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La fin de l’Ataman : pourquoi le 4x4 GAZ n’a pas vu le jour ?

Comme Moskvitch à une autre époque, GAZ a essayé de créer au milieu des années 90 un véhicule tout-terrain qui, s’il avait plus de chance de succès, n’a finalement pas été produit en série.

L’un des fruits du travail des ingénieurs de l'Usine Automobile de Gorki est le pick-up Ataman conçu en 1995 et présenté officiellement un an plus tard. Ce véhicule a provoqué une tempête d’émotions, allant de l’exaltation à la rage. Non seulement la voiture avait son style propre mais en plus c’était un pick-up. Dans la Russie des années 90 ce type de carrosserie était totalement atypique ! Les journalistes ont rapidement affublé l’Ataman de nombreux surnoms. Par exemple : « le type au grand front » ou plus souvent « le colosse aux pieds d’argile ».

Pourquoi GAZ a-t-il présenté ce merveilleux miracle ? La réponse est simple : une crise de grande ampleur menaçait l’usine. La Volga perdait progressivement de son attrait et ses ventes baissaient régulièrement. Pour que l’usine puisse tourner à pleine capacité, il était nécessaire de lancer en toute urgence un tout nouveau modèle.

Sans trop réfléchir la direction a décidé de créer sur la base de la Volga le premier pick-up de son histoire. Celui-ci avait été surnommé « Burlak ». Les perspectives de ce modèle étaient assez vagues puisqu’il devait s’attaquer à un segment de marché tout nouveau pour la Russie et pour lequel la demande était loin d’être la plus forte. L’argument de la direction était que, pour transformer la Volga en Burlak, il n’y avait pas beaucoup de modifications à faire.

Mais transformer Volga avec peu d’argent n’était pas chose facile. Par exemple, l’augmentation de l’empattement de 300 mm entraînait logiquement l’augmentation de l’arbre de transmission et des câbles de frein à main. Il s’est aussi avéré que la partie arrière de ce pick-up nécessiterait un vrai châssis et que la suspension devrait être renforcée de manière significative. Si à première vue, la transformation semblait simple, elle s’est rapidement transformée en nœud gordien ! Il y eut toutefois un miracle. Etonnamment la demande sur la Volga a recommencé à croître de manière rapide et pour cette raison, l’usine étant de nouveau pleinement occupée, plus personne n’avait besoin du pick-up GAZ-2304 Burlak.

Bientôt, et pour diverses raisons, le projet de pick-up a commencé à évoluer. Baptisé GAZ-2307, le nouveau pick-up était beaucoup plus étrange que le projet initial. La cabine provenait du camion GAZ-3307 et se voyait greffer le nez et la plateforme de la Volga. Il en résultait un pick-up massif avec des roues de « jouets » et un garde au sol très faible.

Cet hybride était le précurseur de l’Ataman. Les ingénieurs avaient équipé la voiture d’un vrai châssis, d’une nouvelle suspension, ainsi que de toute une gamme de moteurs allant du 4 cylindres essence ou turbodiesel jusqu’au V8 essence. Il était disponible en deux variantes : 4x4 (GAZ-2308) et propulsion (GAZ-2309). Le premier était appelé Ataman et le second Atamancha. Durant les essais, les deux voitures ont été confrontées afin de savoir quelle était la meilleure.

Malgré un style maladroit, les deux voitures montraient leur meilleur côté en tout-terrain. Les cabines trois places étaient assez spacieuses et les immenses vitres offraient une excellente visibilité. Leur intérieur austère ne différaient que par le nombre de leviers de la transmission puisque la version 4x4 disposait en plus du levier de vitesses de deux autres leviers, l’un permettant de passer les vitesses courtes et l’autre verrouillant le différentiel central.

Sous le capot de la voiture on trouvait des moteurs différents. L’Ataman disposait d’un V8 de 4,25 litres développant 100 ch et l’Atamancha avait un 4 cylindres de 2,89 litres de puissance identique. Grâce à l’assistance hydraulique, les freins se manipulaient facilement mais les pédales - en particulier l’embrayage - s’avéraient trop dures.

Sur route ouverte, les deux pickups se comportaient de manière similaire. L’Atamancha était un peu plus vive car avec la transmission 4x2 le moindre poids se faisait sentir. Les deux voitures purent démontrer leurs capacités sur différentes surfaces. Sur les pavés elles ont fait la démonstration de leurs bons réglages de suspension. Les vibrations étaient réduites au minimum. Et un chargement de 800 kg n’y changeait rien. Selon les créateurs de ces deux pickups, c'est le long débattement de la suspension qui permettait ces résultats (à ressorts à l’avant et à ressorts à lames à l’arrière).

Dans la boue, ces pickup faisaient aussi preuve de leurs bonnes dispositions. Ils pouvaient facilement prendre un devers de 20 à 25 degrés. C’est dans le sable que l’Ataman prenait le dessus car l’Atamancha s’enlisait après seulement quelques dizaines de mètres. Durant les essais de la presse c’est son frère à quatre roues motrices qui l’a sauvé de ce mauvais pas.

Les deux pickups avaient donc fait bonne impression. En particulier, bien sûr, l’Ataman. Il s’était avéré bon sur tous les types de revêtements. C’est pourquoi la direction de l’usine avait donné le « feu vert » pour en lancer la production en série. Le GAZ-2308 devait faire son apparition sur la chaine aux alentours de l’an 2000. Mais c’est à la même époque que l’usine a changé de direction et la première victime de ce « nouveau régime » a été l’Ataman. Une centaine d’exemplaires de ce pick-up ont cependant pu voir le jour. Il en reste aujourd’hui une dizaine aux mains de particuliers, peut-être même moins.

Sur la base du GAZ-2308 on avait prévu de fabriquer une vingtaine de versions différentes. Le premier était l’Ermak, un gros break cinq places dont le prototype a été vu en 1999. Celui-ci a été fabriqué à trois exemplaires. A une certaine époque, il y a eu des rumeurs persistantes selon lesquelles GAZ avait l’intention de relancer ce modèle. On disait même que cette voiture aurait un moteur de 2,7 litres développant 160 ch. Mais ces rumeurs restèrent des rumeurs.

L’Ataman-2 a été présenté au Salon de Moscou un an plus tard. Les visiteurs purent voir le prototype du premier SUV russe. Il était tellement énorme qu’on avait pu installer trois rangés de sièges. Il s’agissait d’une bonne voiture qui aurait facilement pu trouver son public s’il n’y avait pas eu un « mais » : elle était coûteuse à produire ! C’est la raison pour laquelle GAZ a définitivement abandonné le projet en 2001.

Trois ans plus tard, l’usine a décidé de relancer l’Ataman-2, tout du moins en réutilisant son nom. GAZ voulait créer un tout-terrain entièrement nouveau et avait fait appel à une société américaine du nom de Venture. Mais le projet a fini à l’eau. Comme précédemment, le SUV s’est avéré trop cher pour être produit en série. L’Ataman n’a donc jamais vu le jour...

Lu sur : http://svpressa.ru/auto/article/138719/
Adaptation VG

Tag(s) : #Histoire, #GAZ, #Burlak, #Ataman, #Ermark, #Prototype