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Visite au coeur de Marussia Motors.

L’apparition en Russie d’une marque de voitures de sport semble aujourd’hui encore une chose incroyable. On a pris l’habitude depuis si longtemps de penser que toute nouveauté automobile russe est dépassée d’au moins une décennie ! Prenez l’exemple des Lada Priora et Kalina. Il est ainsi difficile de croire qu’une voiture russe serait capable de rivaliser sur un circuit avec le productions d’un constructeur comme, par exemple, Lotus.

Pourtant en septembre dernier, à peine deux ans après le lancement du projet Marussia, un showroom a été ouvert au centre de Moscou où l’on peut si on le souhaite commander l’un des deux modèles du constructeur russe : B1 ou B2. Ces deux voitures sont des coupés à moteur central capables d’atteindre les 100km/h en moins de 5 secondes. Et quand on sait que les prix de la Marussia B1 démarrent à 100 mille euros et ceux de la Marussia B2 à 117 mille euros alors on réalise que les fondateurs de la marques, le showman et pilote de course Nikolaï Fomenko et le politologue Efim Ostrovski ont offert aux amateurs de voitures de sport une vraie bombe.

Un mois après l’ouverture du magasin d’exposition, le site Avto.lenta.ru a réussi à visiter l’usine Marussia située également à Moscou et où la production de ces bolides sera réalisée en petite série.

Dans n’importe quelle usine automobile, tout commence par un énorme logo qui vous accueille près de l’entrée principale. Mais Marussia ne dispose encore de son propre site et c’est pourquoi les visiteurs du premier fabriquant russe de voitures de sport devront passer par une entrée anonyme de l’usine de réfrigérateur « Snezhinka » (Flocon de neige), située près de la station de métro « Jardin botanique », où Marussia loue des locaux.

Mais une fois arrivé au grand bâtiment administratif de Marussia Motors vous oublierez les appareils ménagers pour découvrir une vraie usine de fabrication de voitures de sport comme en témoigne la Marussia B1 garée près de l’entrée et au volant de laquelle arrive tous les jours le chef du bureau d’étude et vice-président de la compagnie, Igor Ermiline. A l’époque soviétique, Ermiline avait travaillé au « laboratoire des voitures de records » MADI. C’est lui qui, il y a quatre ans, avait réalisé le prototype de voiture de course Fenix, qui n’avait pas pu entrer en production par faute d’investisseurs.

Avec la Marussia, Ermiline est plus chanceux car beaucoup d’argent ont déjà été investi. Dans l’atelier de montage, où nous a emmenés en premier le directeur de projet Dimitri Rodionov, l’activité tourne à plein régime. On compte six postes de production où des voitures se trouvent à divers niveaux de finition. Sur l’un deux, seule la coque centrale est réalisée, sur d’autre on a déjà boulonné les berceaux avant et arrière qui recevront suspension, moteur, transmission et système d’échappement.

Cet atelier très lumineux fait une surface d’environ 300 mètres carrés. Ici, pas d’installation coûteuse ou de sol clinique. Les ouvriers ne se promènent pas en robes blanches mais dans d’ordinaires salopettes bleues. Pourtant un ordre parfait règne et les pièces sont rangées proprement dans leurs étagères. Aucune tâche d’huile au sol, des grandes fenêtres, beaucoup d’air... Les murs sont recouverts de plans, d'instructions, de diagrammes détaillant toutes les étapes de fabrication et de certificats tamponnés et signés à la main prouvant le respect des normes fixés par l’Etat. Bref, il s'agit d'un environnement de travail propre à réaliser de grandes choses.

Cette première impression est un peu gâchée par des petits signes comme cette clé dynamométrique, un instrument de mesure précis, qu'on utilise comme un marteau. Mais comme nous l’a expliqué Rodionov, il n’est pas facile de trouver des professionnels prêts à travailler dans un atelier de montage et de nombreux ouvriers doivent être formés en partant quasiment de zéro.

Les modèles B1 et B2 ne se distinguent que par leur dessin. Les châssis cage en acier que l’on trouve sous les panneaux de carrosserie en fibre de carbone sont identiques. Ils sont réalisés aussi à l’usine dans un autre atelier : le châssis en tubes en acier (il s’agit d’ailleurs d’acier russe destiné à l’aéronautique de marque KhGSA) est boulonné, soudé et recouvert de cloisons de type sandwich constituées de deux feuilles d’aluminium et dont l’espace est rempli d’une mousse spéciale. Certaines parties sont recouvertes d’une matériau anti-bruit et anti-vibration, d’origine russe lui aussi.

Les suspensions avant et arrière multibras de la Marussia sont en fait identiques à celles que l'on rencontre sur les voitures de course. Elles ont été conçues et mises au point par le bureau d’études de la marque. Les amortisseurs et les ressorts sont des KW, une marque célèbre dans le milieu de la course dont les caractéristiques ont été spécialement adaptées pour les Marussia. Dans l’habitacle une molette permet de choisir plusieurs niveaux de dureté (en compression et en détente) et un levier permet de régler la garde au sol quasiment en un clin d’oeil. Mais il peu probable que les propriétaires de cette voiture de sport à 100,000 euros joueront tous seuls avec ces paramètres.

D’origine la garde au sol de la Marussia est très faible. C’est pourquoi tous les modèles disposeront d’un système hydraulique qui permettra de la faire varier de 55 à 110 millimètres en appuyant sur un bouton pour passer, par exemple, un ralentisseur. Les amortisseurs KW le permettent également. Comme l’indique Rodionov, on prévoyait au début d’utiliser des amortisseurs russes « Glaza », mais leurs caractéristiques n’étaient pas stables et c’est pourquoi il a fallu chercher en urgence un nouveau partenaire. Le choix s’est porté sur l’allemand.

Impossible d’en savoir plus sur le système de freinage. Rodionov reste muet, souhaitant préserver le secret commercial tout en précisant qu’il n’est ni d’origine russe, ni d’origine chinoise. Il est plus prolixe sur les moteurs qui équipent ses voitures de sport. A la commande on peut choisir entre deux moteurs réalisés par l’anglais Cosworth : un 3,5 litres atmosphérique de 300 chevaux et un moteur turbo de 2,8 litres en développant 360. Pour l’instant la boîte de vitesse de la Marussia est une boîte automatique à six rapports mais dans un futur proche elle sera accompagnée d’une boîte manuelle. On sait aussi que le moteur 2,8 litres devrait être disponible en version 420 chevaux.

On voit en visitant l’atelier de montage que le projet Marussia est l’œuvre d’ingénieurs et d’ouvriers russes. Il s’agissait d’un point important pour ceux qui souhaitaient voir l’apparition en Russie d’une marque de voiture de sport.

Il y a bien sûr des détails qui semblent pour le moins incongrus. En jetant un œil à l’intérieur d’une voiture en cours de finition nous avons tout de suite remarqué la boîte en étain qui renferme l’un des boîtiers électroniques. Celle-ci n’est pas visible par le client et il ne la verra sans doute jamais, mais Rodionov reconnaît en personne que la voiture est loin d’être un chef d’œuvre technologique. Il a aussi des arguments pour soutenir la Marussia : « Je peux vous assurer que je vois plus de défauts que vous dans cette voiture. Elle est encore en cours de finalisation. Mais ces « défauts », si on peut les appeler ainsi, n’ont pas d’impacts réels sur sa conduite ou d’autres qualités intrinsèques ».

La production de la Marussia est entièrement autonome, pratiquement comme chez AvtoVAZ. L’usine dispose de son propre atelier d’emboutissage, de sa chaîne de montage et d’un bâtiment entièrement dédié à la fabrication des panneaux de carrosserie en fibre de carbone. C’est également ici, sur le territoire de l’usine « Snezhinka » que l’on trouve le bâtiment où travaillent les ingénieurs et les designers et c’est aussi là que sont développés, numérisés et fabriqués les moules qui vont permettre la réalisation ultérieures de pièces en fibre de carbone.

Nous avons vu de nos propres yeux comment cela se passe : une fraiseuse numérique fabrique les nouveaux moules qui sont remplacés systématiquement toutes les 100 pièces ou en cas de défaut. Car c’est à ce moment là qu’apparaissent des fissures ou des rayures qui vont détériorer la qualité de la pièce. Le process de fabrication de ces moules est impressionnant. La machine se présente comme une structure en acier de trois mètres de haut sur lequel se déplace une fraiseuse pouvant opérer en cinq dimensions permettant de travailler un grand morceau de polymère stratifié qui servira de moule aux panneaux de carrosserie de la Marussia. Ce ballet s’apparente à la leçon de calligraphie d'un robot géant. Lorsque la matrice est prête, elle est traitée pour être ensuite recouverte couche après couche de nappes de fibre de carbone imprégnées de résine thermodurcissable. On obtient un véritable sandwich qui va être cuit durant plusieurs heures dans un four autoclave, où la température augmente progressivement jusqu’à 180°C et la pression jusqu’à 8 bars.

L’atelier où sont ensuite fabriqués les panneaux de carrosserie ne semble pas aussi « technique » que la pièce où est installée la fraiseuse et moins propre que l’atelier de montage, Là, les rayonnages ne manquent pas pour stocker les différents moules, mais les deux pièces, où l’on imprègne de résine la fibre de carbone semblent bien petites pour les ouvriers et leurs pistolets pulvérisateurs, pour les moules et les nombreux bidons et boîtes de produits chimiques.

Les pièces de carrosseries sont peintes à la main, dans une cabine de peinture ordinaire et reçoivent trois couches d'une moderne peinture à l’eau afin de camoufler la texture de la fibre carbone. Cependant, les pièces n’ont pas toujours l’air parfaitement lisses. Mais si vous regardez de plus près les carrosseries en fibre de carbone de constructeurs connus vous verrez aussi ces petits défauts. Parfois les panneaux de carrosserie ne seront pas peints : certains clients pourront demander une voiture avec une carrosserie brute. Rodionov précise que chez Marussia Motors on est prêt à satisfaire ce genre de demande, mais qu'une voiture non peinte coûtera plus cher au client car le carbone « brut » est plus difficile à réaliser parce qu'il est nécessaire d’avoir des nappes de fibre d’une étanchéité parfaite et suivre parfaitement le processus d’imprégnation de toutes la surface.

Une carrosserie non peinte, c’est l’une des nombreuses options permettant de personnalisation qui sera proposée aux acheteurs de la Marussia. Par exemple, l’habitacle de chaque voiture sera habillé individuellement. Le dessin de certains éléments intérieur, comme certains boutons, les poignées de portes ou le volant pourra être facilement modifié puisque ces pièces sont réalisées par l’usine. Comment ? Le bureau d’étude pourra par exemple vous proposer un dessin d’interrupteur, puis le mettre en forme en 3D pour en lancer la réalisation sur la fraiseuse numérique. Ensuite, la pièce réalisée permettra en deux heures de réaliser un moule en silicone qui va être rempli de polyuréthane qui pourra être durci dans une machine de moulage sous vide pendant quarante minutes. Ce genre de process est inimaginable avec la production en grande série, mais est tout à fait gérable ici et à peu de frais. Les pièces ainsi fabriquées ne nécessitent quasiment aucune finition : juste un nettoyage. Et le polymère peut-être pratiquement de n’importe quelle couleur. De plus, en principe, l’acheteur d’une Marussia pourra donc choisir le dessin de la voiture entière, et pas seulement la couleur de l’intérieur ou de la carrosserie. Puisque sa conception avec des panneaux de carrosserie qui recouvre un châssis cage permet des modifications à n’importe quel moment ! Mais il faudra que le client ait de l’argent pour demander un tel caprice.

Les sentiments que l’on ressent en visitant l’usine Marussia Motors sont mitigés. D’un côté nous n’avons pas vu cette chaîne de montage de haute technologie que nous avions imaginé, pas plus qu’un stock de voitures terminées, attendant leur client. Mais de l'autre, l’usine Marussia Motors n’est pas un « village Potemkine » et le travail est en plein essor. Et ça, peu de personnes pouvait l’imaginer !

Selon Rodionov, on peut qualifier l’accueil des médias russes pour la Marussia comme négatif, alors qu’à l’étranger la voiture de sport russe a été accueillie avec grand enthousiasme. « Lors de sa présentation à Monaco, un homme venu d’un Emirat a dit qu’il était prêt à acheter sur le champ l’exemplaire exposé. Il nous a fallu refuser car nous ne pouvions pas vendre cette voiture et l’homme était très en colère ! ».

Nikolaï Fomenko indiquait en septembre que 19 voitures avaient été vendues et qu’il avait reçu près de 700 commandes. Il annonçait également l’ouverture de deux nouvelles usines en Allemagne et en Belgique qui permettrait de faire passer la capacité de production de Marussia Motors de 300 à 2000 voitures par an. Les pièces resteraient fabriquées en Russie, seul l’assemblage final y serait effectué dans ces deux pays.

Si ces projets rendent sceptiques non seulement les médias russes et ses experts de l’industrie automobile, ils ne font pas non plus peur au cercle restreint des producteurs mondiaux de voitures de sport. Pourtant force est de constater que beaucoup de temps et d’argent ont déjà été consacrés à la création de la marque et que cette année a été décisive : l’intérêt provoqué par cette voiture de sport russe est certain et l’on reconnaît dans son prix relativement peu élevé et son marketing agressif, la patte de Nikolaï Fomenko.

Légende des photos :

  • Marussia Motors a déjà réussi à organiser une séance de présentation pour ses clients... à l’étranger. Ce premier test officiel a eu lieu sur le circuit du Paul Ricard cet été. Selon ses créateurs, cette approche marketing n'a rien d'étrange car les acheteurs russes ne s'intéresseront à cette voiture de sport que lorsque les étrangers commenceront à l'acheter. On ne sait d'ailleurs pas comment se portent les ventes depuis l'ouverture du showroom moscovite, mais Fomenko indique qu'à l'étranger les clients ne manquent pas. Arès les tests en France, Marussia Motors a reçu environ 700 commandes en Europe de l'Ouest.
  • Quand on la voit, on a du mal à croire que la Marussia B2 est une voiture russe !
  • Il ne s'agit pas d'un cliché de circonstances. Les ouvriers travaillaient avant que nous arrivions et ont continué à travaillé après notre départ.
  • Deux Marussia ont également foulé le circuit du Silverstone en Angleterre, lors de la présentation des projets entre Cosworth, Marussia Motors et l'écurie Virgin F1.
  • Il ne s'agit pas d'un photomontage ! La Marussia roule vraiment.
  • A la création de l'usine, la direction de Marussia Motors a été confronté au fait que le marché du travail manque cruellement d'employés qualifiés, que ce soit pour le bureau d'étude que pour les ouvriers en fabrication. Actuellement Marussia emploie environ 300 personnes, dont 150 directement impliquées dans la production et 52 techniciens travaillent au bureau d'étude. Il n'a pas été possible de d'obtenir des ouvriers leur niveau de salaire. Les seuls qui ont accepté de commenter cette question ont répondu que par rapport à ce qui se pratique à Moscou l'usine paie bien.
  • Un moule pour l'un des panneaux de carrosserie de la Marussia. La précision avec laquelle la fraiseuse travaille est impressionnante : la surface est presque parfaitement lisse et ne demande qu'un minimum de reprise par la suite. Ce cube dans lequel est usiné le moule se compose de plusieurs couches de polymère collées entre elles. La trame de fibre en carbone est imprégnée de résine thermodurcissable.
  • Les deux modèles de Marussia ont été dessinées par des designers russes. Les initiateurs du projet et les investisseurs ont décidé de ne pas faire appel à des compagnies étrangères pour les questions de design. Ce sont également des spécialistes russes qui se sont occupés des réglages : Fomenko lui même qui a une bonne expérience de la course à un niveau international et d'autres noms célèbres, tenus secrets.
  • Grâce à des moules en silicone, Marussia Motors est capable de fabriquer des interrupteurs, des poignées de portes et d'autres pièces intérieures. Cela n'est pas très compliqué et cela ne prend que deux heures.
  • L'un des exemples frappant de la prétention de Marussia Motors à se développer est son projet de SUV. Lors de l'ouverture du show-room moscovite, Nikolaï Fomenko a annoncé que d'ici trois ans serait inaugurée une usine près de Volokolmask (région de Moscou) pour produire 10,000 Marussia F2 par an.
  • Lors de la visite de l'usine, nous avons assisté à la sortie du premier exemplaire de pré-série de F2 : Nikolaï Fomenko et d'autres personnes inconnues en costumes ont roulé avec dans la cour de l'usine. On ne sait pas encore officiellement sur quel châssis elle est construite, mais nous avons vu un Ssangyong Rexton démonté et il se pourrait qu'il offre sa plateforme au futur tout-terrain de Marussia. Toutefois, Rodionov indique que le partenaire pour ce projet n'a pas encore été choisi et que les négociations sont en cours avec plusieurs grandes entreprises étrangères.
  • La Marussia a toutes les chances de devenir la première voiture de sport dont les Russes pourront être fiers.

Lu sur : http://auto.lenta.ru/articles/2010/11/03/marussia/
Adaptation VG

Tag(s) : #Marussia, #Usine, #Visite