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Taxi-Blues. Il est question de ce taxi des années 60, entré dans l’histoire mondiale de l’automobile, mais dont le prototype est resté unique. Dessiné par I. A. Dolmatovski est désormais conservé au musée Avto-Review de Moscou.

Quand quelqu’un invente quelque chose, c’est pour s’adapter aux conditions environnantes. Mais on ne peut jamais prévoir le sort d’une invention. Dans les années 60, l’URSS a enfin atteint le stade où les moyens de transports ne sont pas seulement l’œuvre de trois à cinq constructeurs. Il devient possible d’avoir de nouvelles exigences et concevoir de nouveaux modèles totalement adaptés à un usage particulier.

En 1963, l’Institut Soviétique d’Esthétique Technique (VNIITE) ouvre son « Département Design Transport ». Il est dirigé par Iouri Aronovitch Dolmatovski, ingénieur, designer et publicitaire. Ses travaux chez ZiS, chez NAMI et ensuite au VNIITE en ont fait une personne reconnue dans le milieu pour les idées innovantes. Les articles et les livres, spécialisées ou populaires, où les dessins de Dolmatovski illustrent les nouvelles tendances de l’industrie automobile ont créé une nouvelle culture, une nouvelle conception du monde et du milieu pour les ingénieurs qui véhiculent des idées d’avant-garde.

Ce n’est pas étonnant que le personnel du département nouvellement créé au VNIITE autour de I. A. Dolmatovski amène un regard nouveau sur les objets habituels. Le premier projet, la conception d’un taxi, devient le projet le plus significatif de le VNIITE, et devient très célèbre en URSS et à l’étranger. Il résoud brillamment la problématique suivante : s’affranchir de l’irrationalité et du prestige des traditionnels taxis, comme la GAZ-21 Volga, et réduire de manière radicale les coûts de fabrication et d’exploitation.

Durant les années 1963-65, un prototype fut réalisé et testé. En 1966, lorsqu’il effectua ses premiers essais urbains à Moscou, I. A. Dolmatovski publia dans le n°4 de la revue Za Roulem un récit détaillé sur le projet, ou comme il faudrait le dire aujourd’hui, de ce concept de nouveau taxi.

Afin de réduire la longueur totale, et obtenir un habitacle qui pourrait accueillir facilement quatre passagers avec leurs encombrants bagages, la solution du moteur situé transversalement à l’arrière fut adoptée. Pour rationaliser la construction un maximum de pièces en provenance de la Moskvitch 408 de série fut utilisé.

La carrosserie était constituée d’une carcasse en acier sur laquelle reposaient des panneaux en fibre de verre. En l’absence de tunnel pour l’arbre de transmission, le plancher était plat et situé très bas, tout en ménageant une garde au sol suffisante. Le compartiment destiné aux passagers occupait tout l’espace disponible entre les essieux avant et arrière. Il était séparé de la cabine par une cloison transparente. Les communications avec le chauffeur se faisaient à travers un interphone, et le paiement de la course par un tiroir. Le taximètre, tout comme la télévision, situés à côté de la tête du chauffeur étaient visibles par tous. Les passagers ne disposaient que d’une très large portière coulissante électriquement sur le côté gauche.

L’étude des voitures existantes à la même époque avait permis de trouver aussi des solutions originales pour le poste de conduite. Le volant et le siège étaient fixes. Ils étaient dans un position médiane mais optimisée. Seul le pédalier, en un seul bloque coulissant dans un rail longitudinal, permettait de trouver la position la plus confortable.

Ce prototype est l’exemple même de la recherche de solutions élégantes pour régler des problèmes pourtant contradictoires. On avait réussi à créer une voiture simple, technologique, solide, et facile à entretenir, destinée au transport de passagers beaucoup plus courte que les Volga et autre Tchaïka. Un avenir brillant lui semblait assuré : ses concepteurs ont reçu le certificat de brevet industriel, la voiture participa aux expositions des produits de l’Industrie Automobile et on prévoyait de la produire en série à l’Usine Automobile d’Erevan. Mais pour ainsi dire, le style ascétique et rationnel de la voiture, ne reçu pas le soutien des éminences du Parti, sans lequel aucune invention en URSS n’avait de chance de se développer.

Peu à peu l’idée de produire en série le VNIITE PT (le « taxi du futur »), tomba dans les oubliettes. Le prototype a fait les beaux jours des livres et des journaux de design, puis est devenu du passé. Ses intéressantes solutions techniques étaient pourtant reconnues à l’étranger, mais en URSS aucune n’a vu le jour en série.

La voiture a survécu aux fêtes nationales et aux anniversaires. En 1975 il fut largement remarqué lors du « 50ème anniversaire du taxi ». C’est à cette époque que l’on décida de créer le « Musée du Taxi », au dépôt de taxis N°19, l’un des meilleurs et des plus modernes. Le VNIITE PT occupait une place de choix dans cette collection intéressante. Mais ce musée n’était accessible qu’aux délégations d’ouvriers méritants. Lors des fêtes annuelles et des anniversaires il attirait toujours les cinéastes reporters, mais en général, peu de gens connaissaient son existence. Il devenait une charge, même pour le musée. Les années ont passé et le VNIITE PT est sorti peu à peu des mémoires : tous le reconnaissent sur une photo en couleur, toujours la même, mais pour beaucoup il n’a jamais été conservé. C’est d'ailleurs  bien ce qui aurait pu arriver car le sort de toute la collection du « Musée du Taxi » est en suspens.

Heureusement maintenant il est sauvé. Le « Musée Auto-Review » prépare pour 2007 une exposition de taxis. La première pièce de la future exposition est le VNIITE PT, et il fait une entrée remarquée ! Maintenant dans le musée on entend constamment monter des étonnements : « Je ne pensais pas qu’on l’avait conservé ! C’est bien lui !».

Comme quoi, la dernière note de notre « Blues du taxi » n’est pas si triste.

Légende des photos :

  • Dessin de la structure de la voiture par I. A. Dolmatovski paru dans la revue Za Roulem
  • Sorti tout droit des archives, une des différentes variantes d’agencement de l’habitacle.
  • Le VNIITE PT a la tête d’un convoi de voitures expérimentales dans les rues de Moscou.
  • Les concurrentes.
  • Le moteur arrière de Moskvitch en position transversale.
  • La place du conducteur, étrange mais confortable.
  • Le vaste espace pour les passagers.
  • La grande porte latérale coulissante permet de faire rentrer n’importe quoi.

Lu sur : http://museum.autoreview.ru/content/view/79/11/
Adaptation VG