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Pur-sang italiens : pour une vie meilleure en URSS.

De nos jours, les pur-sang italiens que sont les Ferrari, les Lamborghini ou les Maserati sont devenus un spectacle familier dans les rues des grandes villes, mais aussi des petites villes de province de Russie et d’ex-URSS. Pourtant, il faut se rappeler qu’il y a un peu plus de 20 ans, le géant soviétique était protégé par son rideau de fer. Une voiture de marque étrangère, même petite, était alors un rêve impossible pour le commun des mortels. Comment rêver à une voiture étrangère quand pour une simple voiture de production nationale il fallait attendre des mois, voire des années, sur une interminable liste d’attente ?

Pourtant même à l’époque, une certaine frange de la population avait la possibilité de s’afficher, sans se cacher, au volant de rares et coûteux produits de l’industrie automobile capitaliste. La plus forte concentration de voitures étrangères de prestige se trouvait, naturellement, dans la capitale de l’URSS, Moscou. La plupart d’entre elles étaient des Américaines, des Allemandes (BMW et Mercedes-Benz) et des Volvo. Et les Italiennes, élégantes et stylées, se comptaient sur les doigts de la main.

L’un des amateurs de voitures italiennes le plus connu dans l’Union Soviétique était le célèbre réalisateur Ivan Dikhovitchny. Dans les années 70, il a eu en sa possession deux pur-sang italiens. Sa première voiture étrangère était une Alfa Romeo 1750 GTV, qui avait appartenu auparavant à l’épouse de l’ambassadeur d’Argentine. Il avait acheté ce spectaculaire coupé deux portes carrossée par Bertone dans un magasin de voitures d’occasion pour le prix d’une Jigouli ! Il a roulé avec pendant trois ans, puis après un grave accident de voiture, il l’a revendue. Pour remplacer son Alfa Romeo à moteur 4 cylindres, il s’est offert une Fiat Dino encore plus coûteuse et encore plus rapide, avec un moteur Ferrari de 180 chevaux. Le réalisateur l’a achetée avec l’aide du célèbre mécanicien du garage de l’ambassade d’Italie. La voiture était très agréable et rapide, mais très exigeante en matière d’entretien et de réglages. En URSS, il n’y avait pratiquement aucune compétence pour réparer cette spectaculaire Fiat et elle passait la plupart de son temps au garage. Après trois années tumultueuses avec son lunatique jouet, Ivan Dikhovitchny l’a échangée contre une VAZ neuve ! Fait intéressant, il n’y a pas longtemps, une Fiat Dino identique avec d’anciennes plaques d’immatriculation soviétiques, a été vendue à Kharkov. C’était une voiture arrivée en Ukraine dans les années 80 et qui appartenait au propriétaire d’un gros garage. Compte tenu de la rareté de la voiture, c’est peut-être la Dino qui appartenait avant au réalisateur moscovite !

On connait aussi la passion légendaire du Premier Secrétaire du PCUS, Leonid Brejnev, pour les voitures étrangères. Il possédait une riche collection de voitures de luxe, dont une Rolls-Royce, une Lincoln Continental et plusieurs Cadillac. Mais l’un des joyaux de son garage, était une rare berline Maserati Quattroporte de première génération, que lui avait offert en 1968, la direction du Parti Communiste italien. La voiture avait un moteur V8 4,7 litres de 295 chevaux. Sa vitesse de pointe de 230 km/h était considérée, à l’époque, fantastique. Pourtant Brejnev était peu sensible au charme italien et conduisait très rarement sa Maserati. Après sa mort en 1982, la voiture s’est retrouvée dans le garage du Parti Communiste d’Estonie. Puis après la perestroïka, cette rare Quattroporte (seulement 776 exemplaires produits), et d’autres raretés, ont quitté l’URSS pour terminer dans des collections privées à l’étranger.

Certains historiens attribuent à la « famille » Brejnev une autre Maserati : un coupé deux portes Sebring de deuxième série, encore plus rare. De 1965 à 1969, les Italiens n’en ont fabriqué que 243 exemplaires. Il y a peu d’informations sur celle de Brejnev. Il n’existe qu’une photo prise dans les rues de la capitale de l’URSS. La voiture a souvent été aperçue chez ZiL où les voitures du Secrétaire Général étaient entretenues et réparées. On sait aussi que cette Sebring portant l’immatriculation « 36-43 MMO » a été revendue dans les années 80 pour seulement 15 milles roubles soviétiques et est partie dans un port du sud de l’URSS.

Dans les années 70, durant la période de Dégel, le tourisme automobile en provenance des pays capitalistes est en plein essor, et l’Union Soviétique voit déferler sur ses routes une multitude de voitures occidentales. Certains voyageurs qui ne connaissent pas tous les charmes et spécificités des routes locales viennent avec des voitures de sport. Ils vont connaître des moments très difficiles. Un exemple frappant de cette insouciance a été capturé dans la photo qui illustre cet article : on voit une Ferrari Dino 246 GT, garée près de l’hôtel moscovite « Bucarest ». On remarque rapidement les bosses sur le nez et le bas de caisse de la coûteuse voiture italienne et la carrosserie est recouverte d’une épaisse couche de poussière dans laquelle on aurait pu écrire avec un doigt : « Bienvenue dans l’Union ! ».

Si l’URSS n’avait pas d’égal pour la production d’armements modernes, l’industrie automobile du plus grand pays au monde était significativement en retard par rapport aux pays capitalistes. Pour combler ses lacunes, le pays achetait constamment les derniers modèles étrangers et les confiait aux instituts de recherche et aux bureaux d’études des plus grands constructeurs automobiles. Ces voitures étaient achetées de manière officielle ou semi-légalement, parce que pendant la Guerre Froide, les parties au conflit n’avaient pas particulièrement envie de partager leur expérience dans aucun domaine que ce soit. C’est ainsi, comme on le voit en photo, que cette berline 4 portes Alfa Romeo 2600 Berlina DeLuxe s’est retrouvée avec une plaque d’immatriculation « 06-80proba », témoignant de son statut de voiture d’essai.

Lu sur : http://www.motori.ua/media/motori_articles/Elementy_sladkoy_zhizni/
Adaptation VG

Tag(s) : #URSS, #Ambiance, #Anecdote, #Personnalités