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Nous avons hérité d’un véhicule de façon inattendue, et personne dans la famille ne sait vraiment quoi en faire. Il ne s’agit pas d’un rare joyau historique rutilant, mais d’une Skoda Felicia relativement récente et un peu fatiguée. D’où cette question à la fois simple et embarrassante : on en fait quoi ?
La première « Felda » atteindra certes l’an prochain l’âge lui permettant d’obtenir le statut de véhicule de collection - elle a été présentée le 26 octobre 1994 sur le pont Charles, mais rien n’indique pour l’instant qu’elle devienne bientôt un youngtimer recherché. Après tout, 1,4 million d’exemplaires ont été produits dans toutes les versions jusqu’en 2001. Elle n’a rien d’une rareté.
En plus, notre Felicia n'est en plus « ni vieille, ni jeune » : il lui manque encore cinq ans pour obtenir le statut de véhicule de collection. Elle date de 1998, donc c’est un modèle d'après le restylage, avec la calandre modernisée de l’Octavia, qui encore aujourd’hui fait un peu pièce rapportée. La couleur rouge lui va bien, mais sous le capot se trouve l’antique 1,3 l, sans direction assistée ni autres options alors très coûteuses. Aux yeux de beaucoup, c’est une voiture sans intérêt et sans valeur.
On ne peut pas gagner d’argent avec. Il suffit de regarder les annonces. Alors qu’il y a encore quatre ans la Felicia faisait partie des voitures d’occasion les plus demandées, la situation a changé. Les épaves apparaissent de moins en moins dans les petites annonces privées et sont plus difficiles à vendre, notamment à cause de l’écotaxe de 3,000 ou 5,000 couronnes selon l’année.
Les pires exemplaires se vendent autour de 10,000 couronnes, les plus corrects à 20,000 et plus. Pour les mieux conservés, les propriétaires demandent jusqu’à 40,000, et il existe de véritables raretés - première main, voiture conservée dans un garage, faible kilométrage - qui tentent de trouver preneur pour des montants proches de 100,000 couronnes ou davantage. Mais ce sont des exceptions.
La « Felda » héritée de l’oncle Slavek n’est pas ce cas‑là. Il l’a achetée en 2018 seulement, après un premier propriétaire qui avait acquis sa Felicia neuve à 63 ans. Ce n’est toutefois pas un trésor choyé. Bien qu’elle fût garée à l’abri, ce qui a préservé la peinture, l’intérieur trahit une certaine usure. L’oncle Slavek utilisait la voiture comme un moyen de transport bon marché, avec un entretien strictement minimal.
La vendre via de grands réseaux spécialisés dans les reprises n’aurait sans doute pas de sens. Par exemple, AAA Auto n’a vendu l’an dernier que 59 Felicia à un prix moyen de 26,000 couronnes. « Chez nous aussi, les prix se situent le plus souvent entre 20,000 et 30,000 couronnes ; les exemplaires les mieux conservés sont proposés à partir d’environ 60 000 couronnes » évalue Jindrich Topol, responsable régional chez AAA AUTO et Mototechna.
Au‑delà, il s’agit selon lui d’exemplaires exceptionnellement rares et documentés : premier propriétaire, absolument sans corrosion, peinture d’origine, bref de véritables voitures « de réserve ». « Mais je pense que ces voitures s’achètent davantage par nostalgie que pour un potentiel de collection », ajoute‑t‑il.
Il ne s’attend pas non plus à ce que la Felicia devienne bientôt une bonne opportunité d’investissement. « Elle se distingue en cela de sa devancière, la Favorit, qui peut aujourd’hui présenter un réel potentiel d’investissement ou de collection », ajoute‑t‑il. Ses propos ont été confirmés par la vente printanière de Retro Garaz, où une Favorit « Tuzex » s’est vendue 180,000 couronnes.
Que faire alors d’une voiture dont personne n’a vraiment besoin ? Certains membres de la famille suggéraient de mettre la Felicia de l’oncle Slavek à la casse plutôt que de se donner du mal pour quelques milliers de couronnes.
Puis une idée a surgi. Et si l’on se remémorait un peu le passé (la Felicia Trumf fut autrefois ma seconde voiture) et si l’on essayait de rouler aujourd’hui dans Prague et ses environs avec une voiture presque disparue des rues ? Est‑il raisonnable de revoir ses exigences et de vivre avec une voiture qui ne peut rivaliser avec les modèles modernes en équipement, confort ou sécurité ? Et, soyons honnêtes, est‑il facile de supporter les regards le regard des autres, qui vous évaluent à la voiture que vous conduisez ?
Après plusieurs mois de cohabitation avec notre « Felda » rouge, ce fut finalement un coup de foudre au second regard.
Elle a de nombreuses qualités. D’abord, on n’a pas peur de la laisser quelque part par crainte du vol ou de dégradations. Par les matinées fraîches du printemps, le chauffage est excellent. Certes, l’été il fait plus chaud dans l’habitacle, mais on peut vivre sans climatisation. La visibilité est très bonne, l’intérieur spacieux et la conduite agréable - compte tenu de l’âge et de la technique. Les 54 ch ne font pas rêver, mais pour une Felicia d’une tonne, l’accélération est honorable et elle tient le 130 km/h sur autoroute, au prix d’un certain bruit.
L’absence de direction assistée complique parfois les manœuvres, rappelant l’importance de savoir avancer lentement. Mais surtout, c’est l’extraordinaire simplicité de cette voiture qui réjouit. La corrosion est visible sur les passages de roue arrière, mais le hayon est intact et la carrosserie se porte globalement bien.
L’intérieur, un peu négligé par l’oncle Slavek, célibataire endurci, a grandement bénéficié d’un nettoyage en profondeur. Il a fallu seulement remplacer un alternateur défaillant et un manchon d’échappement fragilisé par le temps. La Felicia a toujours démarré au premier tour de clé et ne nous a jamais laissés en plan.
En roulant à Prague, nous avons commencé à observer les autres Felicia. Dans le centre, elles sont rares, mais hors de la ville, elles sont toujours là. C’est la reine non couronnée des campagnes. D’ancienne fierté des familles tchèques et voiture qui a aidé Skoda à se faire accepter à l’Ouest, elle est devenue au fil du temps l’outil des artisans et la deuxième ou troisième voiture du foyer, pour les courses ou le trajet jusqu’à la gare.
La plus grande valeur de la Felicia réside dans sa simplicité. Tout bricoleur un peu habile peut la réparer, et ce qui nécessite un professionnel est maîtrisé par n’importe quel mécanicien.
Jaroslav Dousa, garagiste à Nymburk, en a vu passer des centaines. « Du point de vue mécanique, c’étaient d’excellentes voitures : simples, accessibles, surtout comparées aux voitures actuelles. Changer l’embrayage était un plaisir, on sortait la boîte en vingt minutes », raconte-t‑il. Et d'ajouter : « J’ai souvent vu des voitures avec trois quarts de million de kilomètres. La mécanique dure bien plus longtemps que la carrosserie. Elle supporte même un mauvais traitement, ce qui m’étonne toujours. Beaucoup ne changent l’huile qu’après 60,000 km, je leur fais la remarque, mais la voiture roule encore ».
Il arrive aussi que des propriétaires de Felicia se rendent chez le spécialiste de la protection anticorrosion du châssis, Vladimir Trendl, à Mratin en Bohême centrale, et ce malgré le fait qu’un traitement professionnel complet pour une voiture de cette taille coûte environ quinze mille couronnes, soit parfois la moitié de la valeur d’un exemplaire en bon état. « Ce sont généralement des personnes pour qui la valeur de la voiture réside justement dans sa simplicité, sa robustesse et son faible besoin d’entretien. Elles veulent la garder comme dernière voiture ou comme seconde voiture très peu exigeante dans la famille. Investir dans une protection anticorrosion leur paraît alors plus logique que d’acheter une occasion plus chère, avec le risque que la moindre réparation coûte davantage que sur cette Skoda populaire », explique-t-il.
C’est ainsi que nous sommes arrivés, en famille, à la conclusion qu’il serait dommage de mettre à la casse notre Felicia rouge, vieillissante mais fiable. Après un bon nettoyage, elle a retrouvé de l’allure, au point qu’il est redevenu agréable de la conduire. Ce n’est pas une pièce de musée, mais elle est en bel état, ne demande aucun soin particulier et sait rendre des services loyaux. Et peut-être qu’un jour, elle finira tout de même par prendre de la valeur. Il y a encore quelques années, personne ne l’aurait cru pour la Favorit ; tout peut donc arriver. L’oncle Slavek en serait certainement heureux.
Traduction des encadrés :
- Une Felicia au visage d’Octavia : La Felicia au « nouveau visage », emprunté à l’Octavia plus moderne, a été présentée le 12 février 1998. Non seulement la forme de la calandre, des phares et du pare‑chocs a changé, mais elle a aussi reçu une clé réversible. Surtout, sa protection anticorrosion s’est nettement améliorée. En revanche, la gamme de moteurs - essence 1,3 l, 1,6 l et diesel atmosphérique - est restée inchangée. Le prix de base a été fixé à 229,900 couronnes, le break coûtant 40,000 de plus. Sous cette forme, la Felicia a été produite jusqu’en 2001.
- Conseil pour l’occasion : Certaines versions de la Felicia ont néanmoins une valeur. Selon Jindrich Topol, il s’agit de modèles produits en quantités limitées : Felicia Fun, Laurin & Klement ou Magic. « À l’inverse, une Felicia courante avec le moteur 1,3 l se vend aujourd’hui surtout comme voiture « utilitaire » pour les artisans, qui apprécient sa simplicité et son faible coût d’entretien » précise‑t‑il.
- Nombre de Felicia dans le parc automobile tchèque : Le nombre de Felicia immatriculées baisse constamment. Selon l’Association des importateurs automobiles, environ 140,000 Felicia circulaient en Tchéquie en 2022, contre 204,000 l’année précédente. « En 2011, nous en enregistrions 390,000 », ajoute Jana Kinclova pour l’association. Le nombre de Favorit et de Forman diminue de la même façon : un peu plus de 190,000 en 2011, moins de 95,000 quatre ans plus tard, 63,000 en 2019 et moins de 56,000 l’an dernier.
- Faiblesses de la Felicia : « La panne la plus fréquente était un capteur de point mort haut défectueux. Je conseillais toujours aux propriétaires d’en avoir un de rechange dans la voiture et je leur montrais comment le remplacer. La pompe à carburant lâchait souvent, le thermostat et le boîtier papillon du moteur 1,3 l donnaient parfois du fil à retordre, tandis que sur le 1,6 l, ce sont plus fréquemment les pompes à eau qui fuyaient et les câbles d’allumage qu’il fallait remplacer », explique Jaroslav Dousa.
Selon lui, le principal problème reste toutefois la corrosion, surtout sur les passages de roue arrière, les ailes et bien sûr le hayon dans son ensemble, même si la protection des corps creux a été améliorée d’origine sur les modèles restylés. Les coupelles d’amortisseurs rouillent également souvent sur les Felicia, au point qu’elles percent parfois complètement dans les passages de roue ou que les ressorts viennent s’y enfoncer.
Il pense que les Felicia conservent une grande valeur pour les habitants des campagnes, qui continuent à en prendre soin, et c’est précisément pour cela qu’il apprécie le moteur 1,3 l. « Elles rendent encore de grands services à leurs propriétaires, qui recherchent une voiture sans souci. Il m’arrive de voir passer une Felicia à l’atelier. Mais lorsqu’on veut une préparation sérieuse au contrôle technique, le coût des réparations dépasse souvent, parfois même plusieurs fois, la valeur de la voiture. Tous les propriétaires ne lui ont pas toujours accordé l’entretien nécessaire », commente-t-il.
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Adaptation VG