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Dans les années 1990, des « fils » et des « filles » des constructeurs automobiles nationaux s’efforçaient de donner vie aux rêves de la voiture idéale. Étonnamment, parmi les transformations étranges, parfois comiques, voire carrément délirantes - le tuning russe n’avait pas volé sa réputation de pratique « absurde et impitoyable » - on trouvait aussi des réalisations intéressantes et techniquement bien pensées.

Aujourd’hui, à une époque où même des enjoliveurs non montés d’origine, sans parler des jantes elles-mêmes, peuvent vous valoir des ennuis avec les autorités, on ne peut que s’étonner de voir tout ce qui était réalisé à partir des voitures produites dans le pays il y a un quart de siècle ! Je ne parle pas ici des particuliers qui amélioraient leur propre voiture, mais de petites entreprises de tuning, parfois très actives, qui s’étaient multipliées dans cette Russie bouleversée par les changements.

Même à l’époque soviétique, des acheteurs peu habitués à la diversité cherchaient à personnaliser leurs voitures. Certains se contentaient d’ajouter des phares additionnels, d’autres montaient des enjoliveurs originaux, peignaient le toit en noir - une mode du milieu des années 1970 - ou, à défaut, installaient une antenne suffisamment longue pour être capable d’accrocher un avion volant à basse altitude.

Mais là, quel terrain de jeu ! D’autant que les constructeurs encourageaient le travail de ces nouveaux ateliers, notamment, bien sûr, ceux qui leur étaient proches : les entreprises « filles » ou, comme on plaisantait à l’époque, « fils ». Dans un contexte de concurrence avec les voitures étrangères d’occasion et même avec des voitures neuves importées, les modifications intéressantes étaient les bienvenues pour les constructeurs. Et les lois assez libérales de ces années-là permettaient de laisser libre cours à l’imagination.

Le tuning se divisait, en gros, en trois grandes orientations : faire joli, aller vite et améliorer les capacités tout-terrain. Nous laisserons pour l’instant ce dernier aspect de côté, car il mérite à lui seul un article.

Avec de la colle et du scotch : « Avec quoi coller les accessoires de tuning sur une Niva ? » Cette question d’un de nos lecteurs, devenue depuis longtemps une plaisanterie au sein de la rédaction, était pourtant parfaitement réelle. Dans les années 1990, des questions similaires apparaissaient dans de nombreuses lettres adressées à Za Roulem - qui était encore un magazine papier !

À cette époque, embellir les voitures avec des extensions de pare-chocs et de bas de caisse, ainsi que des spoilers aux formes extravagantes, était devenu un véritable phénomène de mode. Cette passion était encore alimentée par nos propres voitures, principalement les Samara, que l’on voyait transformées de manière similaire à l’étranger, avec plus ou moins de goût… ou de mauvais goût.

Le joli mot de « tuning », encore peu connu quelque temps auparavant, devint presque aussi populaire que « business », « commerce », « consulting » et autres termes que l’on prononçait avec enthousiasme pendant la perestroïka.

De nombreux ateliers tentaient de se surpasser les uns les autres par l’originalité de leurs kits de carrosserie en plastique. Petit à petit, ils commencèrent également à s’occuper des habitacles, en remplaçant les volants d’origine par de petits « cerceaux », parfois en bois, en modifiant les garnitures et les tableaux de bord, ou encore en installant des vitres électriques et des lecteurs CD, qui semblaient alors relever du miracle.

Au début, on évitait généralement de toucher à la mécanique. Tout au plus installait-on des jantes et des amortisseurs importés et, plus rarement, des filtres à air sportifs.

Volga, plus longues et plus confortables : Parallèlement aux Samara préparées apparurent des Volga transformées. Après tout, une voiture quasiment inaccessible la veille pouvait désormais être achetée par n’importe qui, et pour un prix relativement abordable. Mais, disons-le gentiment, leur style particulièrement conservateur eut rapidement tendance à lasser.

Certains considéraient qu’une Volga traitée dans un style vaguement sportif relevait du kitsch, tandis que d’autres appréciaient justement ce contraste idéologique.

La Volga fut naturellement également intégrée au segment des voitures de prestige. D’autant que, pour beaucoup, « beau et luxueux » étaient deux notions synonymes. Les Volga ne furent pas seulement garnies de boiseries à l’intérieur : elles furent également allongées. Et chacun faisait selon ses possibilités ! L’allongement pouvait atteindre un demi-mètre. La réalisation de l’entreprise de Nijni Novgorod « Rida » était toutefois plus harmonieuse : celle-ci avait soigneusement allongé chacune des portes de seulement 150 mm.

Dans l’habitacle des Volga rallongées, on trouvait toutes les commodités imaginables à l’époque : cuir, téléviseurs, bars - car que serait une voiture de prestige sans ce dernier ? - et systèmes de climatisation. Ces derniers étaient généralement de fabrication semi-artisanale et fonctionnaient, pour le dire gentiment, de manière assez particulière. J’ai eu le malheur d’en expérimenter un sur une Volga de la rédaction. Il s’allumait et s’éteignait selon une logique insaisissable et contribuait admirablement à provoquer, sans aucun avertissement, une formation extrêmement rapide de buée sur le pare-brise.

Lada : encore plus longues !  : La Lada n’échappa pas non plus aux rallongements. En 1993 apparut l’Amadeo 500, réalisé sur la base d’une Samara par la société « Master-Design ». La voiture fut allongée de pas moins de 500 mm et son habitacle fut aménagé selon les derniers standards du luxe automobile national. Le moteur, en revanche, resta celui d’origine : un 1,6 litre de 88 ch.

La palme de la longueur revint à la VAZ-21109 Consul de 1996. L’empattement fut augmenté de pas moins de 650 mm ! Sur les deux prototypes réalisés, les moteurs restèrent une fois encore ceux de série : 1,5 litre et 91 ch. Aucune commande ne fut passée pour la Consul et il est d’ailleurs difficile d’imaginer quel acheteur aurait pu avoir envie d’un pareil engin.

En revanche, la VAZ-21108 Premier de l’atelier « Super-Avto », avec son rallongement de seulement 175 mm, fut bel et bien produite en petite série. C’est avec de telles voitures - noires, évidemment ! - que roulait la haute direction de VAZ.

Oka : Winnie et Astro : Les entreprises de tuning ne délaissèrent pas non plus la petite Oka. Que n’a-t-on pas fait subir à cette minuscule voiture ! À la demande de ZMA, le Centre de style de VAZ, dirigé par Iouri Verechtchaguine, créa une petite voiture aux grands yeux surnommée Vinni (« Winnie »).

À l’opposé du caractère « pelucheux » de cet « ourson », on trouvait l’Oka réalisée par l’atelier moscovite « Vista », dotée d’un « visage » volontairement plus adulte inspiré de la Samara de première génération.

La société « Astro », basée à Naberezhnie-Tchelny, fabriquait elle aussi des éléments de carrosserie en plastique originaux pour l’Oka. Outre l’apparence extérieure, ces infatigables préparateurs modifiaient les garnitures intérieures et installaient des sièges ainsi que des combinés d’instruments provenant de VAZ de taille supérieure.

Le tuning à la mode scientifique : Dans les années 1990, entre les murs de l’Institut NAMI, alors relégué à la périphérie de l’industrie automobile russe par les nouvelles réalités économiques, la société « Prestige-NAMI » proposa plusieurs variations sur le thème des voitures nationales.

Parmi elles figurait la Volga-Cortège, allongée sur la base d’une GAZ-31029, ainsi qu’une version de Volga intéressante, bien que quelque peu amusante, baptisée Prestige, avec une face avant rappelant celle d’une Jaguar, mais dotée d’une calandre évoquant pour sa part un dôme d’église. Les éléments mécaniques des deux voitures étaient de série.

Mais, rapidement, les modifications esthétiques ne suffirent plus à beaucoup. On voulut que ces beautés soient également plus agréables à conduire, plus fiables, mais surtout - qu’elles aillent plus vite.

Légende des photos :

  • La VAZ-2108 baptisée Caprice, de la société Lada-Broker, est un exemple plutôt extravagant des débuts du tuning en Russie.
  • Une version de Volga baptisée Persona, réalisée par la société « Samotlor-NN ». Plusieurs exemplaires de ces voitures ont survécu jusqu’à nos jours.
  • Les habitacles des Volga préparées étaient généralement garnis de cuir et, dans la mesure du possible, équipés de nombreuses options : de la climatisation jusqu’au téléviseur.
  • L’Amadeo-500 est une version de prestige de la Lada Samara avec un rallongement de 500 mm.
  • La plus longue des Lada, la VAZ-21109 Consul, vit son empattement augmenté de pas moins de 650 mm.
  • Dans l’habitacle de la Consul, on trouvait toutes les commodités imaginables à l’époque. Et même en telle quantité qu’il ne restait finalement plus beaucoup de place malgré l’espace gigantesque de la voiture.
  • Un exemple caractéristique du style « pelucheux » de l’Oka : la petite voiture baptisée Vinni, conçue à Togliatti.
  • L’Astro-11301 est une interprétation de l’Oka réalisée par la société « AstroKar » de Naberezhnie-Tchelny.
  • L’habitacle de l’Astro-11301 fut traité dans un style joyeux et très coloré. Les préparateurs en profitèrent également pour installer des sièges plus confortables.
  • La Volga-Cortège, réalisée à la fin des années 1990 par l’Institut NAMI.
  • La Volga-Prestige, une Jaguar « russifiée » réalisée par la société « Prestige-NAMI ».

Lu sur : https://www.zr.ru/content/articles/931905-karnavalnaya-moshch/
Adaptation VG

Tag(s) : #Histoire, #Russie, #Tuning