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Le dicton « Ce qui est bon pour le Russe est la mort pour l’Allemand » (NDT : correspondant à notre dicton « Le bonheur des uns fait le malheur des autres » revisité après la Grande Guerre Patriotique) est probablement trop ancien pour considérer comme pertinent de l'appliquer à l'histoire récente de l’entrepreneur Horst Jesche qui, à un moment donné de sa vie, envisageait de tout abandonner au nom d’une coopération prometteuse avec le groupe GAZ…

L’histoire commence donc lorsque cet employé d’une prospère société financière de Francfort a vu pour la première fois la Volga GAZ-3111. Un vrai coup de foudre. La voiture de rêve : plus grande qu’une Mercedes Classe E, plus lourde qu’une BMW, ressemblant à une Jaguar… et ne coûtant que 15 à 16 mille dollars ! On ne sait pas ce qui s’est passé ensuite dans la tête de cet « entrepreneur-innovateur » (comme il se dépeignait lui-même dans ses premières interview) mais le résultat de sa pensée a abouti à son licenciement, au vidage de ses comptes bancaires et la création d’une société appelée Volga International Trading and Automotive. En d’autres termes, Horst Yeshe avait décidé de se lancer dans l’importation de GAZ en Allemagne !

Comme fondations de son futur empire de concessionnaires, Horst Yeshe porte une attention particulière à la publicité et aux rencontres avec les journalistes où il explique clairement pourquoi son entreprise est tout simplement destinée à réussir. Ses discours pourraient paraître étranges aujourd’hui mais à l’époque, en 2002, on l’écoutait et pas seulement dans son Allemagne natale.

Confiant, l'homme affirmait qu’il ne vendrait pas des voitures, mais des sensations et des souvenirs, ajoutant sa propre vérité sur les Volkswagen et les Audi modernes sans âme. Il décrivait de façon colorée le design magnifique et le confort incroyable de la nouvelle Volga, tout en critiquant les voitures allemandes. Il aimait aussi conter l’histoire fascinante où il avait tenu tête à 180 km/h au volant d’une GAZ-3110 à moteur diesel Steyr à une Audi A8 et où le conducteur du « filet à provisions » (*) d'Ingolstadt avait du douter de son choix.

Quelques temps après, l’intérêt en Russie pour Horst Yeshe s’est estompé. Jusqu’en 2004 où il s’est rappelé au bons souvenirs des Russes. Avec quoi voulait-il surprendre maintenant ? Avec l’idée d’exporter des Lada ou des UAZ ? Non. Cette fois-ci, tout le monde a été déçu...

Il s’est avéré que Horst Yeshe, et c’est peu de le dire, n’avait pas tout pris en compte et qu'il n'avait pas tout calculé. Il n’avait pas du tout imaginé qu’une série de problème allait arriver directement de Nijni-Novgorod où avec instance on exigeait de lui des volumes d’approvisionnement des centaines de fois supérieurs à ses capacités. On insistait aussi sur la nécessité d’établir en Allemagne (et sur ses propres deniers) un vaste réseau de concessionnaires pour l’entretien et la réparation des Volga afin de ne rien perdre de la haute réputation de la marque sur ce marché. Chez GAZ, on avait sans doute l’envie de voir renaître un Scaldia Volga qui à une grande époque vendait les voitures soviétiques comme des petits pains au Benelux…

C’est pourquoi dans cet hôtel en bordure de route, à l’entrée de la ville de Pokrov, située à la limite des régions de Moscou et Vladimir, les journalistes n'ont pas pu rencontrer l’homme d’affaires sérieux, vêtu d’un costume de luxe et buvant son café du matin qu'ils avaient connus deux ans plus tôt, mais un homme âgé ayant laissé poussé une moustache et sirotant une bière. Un homme venu là pour raconter les énormes pertes qu’il venait de subir !

Les cheveux gris, Horst Yeshe les avait gagnés non seulement lors des pourparlers sans fin avec la direction de GAZ mais aussi parce qu’il avait été choqué à plusieurs reprises par la qualité des produits sortant de l'usine de Nijni-Novgorod. Il avait par exemple pu constater qu’avant peinture la carrosserie ne pouvaient pas être complètement nettoyées de la saleté... Horst Yeshe venait aussi de comprendre qu’il devrait faire maintenant face à tout un tas de problème en plus de celui d’installer un nouveau moteur ! Et dire que lors de ses premières déclarations, il avait insisté sur le fait que la qualité du produit qu’il s'apprêtait à vendre serait d’un très haut niveau...

Il convient toutefois de noter que Horst Yeshe a souvent dit des choses intelligentes et même prémonitoires. Ainsi, à l’aube de ses ennuis avec GAZ, dans l’une de ses interviews, il a dit quelque chose comme : « GAZ pourrait connaître un triste sort. Le temps viendra où ces voitures de mauvaise qualité ne seront plus fabriquées, l’entreprise s’arrêtera avec ses vieux ateliers et ses équipements usés. Pour le relancer, des investissements très, très importants seront nécessaires. Plusieurs milliards. Qui sera prêt à les donner ? ».

En réalité, bien sûr, tout s’est déroulé différemment. Si l’histoire des voitures particulières GAZ s’est terminée avec l’expérience douteuse de la Chrysler Sebring, la gamme utilitaire, grâce à l’arrivée opportune de l’ex-GM Bo Andersson (passé ensuite entre 2013 et 2016 à la tête d’AvtoVAZ), a connu un bel essor. Pour la Volga c’est dommage, mais si vous vous souvenez de tout ce qui s’est passé à l’Usine Automobile de Gorki dans les années 90 et au début des années 2000, il était difficile de s’attendre à autre chose.

Il est donc dommage qu’avec un tel don de prévoyance, Horst Yeshe n’ait pas su se protéger d’une entreprise ratée, qui lui a coûté non seulement ses propres économies mais aussi la santé. En 2005, quand sont tombées les premières informations sur le projet de limiter la production de voitures particulières chez GAZ, Horst Yeshe ne pensait déjà plus faire des millions de profit en vendant des Volga en Allemagne. Maintenant il sait qu’on ne se paie pas une Jaguar pour 15 mille dollars. Même en Russie !

Malgré tout, il n’a pas abandonné son entreprise. Têtu, l’Allemand aidé de quelques personnes partageant les mêmes idées farfelues que lui a continué à s’occuper de voitures russes. Et à l'époque, depuis son petit atelier situé à la périphérie de Sarrebruck, il avait réussi à faire immatriculer sept Volga !

Dix ans plus tard, Horst Yeshe est bel et bien vivant. En Allemagne, il vend toujours des voitures. Sur sa page Facebook, il télécharge des photos, publie des messages. Il n’a pas quitté le monde de l’automobile et distribue… des voitures chinoises ! Il a refusé de répondre à une interview en vue de la rédaction de cet article. Peut-être que ses souvenirs de la Russie ne sont pas les meilleurs. On peut tout à fait le comprendre…

Lu sur : https://www.kolesa.ru/article/horst-jeshe-chelovek-kotoryj-hotel-sdelat-iz-volgi-jaguar-no-ne-smog-2015-06-21
Adaptation VG

(*) NDT : drôle de comparaison !

Tag(s) : #Histoire, #GAZ, #Volga, #Export, #Allemagne