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La « vingt-et-unième » Volga est pour nous un axiome. Tout le monde le sait : c’est une légende et personne n’a besoin de démontrer qu’elle est la meilleure de toutes. Mais lorsqu’un exemplaire de GAZ-21 de troisième série, fraîchement restauré, nous est tombé entre les mains, nous avons décidé de vérifier dans quelle mesure ces légendes étaient fondées.

Légende n° 1. Elle est belle.
Eh bien, la Volga est effectivement très réussie. D’autant plus impressionnante qu’elle l’était au moment de son apparition, en 1956. Un style particulièrement expressif, pour ne pas dire provocateur, et un habitacle baigné de lumière contrastaient fortement avec les précédentes voitures soviétiques, plutôt sombres et lourdes dans leur style.

Hélas, l’extérieur de la Volga, inspirée des codes stylistiques de l’école américaine, qui à cette époque prônait un renouvellement annuel des modèles, s’est assez rapidement démodé selon les critères occidentaux. Mais, en URSS, tout le monde n’en avait pas conscience. Ce n’est qu’à la fin de ses quatorze années de carrière sur les chaînes de production que la « vingt-et-unième » est devenue un véritable anachronisme stylistique, même si deux « restylages », en 1958 et en 1962, l’avaient assez habilement remise au goût du jour. Notre exemplaire d’essai date de 1962 et, dans cette troisième et dernière évolution, la voiture paraît être la plus légère et la plus élancée.

Légende n° 2. Elle est confortable.
Eh bien, cela dépend pour qui ! Si l’on se place du point de vue d’il y a un demi-siècle, la réponse est sans ambiguïté et positive, mais les résultats de notre essai sont nettement moins catégoriques. La voiture est spacieuse, et ce n’est pas pour rien que, sur certains marchés étrangers, elle était officiellement considérée comme une voiture à six places : deux larges banquettes moelleuses, un toit haut et un plancher presque plat.

La finition, réalisée avec du tissu, du vinyle et du chrome, est de bonne qualité. À cela s’ajoute un équipement qui constituait un véritable attribut du luxe à la fin des années 1950 et qui était livré de série : une radio à cinq gammes. Le haut-parleur à membrane en papier produit un son doux et profond, mais les touches de sélection des gammes ont tendance à rester coincées, comme c’était déjà le cas à l’époque où la Volga était encore jeune.

Nous avons apprécié le chauffage qui, compte tenu de la douceur de l’hiver actuel, s’est révélé tout à fait efficace et surtout silencieux, puisqu’il est dissimulé sous le capot. Les bruits en roulant sont évidemment présents : il s’agit avant tout du moteur et du grondement de la transmission, puis du fonctionnement des suspensions sur les chaussées défoncées. Le train roulant, soit dit en passant, absorbe les irrégularités avec une efficacité remarquable. On a presque l’impression d’être au volant d’un SUV moderne haut de gamme.

Légende n° 3. Elle est faite pour les dirigeants.
Oui, pour eux aussi. Il est facile de s’installer sur la banquette arrière, où les patrons de toutes sortes ont toujours aimé prendre place. L’ouverture de la porte est presque rectangulaire, à peine rétrécie dans sa partie inférieure par le passage de roue, tandis que la ligne de toit ne descend qu’à l’arrière de la porte. La disposition respective de l’assise de la banquette et de l’ouverture de la porte ferait envie à certaines berlines modernes. Pour prendre place à bord, il n’est pas nécessaire de se pencher comme dans certaines berlines, ni de se hisser comme dans un tout-terrain. On peut s’asseoir directement, sans préparation : le siège moelleux se trouve précisément à la hauteur du postérieur d’une personne de taille moyenne.

Il n’y a pas davantage de problème pour caser les jambes, puisque la profondeur de l’assise de la banquette arrière et l’espace qui la sépare du siège avant sont supérieurs à ceux de nombreuses voitures actuelles. Même avec de grosses chaussures d’hiver, nous avons donc pu glisser nos jambes à leur place sans difficulté. Pour être tout à fait juste, il faut préciser qu’il est encore plus facile de s’installer sur la banquette avant de la Volga - et qu’il y a même davantage de place sous le pavillon pour y conserver son chapeau sur la tête.

Légende n° 4. Elle est « increvable ».
C’est parfaitement vrai ! Et le robuste train roulant, capable d’absorber efficacement les irrégularités, n’est pas la seule chose que les ingénieurs ont conçue pour adapter la voiture à la qualité des routes et des chemins soviétiques. La Volga avait été créée avant tout pour les besoins des administrations et des organisations publiques. Elle devait donc être une voiture polyvalente, à l’aise dans une grande ville, sur une route nationale, sur une chaussée défoncée et même sur un chemin non revêtu.

C’est pour cette raison que la GAZ-21 reçut une carrosserie autoporteuse rigide, quoique excessivement lourde. Elle bénéficiait également d’une garde au sol importante pour une voiture particulière - 190 mm - tandis que la suspension souple reposait sur de puissants ressorts à lames, une poutre forgée et de robustes bras forgés qui auraient parfaitement pu convenir à un petit camion.

Une telle marge de robustesse des composants permettait d’assurer la durée de vie prévue de la voiture quelles que soient les conditions d’utilisation. Cette exceptionnelle réserve de robustesse intégrée à la conception de la Volga avait d’ailleurs été relevée par les experts automobiles occidentaux. Au milieu du XXe siècle, les voitures européennes courantes étaient déjà plus frêles. Ainsi, en Belgique et en Grande-Bretagne, la GAZ-21 soviétique était notamment recommandée aux agriculteurs et aux habitants des régions rurales.

Une remarque toutefois : afin de prolonger la durée de vie des éléments de la suspension, la Volga, comme beaucoup de ses contemporaines, nécessitait un entretien régulier : il fallait notamment graisser les articulations du train roulant tous les quelques centaines de kilomètres, ainsi qu’après chaque pluie…

Légende n° 5. Elle est encore aujourd’hui meilleure que beaucoup d’autres.
Globalement, bien sûr que non. Mais l’essai nous a laissé en mémoire deux ou trois caractéristiques sur lesquelles cette élégante « vieille dame » peut encore tenir tête à certaines de ses contemporaines. La première Volga était une voiture moderne pour son époque, mais plus d’un demi-siècle s’est écoulé depuis et il n’est pas pertinent de la comparer dans son ensemble aux modèles actuels de même catégorie.

Par exemple, l’ergonomie de la Volga laisse à désirer : pendant l’essai, il nous a été impossible de trouver une position réellement confortable au volant. Même lorsque la banquette est reculée au maximum, un conducteur de taille moyenne se retrouve assis trop près du « volant ». Du moins selon les standards actuels. En revanche, le volant lui-même s’est révélé étonnamment léger ! Sans aucune assistance, le grand volant fin se manie facilement, même à l’arrêt.

L’embrayage est ferme et, sans le dossier droit et solide de la banquette, il serait encore plus difficile d’enfoncer la pédale. Le freinage demande lui aussi davantage d’effort que sur les voitures actuelles, mais le plus inhabituel est que les pédales reviennent à leur position initiale avec une certaine lenteur. Il faudrait sans doute dire que les pédales manquent de retour d’information, mais cela ne voudrait finalement pas dire grand-chose…

Nous avons déjà vanté la capacité d’absorption des irrégularités et le confort exceptionnels des trains roulants, même selon les standards actuels. Il reste à tirer notre chapeau à ceux qui ont conçu le mécanisme de changement de vitesses avec levier au volant : son fonctionnement est doux, léger et précis, et pourrait encore donner des leçons à la moitié des voitures étrangères actuelles.

Légende n° 6. Elle est rapide.
Ce n’est pas énorme compte tenu des 1,5 tonne en ordre de marche de la voiture, mais dès les premiers tours de roues, on peut remarquer que le moteur réagit assez vivement aux sollicitations de l’accélérateur. En pratique, il s’est avéré que, dans la circulation urbaine moderne, la Volga se débrouillait parfaitement bien - mais seulement jusqu’à 50-60 km/h. Tout s’explique : le moteur de 2,4 litres délivre son couple maximal de 170 Nm « à bas régime », à 2,200 tr/min, puis la poussée diminue à mesure que le régime augmente.

Mais le caractère tranquille du moteur de la Volga possède son propre charme : il est tellement souple que la boîte manuelle à trois rapports se transforme avec lui en une sorte de « boîte automatique ». Après avoir accéléré sur les deux premiers rapports, on peut passer en troisième et aussi bien se promener tranquillement dans les ruelles sans multiplier les changements de vitesse que réaccélérer franchement sur la route. Avec un plaisir assez rare, il faut bien le dire, à notre époque…

Pavel, le restaurateur, témoigne :
« La première Volga est à bien des égards une voiture remarquable, même s’il ne faut pas non plus l’idéaliser. Elle était effectivement fiable et confortable, mais en cas d’utilisation intensive, elle exigeait un entretien permanent, et c’est précisément la régularité de cet entretien qui lui permettait de conserver cette réputation de voiture « increvable ».

Pour un particulier, il était toutefois plus facile de l’entretenir que certains autres modèles, car, dans un contexte où les ateliers de réparation étaient inexistants et les pièces détachées rares, il était possible de trouver des pièces pour la Volga pratiquement partout - dans n’importe quel dépôt de taxis ou parc automobile.

Et si nous devons aimer la « vingt-et-unième », ce n’est pas seulement par nostalgie, mais aussi en tant que produit d’une certaine culture technique : le fonctionnement de certains de ses mécanismes pourrait encore servir d’exemple aux ingénieurs d’aujourd’hui ».

Lu sur : https://www.kolesa.ru/test-drive/gaz-21-volga-proverjaem-mify-na-prochnost-2015-03-14
Adaptation VG

Tag(s) : #GAZ, #GAZ-21, #Volga, #Essai