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À l’époque socialiste, Avia s’était fait connaître par ses camions, produits sous licence du constructeur français Saviem. Après la Révolution de velours, l’entreprise a continué, avec quelques interruptions, à poursuivre son activité dans les véhicules utilitaires, le dernier de ces produits ayant cessé d’être fabriqué très récemment. Pourquoi cela n’a-t-il pas fonctionné ?
Sous la Première République tchécoslovaque, Avia constituait une composante importante de l’industrie du pays et était notamment un constructeur d’avions majeur. Après la Seconde Guerre mondiale, l’entreprise fut toutefois contrainte de se réorienter vers la production de camions. Dans un premier temps, sur décision des autorités, elle produisit des véhicules des marques Skoda (706 R), Tatra (T805) et Praga (V3S, S5T), avant qu’un véhicule portant à nouveau la marque Avia ne fasse son apparition dans les années 1960. Il s’agissait des camions A15/A30, selon leur charge utile, produits sous licence de modèles Renault-Saviem. Ils répondaient alors au manque d’un camion de moyen tonnage sur le marché tchécoslovaque.
Avia est restée dans ce secteur après la Révolution. Au départ, les véhicules existants continuaient à susciter de l’intérêt sur le marché tchèque, mais il est progressivement devenu évident que l’entreprise ne pourrait pas se passer d’innovations. Avia fut finalement privatisée par le consortium Daewoo–Steyr, qui augmenta progressivement sa participation dans l’entreprise à partir de 1995. Renault et Mercedes-Benz s’étaient également intéressés à l’entreprise.
Le nouveau propriétaire promettait de maintenir la production et d’investir massivement. Mais pendant plusieurs années, il se contenta de moderniser progressivement l’ancienne gamme A. La nouvelle gamme D n’arriva qu’en 2000, avec un moteur diesel développé en interne et une cabine conçue en Grande-Bretagne. À cette époque, Avia n’appartenait plus qu’à Daewoo, qui avait racheté la participation de Steyr en 1998.
Mais peu après le lancement du modèle D, son propriétaire se retrouva confronté à des difficultés financières et Daewoo se sépara donc d’Avia. En 2005, l’entreprise fut rachetée par le groupe Odien Capital Partners, qui la revendit dès l’année suivante au constructeur indien Ashok Leyland. Celui-ci entendait utiliser Avia pour se développer sur le marché européen et croyait également à son potentiel de développement à l’échelle mondiale.
La production augmenta alors, mais elle était encore très loin d’atteindre les capacités importantes de l’usine de Letnany, conçue pour produire jusqu’à 15,000 véhicules par an. C’est notamment pour cette raison qu’en 2013, Ashok Leyland mit définitivement fin à la production de camions en République tchèque et la transféra dans son usine principale en Inde. En République tchèque, seules les pièces détachées devaient désormais être produites.
Cette fin ne dura toutefois pas très longtemps. En 2015, le holding Czechoslovak Group (CSG), propriétaire notamment du constructeur automobile Tatra, annonça avoir racheté l’usine de Letnany, ainsi que les droits d’utilisation de la traditionnelle marque tchèque. CSG avait alors de grandes ambitions pour Avia et espérait renouer avec ses anciens succès, à l’image de Tatra.
Le projet prévoyait une expansion progressive et un élargissement de la gamme, avec notamment une version à double cabine ou équipée de quatre roues motrices. À plus long terme, une motorisation électrique était même envisagée. Avia devait toutefois travailler en étroite collaboration avec Tatra dans les domaines du développement et de la production, tout en restant des entités indépendantes.
En revanche, la production à Prague-Letnany n’était plus envisagée. Selon CSG, la fabrication dans les locaux existants n’aurait pas été rentable. Elle devait donc être transférée à Prelouc, dans des installations appartenant à CSG, où davantage de personnel qualifié devait en outre être disponible.
Le produit final fut finalement présenté en 2017. Il fut dévoilé pour la première fois au public lors du salon automobile de Moscou de cette année-là, ce qui indiquait sans doute clairement le marché visé.
Le véhicule fut présenté sous le nom d’Avia D120. Le constructeur le désignait lui-même comme la « gamme D », tandis que son appellation commerciale était « Initia ». Le nouveau modèle de la gamme D reprenait en effet directement les bases de son prédécesseur, ce qui devait permettre de réduire les coûts de développement. La cabine conservait sa forme générale et n’avait fait l’objet que d’une modernisation partielle. La nouveauté recevait notamment de nouveaux feux sous la forme de trois éléments ronds de chaque côté.
La motorisation était assurée par un quatre-cylindres diesel Cummins d’origine américaine, d’une cylindrée de 4,46 litres et développant 207 ch, associé à une boîte de vitesses manuelle à six rapports. Au moment de sa présentation, le moteur répondait à la norme antipollution Euro 5, mais des travaux étaient déjà en cours pour le rendre conforme à la norme Euro 6. De même, en plus de la version de base à propulsion, une variante à quatre roues motrices enclenchables était prévue et finit par faire ses débuts en 2018. La gamme devait également être complétée par d’autres niveaux de puissance ainsi que par un moteur provenant d’un autre constructeur.
La production de l’Avia D120 débuta peu après sa présentation. Les cabines étaient fabriquées à Prelouc à partir de composants importés d’Inde. Elles étaient toutefois peintes chez Tatra, tandis que les châssis étaient fournis par la société Carbox, une autre entreprise du portefeuille de CSG.
Les plans initiaux prévoyaient la production d’environ 100 véhicules au cours de l’année 2017. Dans les années suivantes, la production devait progressivement augmenter pour atteindre jusqu’à 400 véhicules par an. Cela n’arriva malheureusement jamais. L’intérêt réel suscité par la nouveauté était en effet inférieur aux prévisions du constructeur.
La production du véhicule ne dura donc finalement pas très longtemps. « En raison de l’évolution de la situation du marché, des nouvelles réglementations sur les émissions qui se préparent et d’autres exigences qui augmentent les coûts de production des véhicules utilitaires dans la catégorie où Avia fabrique ses véhicules, il a été décidé de réévaluer la stratégie de l’entreprise. Il a été décidé de mettre fin à la production en série des véhicules Avia équipés d’un moteur diesel », annonça à la fin de l’année 2018 Andrej Cirtek, porte-parole du holding CSG.
Ce ne fut toutefois pas la fin définitive d’Avia. Círtek révéla alors que la marque envisageait une motorisation électrique, dont il était déjà question après le rachat d’Avia par le groupe CSG. « Nous menons des discussions intensives avec des partenaires potentiels disposant du savoir-faire et des technologies nécessaires dans le domaine de la propulsion électrique », affirmait-il. Dans les mois qui suivirent, quelques exemplaires supplémentaires de la version à moteur diesel furent d’ailleurs encore produits. Avia continua ensuite à assurer la production de pièces détachées et les services après-vente, afin de permettre à ses clients existants de continuer à utiliser leurs véhicules.
Même ce pari sur un projet potentiellement prometteur n’aboutit toutefois pas. La pandémie de coronavirus et la situation qui régnait alors sur le marché automobile portèrent le coup de grâce à l’entreprise. « Le développement est actuellement gelé et nous ne sommes pour l’instant plus en discussion avec le partenaire anglais qui devait y participer », reconnaissait durant l’été 2020 le porte-parole de CSG. Poursuivre les travaux n’était tout simplement plus rentable.
Avia a donc cessé de produire des véhicules, pour la énième fois de son histoire. Ce n’est toutefois peut-être pas la fin définitive : les services après-vente continuent de fonctionner et le propriétaire, la société CSG, n’exclut pas un retour de la marque. Peut-être même dans un domaine autre que l’automobile.
Légende des photos :
- Un Avia moderne aux côtés de la plus célèbre gamme A, lors du salon Legendy 2018.
- Avia D75, l’une des versions qui ont précédé le modèle modernisé Initia.
- Voici à quoi ressemble la cabine du D120. Plutôt moderne, vous ne trouvez pas ?
- L’Avia D120 avait été conçu pour différents usages. Il était également disponible avec une transmission intégrale enclenchable.
Lu sur : https://www.garaz.cz/clanek/auta-historie-vysmivany-nakladak-se-po-revoluci-snazil-vratit-nekolikrat-avia-chtela-jit-ve-stopach-uspesne-tatry-nevyslo-to-21011078
Adaptation VG