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Aujourd’hui presque tous les modèles Lada peuvent être commandés avec une boîte robotisée ou une boîte automatique. Mais peu de gens savent que la première voiture russe sans pédale d’embrayage fut la GAZ M-21. En juin 1955, l’usine a présenté cette nouveauté et organisé les premiers essais de ce modèle avec boîte automatique…Des essais relatés dans Ogonek par Vladimir Polinine et que Autonews.ru reprend ci-dessous :

C’est à l’intersection de la chaussée de Leningrad et de la rue Pravda qu’a été donné le départ de ce long voyage Moscou - Simferopol - Moscou. Ce trajet faisait partie des essais des prototypes de la nouvelle Volga, produite par l’Usine Automobile de Gorki, organisé par le Ministère en vue de sa mise en production. Plusieurs voitures ont participé à cet essai longue durée dans le but de les comparer à la nouveauté : deux Pobeda de série, une ZIM ainsi que des voitures étrangères (des Ford et Chevrolet américaines ainsi que la Standard Vanguard anglaise). Un autre prototype fermait la marche, celui de la nouvelle berline tout-terrain basée sur la Pobeda, la GAZ M-72. Au signal de A. Ponizovkine, responsable des essais et pilote émérite, le convoi constitué des véhicules listés ci-dessus a pris la route.

Couleur éclatante, longues baguettes chromées, long capot s’élançant vers l’avant, dessin des ailes se prolongeant sur les flancs, phares puissants sous des paupières étincelantes, tout cela donne à la Volga une élégance qui s’exprime également dans le cerf en acier, l’emblème traditionnel de la ville de Nijni-Novgorod, qui domine sur le capot.

Avant ce long voyage, les trois Volga - turquoise, ivoire et cerise - vont donc être testées dans le trafic intense de la capitale. Un trajet complexe de plus de quarante kilomètres a été tracé dans la ville, allant du périphérique au centre puis retour. Sur le plan de la ville ce trajet ressemble aux contours d’une fleur aux pétales multiples et c’est pour cela qu’on a surnommé cet itinéraire la « petite rose » pour les voitures et la « grande rose » pour les camions qui les accompagnent.

… La Volga roule donc sur la « petite rose ». Elle s’arrête à un feu tricolore. Il passe au vert. Le conducteur appuie sur la pédale d’accélérateur et la voiture passe doucement et rapidement les rapports nécessaires. Le conducteur ne doit pas retirer, comme d’habitude, ses mains du volant pour changer les vitesses. Il ne doit pas non plus presser la pédale d’embrayage. La nouvelle voiture n’a d’ailleurs pas du tout d’embrayage. A la place des trois pédales et du levier habituel (accélérateur, freins, embrayage et passage des vitesses), il n’y en a que deux : accélérateur et freins. Soit vous appuyez sur la pédale de droite et la voiture accélère à sa vitesses maximale, soit vous pressez la gauche et la voiture s’arrête. Ces deux opérations peuvent être effectuées avec un seul pied. Il n’y a pas non plus de bouton de démarrage. Pour lancer le moteur, il suffit de tourner la clé dans le contacteur d’allumage !

On estime qu’en moyenne et sur 100 kilomètres parcourus à Moscou, le conducteur d’une Pobeda doit passer la première 125 fois, la seconde 204 fois, la troisième 150 fois et presser plus de 500 fois la pédale d’embrayage. Imaginez l'effort physique que doit effectuer le conducteur d’un taxi ou d’un bus qui fait plus de 100 kilomètres par jour ! La boîte automatique installée dans la Volga est une nécessité dans toutes les voitures et dans le futur elle remplacera la boîte mécanique tout comme le démarreur avait remplacé la manivelle à son époque.

… Au volant de ces voitures on trouve des conducteurs expérimentés. Le pilote Mikhail Metelev a remporté deux fois le titre de Champion de l’Union en courses automobiles. Il a participé aux essais du prototype de la Pobeda. Il conduit la « Volga 1 ». Il y a aussi Iakov Riabinine, pilote et Champion de Russie 1954 et Nikolaï Sorokine a établi de nombreux records automobiles.

Le convoi prend la route de Mtsenk. Le temps, nuageux, se transforme en pluie et la pluie en averses. Les essuie-glaces fonctionnent à peine à pleine charge. Le président de la commission d’Etat, le docteur en sciences techniques D. Velikanov, a ordonné le développement d’essuie-glaces « suffisants ». Les Volga roulent bien. Leur suspension impeccable maintient les pneus fermement sur la route glissante. Elles enchainent les virages sans ralentir.

L’autoroute Moscou - Simferopol est une excellente route. Parfois, elle agace même par sa monotonie et on se réjouit du moindre virage, des côtes ou des maisons pittoresques au bord de la route. Nous avons conduit très vite et nous finissons par nous éloigner du mauvais temps. Près du détroit de Tchongar, le soleil de Crimée et l’été nous accueille. La route surchauffée longe des champs de blé, des rangées strictes de maïs et de grandes étendues de coquelicots.

Après deux jours de conduite, les voitures sont soigneusement inspectées à la station d'entretien de Simferopol. Les voitures sont placées sur un petit cadre en acier. On tourne un commutateur et en quelques secondes elles s’élèvent à hauteur d’homme. La presque une tonne et demi est maintenue sur cette colonne étroite en acier et on peut tourner facilement la voiture dans n’importe quelle direction.

La Crimée est devenue pour les pilotes-essayeurs un immense circuit naturel. Là, vous pouvez trouver des routes goudronnées droites comme des flèches, des chemins boueux, des virages serrés sur les routes de montage, des route de campagne désertes et poussiéreuses, de la chaleur sur la côte rocheuse et de la fraicheur sur les hauteurs de l’Aï-Petri.

Pendant plusieurs jours, sur les 27 kilomètres de l’autoroute Simferopol - Moscou, marqués des drapeaux rouges aux deux extrémités, des essais de consommation, d’accélération et de vitesse maximale ont été effectués. La quantité de carburant consommée par le moteur à différentes vitesses a été mesurée avec une précision d’un centimètre cube. Les conducteurs conduisaient dans les deux sens de la portion délimitée à diverses vitesses constantes : de 10 à 100 et plus km/h. Un mouvement gênant, un coup de volant inadéquat, une pression incorrecte de la pédale d’accélérateur entraîne une erreur, introduit de la confusion chez les contrôleurs, les essayeurs et les ingénieurs. C’est pourquoi, pour ces mesures, le volant n’est confié qu’aux conducteurs les plus expérimentés. A peine, les mesures effectuées, ils sortent des règles logarithmiques, dessinent des tableaux, font des tables. Tout le monde attend avec impatience les résultats qui décideront du sort du long et dur travail des constructeurs automobiles.

C’est par temps clair et calme, tôt le matin quand l’asphalte n’avait pas encore été ramolli par la chaleur que les tests de vitesse maximale ont été effectués. Le conducteur de la première Volga, Mikhaïl Metelev a retiré le drapeau fixé sur le capot de la voiture car il risque d'augmenter la résistance au vent et influer négativement sur les résultats. L’ingénieur R. Klutsis vérifie une dernière fois le réglage du carburateur. Le chef du bureau d’étude, N. Borissov, les ingénieurs A. Nevzorov, B. Popov, A. Chernomachentsev attendent silencieusement sur le bas-côté. On fait chauffer le moteur. La voiture s’aligne au départ. Les autres voitures sont mises à l’écart et nous nous mettons dans un endroit sûr. A l’horizon apparait la Volga turquoise tous phares allumés - signal de la vitesse maximale. La voiture semble collée à la route et on entend la résistance de l’air devant elle. Nous n’avons même pas le temps de voir le visage des essayeurs à l’intérieur. La distance effectuée, la voiture revient vers nous. Tout le monde entoure la Volga et veut savoir quel est le résultat ? Le kilomètre est parcouru en moins d’une demi-minute. La vitesse est de 130 km/h.

L’ascension de l’Aï-Petri est considérée comme la route de montagne la plus difficile de Crimée. L’enchaînement des virages serrés oblige les conducteurs à faire tourner frénétiquement le volant dans un sens ou dans l’autre. Plus on monte et plus les virages sont difficiles et font crisser les pneus à tel point que même longtemps après s’être arrêté il est impossible de poser la main dessus. Bien entendu, les propriétaires de la nouvelle voiture ne rouleront probablement pas à de telles vitesses mais les pilotes-essayeurs considèrent qu’elle doit résister à une telle épreuve.

Il a y a des coins en Crimée peu connus des vacanciers. A quelques dizaines de kilomètres de Simferopol, sur le territoire du sovkhoze « Route vers le communisme », entre de gros bosquets d’arbustes et d’arbres se trouve une route abandonnée. Il semblerait peu naturel de voir une belle voiture franchir à grande vitesse des ornières profondes et remplies de boue. La Volga doit pourtant passer là où la Pobeda est passée. Ces essais ont montré qu’elle dépasse même son prédécesseur en matière de franchissement.

Durant cette campagne d’essais, notre convoi a parcouru plus de 8 mille kilomètres. Partout où les voitures se sont arrêtées, à Toula ou Kharkov, à Zaporojié ou Zelionï Gaï, à Sébastopol ou dans un petit village de Crimée, les gens se sont pressés autour de nous et ont examiné la nouvelle voiture avec curiosité. Alors que les conducteurs sous l’œil vigilant des inspecteurs recevaient du carburant, après avoir monté les voitures sur des rampes spéciales pour remplir les réservoirs à fond, les autres participants se transformaient involontairement en guides et devaient répondre à des dizaines de questions. La plus fréquente portaient sur la puissance du moteur : 70 chevaux.

La Volga prend autant d’essence que la Pobeda. Elle a une radio. Les sièges peuvent se transformer en une couchette confortable. La répartition du chauffage est meilleure que dans la Pobeda. Les points de graissage sont centralisés : à l’exception de trois d’entre eux, il suffit d’appuyer une pédale spéciale.

Les essais ont toujours débuté tôt dans la matinée et ce n’est que tard le soir que nous retournions à notre base, après avoir effectué durant la journée des centaines de kilomètres le long des routes les plus diverses. Et le soir, à l’hôtel, le travail devait se poursuivre. Des graphiques doivent être tracés et de nombreux calculs effectués. Des représentants d’institut de recherche scientifique et des pilotes ayant une grande expérience ont participé à cette campagne de tests. Des gens qui ont participé aux essais des GAZ qui font déjà partie de l’histoire, qui ont participé à la création de la Pobeda, de la Moskvitch, de la ZIM et de ZIS... Ils ont tous conduits des dizaines, voire des centaines de voitures de tous les marques et tous les types. Tous ont pris le volant de la Volga et la nouvelle voiture leur a plus. Mais ils ne se pressent pas de tirer des conclusions tant que les essais ne sont pas terminés.

A leur retour à l’usine, les voitures vont être démontées et examinées en profondeur dans les laboratoires du constructeur. Peut-être il faudra changer quelque chose, améliorer quelques points, mais la principale conclusion que nous ramenons à Moscou est déjà tirée : les ingénieurs de l’Usine Automobile de Gorki ont créé une voiture moderne et confortable !

Lu sur : http://www.autonews.ru/test_drive/news/1797486/
Adaptation VG

Tag(s) : #Histoire, #GAZ, #GAZ-21, #Volga, #Essai