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Rêve de victoire en Duroplast.

Les coureurs automobiles de la RDA ont eux-aussi pris part à des courses célèbres. Mais au volant de leur Trabant ils risquaient leur vie bien plus que les autres participants.

Un peu de trop de gaz, un mouvement trop brusque au volant, une roue dans le sable et la sortie de route a été inévitable. La voiture a fait plusieurs tonneaux, le toit s’est envolé ainsi que la porte avant gauche, et la Trabant a fini sa course 60 mètres en contrebas. Pour Christian Meischner, le Rallye de l’Acropole de 1977, s'est terminé dans une « chambre sombre d’un hôpital de province grec ». Agé aujourd’hui de 75 ans, il s’en était sorti avec légère blessure à la colonne vertébrale. C’est grâce à l’arceau de sécurité qu’il a survécu à l’accident de sa Trabant P 601. Trois jours plus tard il reviendra au bercail à Zwickau, avec son co-pilote Reiner Leonhardt, allongé dans une Trabant Kombi.

Le rallye est l’un des sport les plus dangereux au monde et tester les limites des lois de la physique au volant d’une Trabant est particulièrement téméraire. Même si le choc semblait inoffensif la carrosserie en plastique de la petite deux-temps explosait littéralement. Mais pour Christian Meischner, la passion de la course était plus grande que la crainte de l’accident.

Tous avaient à l’esprit la réussite éclatante de légendes comme Walter Röhrl ou Toni Mang. Et la RDA était engagée dans toutes les catégories du sport automobile, même dans les courses de véhicules tout-terrain. Les Trabant de Zwickau et les Wartburg d’Eisenach on même participé au légendaire Rallye de Monte-Carlo. A leur retour à la maison, les pilotes ont été reçus comme de véritables héros non seulement pour leurs compétences au volant, mais aussi pour leur talent pour l’improvisation. Il faut dire qu’ils n’avaient aucune chance de l’emporter. La concurrence de l’Ouest était nettement supérieure.

Helmut Piehler se souvient de la visite de Walter Ulbricht et d’Erich Honecker auprès des pilotes de rallyes de la RDA. Cet ingénieur en mécanique de Zwickau a participé cinq fois au Rallye de Monte-Carlo, dont deux fois en tant que pilote. De 1968 à 1973, les Trabant ont pris le départ et en 1970 les deux équipages Eberhard Asmus / Helmut Piehler et Franz Galle / Jochen Müller ont remporté une sensationnelle double victoire dans la catégorie jusqu’à 850 cm3.

Les spectateurs pouvaient entendre de loin le « Räng-täng-täng-täng ». Les Trabant et leur moteur 600 cm3 refroidi par air dont les 26 ch de série avaient été portés à 46 ch parcouraient les routes des Alpes Maritimes à fond de deuxième et troisième. La consommation de carburant était de 22 à 24 litres... Quand on sait que la voiture ne pesait que 600 kilos ! « Comme le réservoir de la Trabant était relativement petit, nous avions deux bidons d’essence dans la voiture » raconte Helmut Piehler. Un accident aurait pu facilement se transformer en drame. « Je suis content que personne ne soit mort durant toutes ces années ». Après 1973, il a été décidé de mettre fin à l’aventure en raison du coût considérable de l’engagement au Rallye du Monte-Carlo et parce que la Trabant ne pouvait pas lutter face au Lancia, Alpine-Renault, Fiat ou Opel. L’équipe de rallye de la Sachsenring a préféré s’inscrire à d’autres rallyes.

La Trabant de rallye s’avérait être étonnamment robuste. Le point faible était les roulements du vilebrequin qui cassaient souvent. « Pilote, co-pilote ou mécanicien, nous étions tous en mesure de réparer la voiture » indique Christian Meischner. Les pilotes aussi étaient robustes. Pour économiser leur indemnités journalière et s’offrir des « souvenirs » de l’Ouest, ils faisaient leur propre tambouille avec des boîtes de conserve ramenées de la maison. Bien que les contacts avec les pilotes de l’Allemagne de l’Ouest n’étaient pas les bienvenus, il se souviennent de rencontres mémorables en dehors des pistes. Au Rallye de l’Acropole, Christian Meischner a ainsi été aidé par Walter Röhrl lors de la conférence de presse en anglais. « C’était classe de la part de la Walter » raconte-t-il « Je ne l’oublierai jamais ».

Helmut Piehler qui a dirigé le département compétition de Sachsenring de 1975 à 1981 se souvient : « Le Monte-Carlo reste une grande expérience pour moi ». Peu de citoyens de la RDA peuvent se vanter d’avoir reçu des mains du Prince Rainier et son épouse Grace Kelly en personne avec une médaille comme Christian Meischner en 1972 : « Cela a été très impressionnant ».

Dans les années 80, alors que la course à l’armement faisait rage dans les équipes des constructeurs occidentaux, l’équipe de rallye de Trabant a continué à faire évoluer ses voitures : « Nous avons essayé beaucoup de choses » raconte Wolfgang Kiessling, le co-pilote de Heinz Galle. « De nouveaux ressorts à lames et amortisseurs, des roues plus larges, un réglage de carrossage différent, on grandement amélioration la tenue de route des Trabant de course ». Les tambours de freins arrière réalisé dans un aluminium spécial améliorait le refroidissement, les freins avant de Wartburg permettait des freinages plus simple à doser que sur la Trabant de série.

Les Trabant de rallyes ont continué à enregistrer des succès modestes, comme en 1980 dans le final éprouvant du Rallye de l’Acropole. Après 3000 kilomètres de routes en gravier et de passages de gués, seuls 32 des 130 équipages au départ avaient réussi à rejoindre l’ancien stade olympique. « Parmi ceux-là, il y avait nous en Trabant » se souvient Wolfgang Kiessling. « Comme au Tour de France, les gens s’étaient massés au bord de la route pour nous encourager ». Il est tout aussi fier de la une d’un journal finlandais des années 80 où, après un fameux épisode au Rallye des 1000 Lacs, la photo de sa Trabant s’affichait au côté de la Formule 1 d’Ayrton Senna !

Lu sur : http://www.welt.de/print/wams/motor/article134125818/Traeume-aus-Duroplast.html
Adaptation VG

Tag(s) : #Cycle, #Trabi-50, #Trabant, #Histoire, #Sport