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Dans les années 1990, l’Usine automobile de la Volga (VAZ) a créé un grand nombre de prototypes intéressants. La plupart ont disparu au cours de ces mêmes années, après avoir fait quelques apparitions dans de grands salons automobiles en tant que voitures d’exposition. Beaucoup ont toutefois survécu, au musée de l’usine ou dans des collections privées. C’est justement dans des mains privées qu’a survécu notre héros du jour, miraculeusement sauvé de la casse.

Pour être tout à fait exact, précisons que la Bora n’est pas le premier projet inhabituel de tout-terrain à carrosserie ouverte faisant appel à des éléments mécaniques de la Niva. Bien avant la naissance de ce concept, il existait déjà le VAZ-2122 Reka, initialement commandé comme véhicule militaire, mais dont le champ d’application s’était élargi au cours de son développement pour inclure également un usage civil. Pourtant, les destins de ces deux projets, Reka et Bora, se sont achevés d’une manière étonnamment similaire. Mais n’anticipons pas et reprenons les choses dans l’ordre.

Nous avons déjà consacré un article à l’histoire du projet Bora. Nous avions alors mentionné qu’après son abandon, une seule voiture avait survécu. Nous l’avons désormais retrouvée : voici devant vous la deuxième Bora construite et la dernière représentante de son espèce !

Sans revenir sur toute l’histoire du projet, disons quelques mots sur les raisons pour lesquelles cette voiture présente un aspect aussi dépouillé et sans prétention. À l’origine, elle avait été conçue comme un véhicule utilitaire léger destiné aux complexes agro-industriels et aux services municipaux. Sa construction devait faire appel aux organes mécaniques de voitures d’occasion de l’usine, qui auraient en quelque sorte bénéficié d’une révision générale destinée à prolonger leur durée de vie. Le moteur et la transmission remis en état devaient être montés sur un châssis robuste, tandis que les panneaux extérieurs seraient réalisés en plastique léger et résistant. Le projet avait atteint le stade du cahier des charges technique, mais les concepteurs n’étaient pas allés plus loin.

Au début des années 1990, le projet fut relancé. Après avoir visité plusieurs pays d’Amérique latine, un représentant de la société moscovite Bora-LTD y avait identifié un marché prometteur pour des véhicules ouverts à quatre roues motrices. Il s’adressa alors au centre scientifique et technique d’AvtoVAZ pour lui proposer de développer un tel véhicule. Le projet reçut le nom de « 21 Bora ».

En contemplant cet exemple de simplicité, impossible de ne pas le dire : bien sûr, la Bora est loin d’être une beauté. Un assemblage hétéroclite de panneaux en plastique résistant aux chocs est complété par les éléments d’éclairage de la gamme classique. Même l’imposant arceau de sécurité a été habillé de plastique. Entre les panneaux, les interstices sont si larges qu’on pourrait y passer non pas un doigt, mais toute la main ! Il ne faut toutefois pas être trop sévère dans ses jugements : après tout, il s’agit d’un prototype.

C’est précisément cette voiture, portant le numéro d’usine 000002, qui a subi un cycle complet d’essais. Ceux-ci ont permis d’évaluer ses capacités de franchissement, sa maniabilité, sa stabilité et son confort de suspension. Les résultats ont été positifs, même si plusieurs remarques ont été formulées. Elles auraient cependant pu être facilement prises en compte lors de la mise au point du véhicule.

En ouvrant le capot en fibre de verre - qui, comme celui de la Niva d’origine, bascule vers l’avant - on découvre le moteur VAZ-2106 que tout le monde connaît depuis longtemps. La roue de secours a été retirée du compartiment moteur et installée sur un support pratique à l’arrière de la carrosserie. Cette modification facilite l’accès à la batterie et aux différents orifices de remplissage. En revanche, il reste impossible d’accéder aux courroies et au radiateur, car les charnières du capot gênent toujours.

Les photos de l’habitacle pourraient être commentées aussi succinctement que ce qu’elles montrent. L’aménagement intérieur évoque une table de nuit de chambrée : chaque élément sert uniquement à sa fonction première.

On oublie presque que la Niva est plus courte que beaucoup de citadines à hayon du segment B actuelles. La configuration des places mérite donc d’être qualifiée de « 2+2 » : si l’on s’installe facilement à l’avant, les passagers arrière manquent d’espace pour leurs jambes dès lors que les occupants des places avant sont de grande taille.

Le siège conducteur, sans prétention et recouvert de simili-cuir, est assez informe et ne propose qu’une plage de réglages limitée. La colonne de direction, quant à elle, est fixe. La planche de bord en plastique dur a même été privée de sa boîte à gants, remplacée par une poignée moulée dans le plastique. En l’absence de ceintures de sécurité, le passager doit s’y accrocher.

Comme dans la Niva, le gros levier de vitesses est placé assez loin, les pédales sont dures et la position de conduite finit par faire souffrir aussi bien le dos que le moral. Mais si l’on se rappelle que nous ne sommes pas à bord d’un tout-terrain de luxe, mais d’un véhicule utilitaire, ces défauts perdent beaucoup de leur importance.

D’ailleurs, bien que l’habitacle soit réalisé de manière plutôt rudimentaire, il présente certains avantages. On peut, par exemple, le laver au jet d’eau, à condition, bien sûr, de ne pas être effrayé par la proximité des équipements électriques.

Ce tout-terrain est animé par un quatre-cylindres en ligne d’AvtoVAZ. Le moteur est plus bruyant que celui des modèles de la gamme classique. Cela s’explique non seulement par l’absence de toit et par le capot en fibre de verre, mais aussi par la ligne d’échappement directe. La Bora se montre néanmoins nettement plus dynamique qu’une Niva ordinaire. Elle le doit notamment à son châssis léger, constitué de profilés en alliage d’aluminium AMg-6M et soudé à l’usine AVIACOR de Samara, ainsi qu’à ses panneaux extérieurs en plastique ABS.

La Bora pèse 200 kg de moins que la VAZ-2121, et plusieurs légendes circulent encore sur ses exploits en tout-terrain. Parmi elles figure le récit d’essais dans le désert menés par le prince arabe Mahmoud Ameri. Nous avons également raconté cette histoire dans notre article historique. Plutôt que de la répéter ici, nous allons donc essayer de nous mettre à la place de notre ami Mahmoud. Nous n’avions évidemment pas de dunes à disposition, mais quelques tours sur le terrain du musée des transports de Moscou, où la voiture est aujourd’hui conservée, nous ont tout de même permis de nous faire une idée.

La Bora progressait avec assurance sur la neige et les plaques de glace, sa carrosserie tressautant à chaque bosse. En revanche, on n’a vraiment pas envie de dépasser les 50 km/h… Le vent froid et le bruit de l’échappement envahissent rapidement l’habitacle, dépourvu de tout système de chauffage : après tout, la voiture était destinée aux pays au climat chaud ! Seuls les panneaux de carrosserie en plastique protègent des projections de boue provenant des roues, tandis que les gouttes d’eau projetées par les essuie-glaces parviennent jusqu’à l’intérieur… Oui, la météo n’est pas vraiment idéale pour essayer ce « cabriolet ». Il manque à notre exemplaire sa bâche d’origine, disparue au cours des longues années de vie de la voiture.

En revanche, quel comportement au volant pour ce « buggy » ! Son empattement court et ses roues largement écartées, placées aux quatre coins de la carrosserie, lui confèrent un caractère bien particulier. La comparaison qui vient immédiatement à l’esprit est celle d’un kart à quatre roues motrices.

Le ressenti offert par la direction est certes loin d’être exemplaire, mais chaque virage se transforme facilement en attraction. La Bora les enchaîne d’une manière telle qu’on a envie de recommencer encore et encore, en augmentant progressivement la vitesse. Vers l’avant et sur les côtés, le champ de vision n’est limité que par les capacités de vos propres yeux - et pour cause, il n’y a pas de portes ! En marche arrière, en revanche, il faut se contenter de minuscules rétroviseurs de type classique. On s’y habitue toutefois rapidement, grâce aux dimensions réduites du tout-terrain.

L’histoire de l’achat de cette voiture remonte à 2006, lorsque Nikita a fêté ses 13 ans et a commencé à convaincre son père de lui acheter sa première voiture. À l’époque, il envisageait de consacrer ses propres économies à l’achat d’une Zaporojets. Son père en a toutefois décidé autrement. Et qui peut dire à quel point cette décision s’est révélée précieuse pour l’histoire automobile russe…

La voiture, que l’on avait d’abord prise pour une construction artisanale, se trouvait à Naberezhnie Tchelny. Ses précédents propriétaires construisaient des buggys, puis la Bora était restée longtemps dans un garage dont le toit s’était effondré. Son moteur d’origine avait rendu l’âme. Le vieux 1,6 litre à carburateur avait donc été remplacé par un moteur de 1,7 litre à injection. La voiture avait également reçu des roues adaptées au tout-terrain, un solide arceau de sécurité et des sièges sport.

Pendant longtemps, Nikita a utilisé sa voiture dans sa résidence de campagne, où il roulait régulièrement sur des terrains accidentés. La dernière Bora au monde aurait ainsi pu finir par s’user jusqu’à la corde, mais… Tout s’est éclairé lorsqu’un membre d’un forum a reconnu, derrière ce « buggy », un tout-terrain unique. L’inspection du véhicule et le décodage de son numéro VIN ont confirmé son identité. Nikita s’est alors mis à éplucher les maigres informations disponibles sur Internet et a fermement décidé de restaurer la Bora.

Ses voyages à Togliatti et ses conversations avec le concepteur en chef du projet, Evgueni Sokolov, lui ont permis d’éclaircir de nombreux points. Le résultat du travail du propriétaire est visible sur nos photos. Et il est d’autant plus réjouissant qu’une autre voiture unique ne soit pas promise au chalumeau du ferrailleur, mais se trouve désormais entre des mains attentionnées.

Lu sur : https://www.kolesa.ru/test-drive/edinstvennaya-v-mire-opyt-vladeniya-vaz-21-bora
Adaptation VG

Tag(s) : #Histoire, #VAZ, #Lada, #Bora, #Prototype