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Pourquoi Khrouchtchev s'opposait à VAZ ?

Dans le milieu des années 60, l'industrie automobile soviétique ne pouvait satisfaire les besoins de tous les consommateurs. A Gorki on produisait la GAZ-21 Volga et la GAZ-13 Tchaïka, des voitures dont l'ouvrier ordinaire ne pouvait même pas rêver. Et des voitures plus simples, comme la Moskvitch-408 ou la Zaporojets ZAZ-965 étaient produites à des quantités insuffisantes pour un pays aussi vaste que l'URSS. L’Union Soviétique avait donc non seulement besoin d'une nouvelle usine, grande et puissante, mais aussi d'une nouvelle voiture, moderne et accessible.

"Vous ne réalisez donc pas que c'est notre honte ?" avait déclaré Alexeï Kossyguine après avoir visité l'usine Moskvitch ? "Nous sommes encore derrière l'étranger !". Les remarques du tout puissant Président du Conseil des Ministres de l'URSS avaient fait prendre conscience que l'entreprise avait été quelque peu négligée. Mais la situation n'était pas désespérée : de nouvelles machines et équipements de production avaient été ramenés de l'étranger et de nouveaux modèles développés... Mais Kossyguine était déterminé. Un grand pays doit avoir une grande usine automobile. Pas seulement grande, mais aussi moderne et capable de produire chaque jour entre deux mille et deux mille cinq cent voitures ! Mais pour atteindre cet objectif il fallait trouver un partenaire à l'étranger...

Lorsqu'il occupait le poste de premier vice-président du Conseil des Ministres de l'URSS, Kossyguine avait déjà évoqué le fait que le pays avait besoin d'une grande usine pour produire des voitures de classe moyenne et en avait même parlé à Khrouchtchev. A cette époque de pénurie, le citoyen soviétique avait accumulé beaucoup trop d'économies dans son bas de laine et il fallait un bon "appât" pour récupérer cette énorme somme d'argent. Une voiture pouvait être un bon moyen : c'est un produit qui coûte cher, difficile à obtenir et qui est capable de "relancer les affaires". C'est avec ces arguments que Kossyguine intervient lors d'une réunion du politburo, mais Nikita Khrouchtchev le reprend sévèrement : "Le temps de la voiture particulière n'est pas encore venu, il faut organiser les transports publics, il faut mettre toutes nos forces dans la production d'autobus, de trolleybus. C'est ce qu'il faut au peuple. Il peut attendre pour les voitures particulières !".

La suite se déroule lors d'une réunion régulière du Politburo. Y sont présents, non seulement Khrouchtchev et Kossyguine, qui occupe désormais un poste clé dans l'industrie soviétique, mais aussi le Camarade Tarassov, depuis longtemps, ministre de l'industrie automobile et qui à la vue de la situation du pays, justifie de la nécessité de construire une nouvelle usine... On en vient à évoquer l'obligation de trouver un partenaire stratégique pour ce projet car il est clair que l'Union Soviétique n'est pas capable de créer un géant de l'automobile à elle toute seule. Tout le monde se regarde, en souriant, et seuls les représentants de l'industrie de défense froncent les sourcils. L'heure est venue de discuter des différentes propositions...

"Pour quoi faire ?" fustige Dimitri Oustinov, responsable des questions du complexe militaro-industriel. "Nous ne pouvons pas nous-même construire et équiper une usine automobile avec tout ce que nous avons comme industrie, y compris de défense ?". Les arguments fusent, comme celui-ci : "Faire des chars et des fusils ce n'est pas la même chose que faire des voitures !". Mais cela n'a aucun effet sur lui. La scission semble inévitable et on n'est pas prêt de voir une nouvelle voiture dans le pays... Puis Kossyguine reprend personnellement les choses en main et fait une proposition inattendue, un véritable coup de bluff : une usine ne suffira pas pour le pays et c'est pourquoi on pourrait en construire une à l'aide des spécialistes étrangers et laisser le soin aux représentants du complexe militaro-industriel d'en construire une seconde. Cette proposition est acceptée à l'unanimité !

Les partisans d'Oustinov ont donc eu l'Usine Automobile d'Ijevsk, qui va produire chaque année jusqu'à 200 mille Moskvitch, des "408" pour commencer puis des "412". Mais le projet de Kossyguine était encore plus grandiose ! La future Usine Automobile de la Volga, est un vrai projet stalinien, tel que le pays n'en avait pas connu depuis l'époque de l'industrialisation (il faut se rappeler que l'Usine Automobile de Gorki avait été construite en 15 mois) : sur cinq cent hectares jusqu'à 40 mille personnes - ingénieurs, des ouvriers, des conducteurs d'engins vont travailler simultanément pour construire une usine capable de produire 660,000 voiture par an.

Pour comprendre quelle place occupait l'Usine Automobile de la Volga dans la hiérarchie de l'industrie automobile soviétique, il suffit de savoir qu'au milieu des années 60, toutes les usines automobiles existantes en URSS, y compris de camions et de bus, produisaient au total le même nombre de véhicule que ce que l'on prévoyait pour VAZ : 660,000 véhicules par an !

Mais pourquoi les Italiens ont été choisis comme partenaire de ce projet grandiose ? A cette époque, les relations avec les Américains, les Allemands de l'Ouest et les Français étaient plus que froides. L'Italie semblait à même de mener des négociations : le pays se distinguait par son mouvement socialiste fort et le chef de la Gauche locale, Palmiro Togliatti, était un grand ami de l'URSS. Vous comprenez maintenant pourquoi, Stavropol-sur-Volga, qui avait été choisie pour accueillir cette usine russo-italienne a été renommée Togliatti ? C'est assez curieux et les pontes du parti ne savaient sans doute pas que dans les années 20 une grève menée par le bouillant communiste avait provoqué une grave crise pour Fiat.

Toutefois, dans les années 60, Fiat était une entreprise solide, disposant des technologies les plus modernes et d'une gamme particulièrement large, dictant la mode automobile dans la moitié de l'Europe. L'accord de coopération a été signé le 15 août 1966 et la première pierre du premier bâtiment de l'usine posée le 15 janvier 1967, il y a 45 ans. C'est à compter de cette date qu'on a l'habitude de faire débuter l'histoire du géant de Togliatti.

Lu sur : http://www.auto.mail.ru/article.html?id=36144
Adaptation VG

Tag(s) : #Histoire, #VAZ, #Moskvitch, #URSS