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A Noël dans les années soixante-dix et quatre-vingt, les enfants attendaient fébrilement de savoir si le Petit Jésus allait ENFIN l’apporter. Les garçons comme les filles en rêvaient : ce cabriolet stylé, fabriqué en même temps que les vraies Moskvitch, était un énorme succès. Et aujourd’hui encore, c’est le cas. Les exemplaires bien conservés se vendent sans problème entre 15,000 et 20,000 couronnes tchèques.
Celui qui sortait avec au printemps était un vrai frimeur. Les premières sorties d’essai avaient toutefois souvent lieu dès Noël, autour du sapin. Toutes ces gifles pour avoir cabossé la paroi du meuble du salon… ça vous dit quelque chose ? Beaucoup d’anciens utilisateurs enthousiastes s’en sont débarrassés ces dernières années comme d’un bric-à-brac inutile. Résultat : c’est aujourd’hui une marchandise extrêmement rare.
De nos jours, les Moskvitch à pédales valent leur poids en or. Des pères les recherchent pour leurs enfants et, lors des réparations, ont souvent recours à des improvisations rapides afin que le petit excité puisse continuer sa chevauchée. Un autre grand groupe est constitué de passionnés qui, en raison de leur carrure, ne rentrent plus dans la Moskvitch, mais lui consacrent toute leur énergie. Les restaurations de passionnés sont souvent aussi exigeantes et coûteuses que l’entretien d’une vraie voiture. Le gros problème de la Moskvitch, c’est la pénurie totale de pièces de rechange. Les éléments de carrosserie en aluminium, notamment la calandre, les enjoliveurs et les pare-chocs, sont souvent sérieusement endommagés par les jeux des générations précédentes. Ne les jetez surtout pas : ils sont absolument introuvables. En revanche, on peut se procurer le volant, le pare-brise en plexiglas et d’autres pièces en plastique pour les modèles plus récents, fabriquées par des passionnés.
L’un des propriétaires (en réalité des papas-mécaniciens) écorne la réputation de la Moskvitch de « solide travail de forgeron soviétique ». « La réalité est un peu différente. La tôle est relativement fine et la construction générale plutôt délicate. L’essieu arrière est suspendu, avec le siège, à une paire de profils longitudinaux dont la fixation à l’arrière de la carrosserie est très faible », explique-t-il.
Quand on la conduit, toutefois, elle sait donner une impression de robustesse. Le siège mérite l’attention, avec son réglage longitudinal pour des conducteurs de tailles différentes. L’essieu arrière repose sur de courts bras oscillants longitudinaux avec des bagues intégrées pour de petits ressorts hélicoïdaux, ce qui lui permet de se balancer dans les trous. La Moskvitch n’offre cependant un confort acceptable qu’aux utilisateurs pesant jusqu’à environ 25 kg. Au-delà, on est déjà « sur les butées ».
La transmission est simple, mais respecte l’architecture de la Moskvitch adulte : une paire de pédales suspendue dans la carrosserie est reliée par des tiges aux manivelles de l’essieu arrière. N’espérez pas de différentiel : la roue arrière gauche est montée librement sur l’essieu, si bien que les pédales n’entraînent que la roue droite.
C’est avant tout un bloc de métal, avec ici et là un peu de plastique et des ornements en aluminium. La Moskvitch à pédales est donc assez lourde ; un petit enfant a déjà fort à faire même sur de l’asphalte plat. Et Kuba, pilote d’essai de cinq ans, haletait sérieusement après quelques dizaines de mètres sur un dallage en béton. Les roues étroites indiquent clairement qu’il s’agit d’un engin routier, pas d’un tout-terrain. Le jeu dans la direction faisaient partie des voitures des années soixante-dix - les papas pourraient en raconter long…
À Kuba, ce qui plaisait surtout, c’est que la voiture peut reculer aussi vite qu’elle avance et, surtout, qu’elle ne se décharge jamais, contrairement à son véhicule quotidien : un supersport en plastique coloré venu de Chine, qui klaxonne, fait du bruit, mais avance comme un escargot. Il doit souvent attendre branché à la prise, et c’est pénible. La Moskvitch, elle, carbure aux biscuits de Noël que le chauffeur engloutit avant de partir.
La plus célèbre voiture à pédales en tôle des pays de l’Est était fabriquée dans la même usine que son modèle adulte - la Moskvitch 412. Un médecin respecté, le docteur Sova, l’utilisait pour se rendre à l’hôpital en périphérie de la ville, et une version de course modifiée est même apparue en rallye. À l’usine moscovite AZLK (un constructeur à l’histoire très riche), on fabriquait les originaux comme leurs petites copies. Ces versions à pédales ont été produites à partir de 1974 pendant vingt ans. On dit qu’il en sortait chaque année entre 100,000 et 120,000 exemplaires.
Le modèle 412 était déjà la deuxième Moskvitch à pédales destinée aux garçons. Les connaisseurs distinguent même deux séries et un modèle intermédiaire. Pour nous, simples profanes, le signe distinctif est le pare-chocs : en aluminium jusqu’en 1984, puis en plastique. Fait intéressant, la production se déroulait pratiquement comme dans une vraie usine automobile. Sur la chaîne de montage, les petites Moskvitch étaient suspendues par le haut, et les monteurs y ajoutaient progressivement les pièces.
Les annonces proposant à la vente une Moskvitch à pédales provenant de l’ex-URSS sont rares. Et lorsqu’elles apparaissent, les prix sont généralement comparables à ceux des véhicules modernes à propulsion électrique. Mais cette légende soviétique des garages d’enfants en tôle devient surtout aujourd’hui un objet de design. En Tchéquie, on peut encore parfois en trouver autour de dix mille couronnes, mais à l’étranger, des prix largement supérieurs à mille euros ne sont pas rares.
Lu sur : https://www.idnes.cz/auto/historie/plechovy-slapaci-moskvic.A161219_164952_auto_ojetiny_fdvv
Adaptation VG