviétique, propageant en même temps des valeurs sur l'honnêteté, la retenue et le respect de l'adversaire. Le film ne reflétait bien sûr pas la réalité. Les médias étrangers parlaient peu des pilotes de l'Union. Mais au tournant des années 1960-70, la marque Moskvitch et le nom des pilotes soviétiques n'étaient pas seulement connus des fans de sport automobile de l'URSS.

En 1968, les Moskvitch-412 avaient fait bonne impression dans le marathon Londres-Sydney et en 1970 dans le rallye Londres-Mexico. Placer 3 voitures entre la douzième et la vingtième place est un bon résultat quand on sait que sur les 96 partants seulement 23 voitures ont relié Mexico ! D'autant plus qu'il s'agissait quasiment de Moskvitch de série, la grande majorité des concurrentes étaient plus puissantes qu'elles. Les équipes étrangères employaient une véritable armée de mécaniciens alors que les Moskvitch étaient accompagnées de deux techniciens qui les suivaient à un rythme proche de la course.

Les plus grand succès des Moskvitch ont été obtenus dans la "Coupe de l'Amitié", une sorte de championnat alternatif des pays socialistes. Étonnamment certains rallyes, comme le "Raid Polski", étaient inscrits au calendrier du championnat d'Europe, auquel les meilleurs pilotes prenaient part. En 1972, l'équipage S. Brundza et A. Broum sur Moskvitch-412 se sont classés 3ème au classement général. Une vraie réussite. Tout le monde était convaincu qu'il n'en faudrait pas beaucoup plus pour que les Moskvitch se battent avec égalité avec les meilleures voitures occidentales. Malheureusement, cela s'est terminé différemment...

La Moskvitch-412 est une voiture familière. Son moteur 1,5 litre de 75 chevaux (une révolution pour l'industrie soviétique de la seconde moitié des années 60) a emmené le sport automobile de l'URSS a un niveau inconnu jusque là et à permis aux pilotes soviétiques de prétendre à des résultats intéressants dans des rallyes internationaux. Les moteurs de série développaient souvent plus que les 75 chevaux annoncés. Les ingénieurs de MZMA (ou AZLK à compter de 1968) avaient délibérément sous-estimé ce chiffre pour éviter des problèmes avec les commissions officielles chargées des vérifications techniques : c'était pire que d'être moins puissant que déclaré.

En plus d'une bonne fiabilité, ce moteur qui copiait un moteur BMW (et dont il est difficile de retranscrire par les mots la sonorité) disposait d'une grande marge d'améliorations. Les moteurs de rallye pouvaient facilement faire 85 à 90 chevaux, et les moteurs double arbre et carburateurs Weber horizontaux destinés aux courses sur circuit atteignaient les 130 ch. La voiture qui illustre l'article dispose d'un moteur d'IZH-412 pratiquement d'origine mais celui offre déjà de bonne performances.

La boîte de vitesse était le point faible des Moskvitch. Elle ne brillait pas par sa fiabilité de construction. De plus elle avait été dessinée initialement pour le moteur 50ch de la Moskvitch-408. Sa commande était archaïque : même sur les modèles de série le long levier de vitesse était constamment pris de soubresauts. Sur cette Moskvitch-412 comme sur la majorité des modèles de course, il était donc modifié : la course du levier était tellement raccourcie qu'un conducteur habitué depuis longtemps à celui de la voiture de série la trouvait inhabituelle. Pour les épreuves sérieuses, on renforçait aussi la suspension en soudant les ressorts et en changeant les amortisseurs (parfois on en montait deux par roue).

Bien sûr, aujourd'hui il est difficile d'imaginer que la Moskvitch-412 ait pu participer à des rallyes ou qu'elle ait pu servir de voiture de tous les jours. Par exemple, les freins à tambours nécessitent une force inhabituelle dans le mollet. D'ailleurs, toutes les pédales sont dures comme du bois et lors de freinage appuyés, la voiture a tendance à vouloir sortir de sa trajectoire. Avec ses voies étroites et sa suspension simpliste (double triangulation à l'avant, pont et ressorts à lames à l'arrière) la voiture prend beaucoup de roulis dans les virages et dérape rapidement sur les surfaces glissantes. Elle reste facile à contrôler si l'on réagit de manière appropriée et sur le champ, mais il est vrai que selon les standards actuels la direction est très peu informative. Et contrairement aux voitures actuelles raffinées et bourrées d'électronique, la Moskvitch-412 n'a pas l'intention de résoudre les problèmes à la place de son conducteur. Cela serait même le contraire : elle glisse facilement de l'arrière ou lève une roue de la route. Mais si vous trouvez un langage commun avec elle pour comprendre (vous n'aurez pas le choix) la logique de ses caprices et de son caractère vous pourrez la conduire très vite.

La Mosvitch-412 n'est pas entrée au panthéon des gloires du rallye mondial, là où l'on trouve ses anciennes rivales : Ford Escort, Renault Gordini, Lancia Fulvia et Porsche 911. Soit dit en passant, même en URSS dans le milieu des années 70 les Moskvitch et les Izh était beaucoup plus rapides que les modernes VAZ. On ne luttait pas seulement pour les victoires en course mais aussi pour les cœurs et les portefeuilles des citoyens ordinaires. L'armée des amateurs de Jigouli ne cessait de croître et le nombre de fans de Moskvitch de réduire, mais ceux qui restaient fidèles continuaient à défendre la 412 et ses réelles qualités sportives.

Nos pilotes n'ont jamais ouvert le champagne à l'arrivée. Peu de gens connaissaient d'ailleurs leur visage. Les Moskvitch n'ont pas connu de grandes victoires d'envergure internationale. Mais elles ont toujours livré un combat loyal. Nos pilotes, compétents et dévoués, étaient capables de réparer leurs voitures au bord de la route ou d'aider les mécaniciens dans le parc fermé pour reprendre la route chaque matin et affronter leurs rivaux armés de voitures beaucoup plus puissantes.

La Moskvitch-412 était en général une bonne voiture. Elle a emmené des centaines de milliers de familles soviétiques au travail, en week-end ou en vacances. Pour de nombreux athlètes d'autres disciplines, elle a été le complice des victoires et des défaites. Et ceux qui étaient encore trop jeunes pour en prendre le volant en rêvaient. La voiture qui illustre cet article est née en 1972 (la même année que le film de Maslennikov). Elle est en parfait état. Elle a été fabriquée à Ijevsk. Des mains habiles en on fait une voiture de sport : elle est presque la copie exacte des voitures de rallyes du début des années 70. Iouri Lesovski, pilote émérite qui a participé à de nombreux rallyes internationaux y compris les marathons Londres-Sydney et Londres-Mexico, a remporté de nombreuses épreuves historiques des années 2000 à son volant.

La production de la Moskvitch-412, avec la carrosserie de la 408, a débuté à Moscou en 1967, puis à Ijevsk en 1969. Elle était équipée d'un moteur 1,5 litres de 75 chevaux (certaines avaient un moteur "dégonflé" fonctionnant à l'essence à l'indice d'octane 76 développant 68ch). En 1970, les Moskvitch-408 et 412 (qui restaient produites en parallèle) ont changé. A Moscou, outre les berlines, on fabriquait des breaks (427) et break tolés (434). A Ijevsk on fabriquait la IZH Kombi, la première berline cinq portes soviétique, le fourgon IZH-2715 et le pick-up 27151.

La Moskvitch-412 est le principal acteur des rallyes et des courses sur circuit soviétiques de la fin des années 60 et du débuts des années 70. Les voitures étaient préparées à la fois par l'usine et par des sections sportives. A Ijevsk on a fabriqué en petite série la version IZH-Rally avec une suspension renforcée, une carrosserie allégée, un réservoir plus grand et d'autres améliorations. La Moskvitch-412 a été fabriquée à Moscou jusqu'en 1976 et à Ijevsk elle a survécu jusqu'à la deuxième moitié des années 90 en subissant de nombreuses modernisations.

Lu sur : http://www.zr.ru/a/286156/
Adaptation VG

Tag(s) : #Histoire, #Sport, #Moskvitch, #IZH, #412